Ramadan

Pour les Syriens déplacés, un ramadan abondant ne peut compenser les pertes

AFP

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Oumm Samer, une déplacée de l'enclave de l'opposition syrienne de la Ghouta orientale, prépare un repas de l'iftar pour sa famille dans sa nouvelle maison à Maarrat Misrin, à sept kilomètres au nord d'Idlib, le 26 mai. [Omar Haj Kadour/AFP]

Après sept années de siège par le régime syrien, Oumm Samer peut enfin préparer un repas appétissant pour marquer la fin du jeûne quotidien du ramadan de sa famille. Mais la guerre a donné au mois sacré un arrière-goût amer.

Agenouillée près d'une petite gazinière dans la hutte de terre qui est aujourd'hui sa maison dans le nord-ouest de la Syrie, cette femme de 51 ans originaire de la Ghouta orientale coupe une aubergine juteuse en gros morceaux pour le repas du soir.

« Oui, il y a beaucoup de nourriture ici, mais être loin de notre maison est vraiment dur pour nous », explique Oumm Samer en parlant de son village de Zamalka, dans l'ancienne enclave de l'opposition.

Oumm Samer, son mari et leurs cinq enfants, dont deux sont handicapés, ont fui la Ghouta orientale il y a environ deux mois lorsque l'enclave est passée sous le contrôle du régime, et se sont installés près de la ville de Maaret Masrin, dans la province d'Idlib.

Leurs souvenirs de la vie dans la Ghouta sont entachées par le siège : durant les cinq années d'encerclement par les forces du régime, il était difficile de trouver des médicaments, et la malnutrition infantile était très fréquente, les produits alimentaires à un prix abordable se faisant rares.

Chaque jour, Oumm Samer faisait tout son possible pour assouvir la faim de ses enfants avec un maigre régime fait de radis, d'épinards et de persil.

Quand ils le pouvaient, ils mangeaient des petites rations de boulgour, de blé ou de pain d'orge, qui leur donnait souvent des maux d'estomac.

Durant le mois de Ramadan, la famille observait le jeûne durant la journée, comme des millions d'autres musulmans dans le monde.

Mais au lieu de rompre leur jeûne au coucher du soleil avec un repas traditionnel fait de plusieurs plats et de desserts, la famille d'Oumm Samer se rassemblait autour du même maigre plat.

« Nous le mangions à la cuillère, parce qu'il n'y avait pas de pain. Nous ne pouvions même pas trouver de biscuits pour les enfants », se rappelle-t-elle.

« Nous attendions parfois deux jours pour rompre le jeûne, parce qu'il n'y avait rien à manger », ajoute-t-elle.

Dons de repas

Dans le monde islamique, le ramadan est un mois pour prier et penser aux défavorisés, mais aussi un temps de longs rassemblements avec ses proches.

Dans la Ghouta orientale, explique Oumm Samer, les lourdes opérations militaires rendaient cela impossible.

« Nous n'osions plus rencontrer quiconque pour l'iftar », explique-t-elle.

« Cette année à Idlib, tout est très différent. Nous avons du riz, de la viande, des légumes, des fruits et des pâtisseries », ajoute-t-elle, assise en tailleur sur un simple tapis pour l'iftar.

Ils commencent avec des gorgées d'eau fraîche, puis se penchent au-dessus de plats remplis de riz parfumés au safran, de salades et de légumes cuits à la vapeur.

Le repas est copieux par rapport à ce qu'ils mangeaient il y a juste un an, mais Oumm Samer explique que recommencer une nouvelle vie pour une famille de sept est difficile.

« Là-bas, vous vous sentez bien parce que c'est votre ville, votre maison et votre pays », raconte-t-elle.

« Aucun de nous ne travaille ici. Les associations humanitaires nous aident, mais cela reste limité », s'inquiète-t-elle.

Comme dans toutes les communautés musulmanes de par le monde, les groupes d'aide à Idlib distribuent des repas de l'iftar aux familles dans le besoin.

L'un de ces groupes, Al-Bunyan Al-Marsous, prépare chaque jour des dizaines de paquets scellés de riz et de viande. Hommes et femmes font la queue devant le centre pour obtenir leurs rations alimentaires.

Les proches manquent

Ces repas changent la vie d'Oumm Mohammed, 53 ans, déplacée de la Ghouta orientale il y a un mois avec son mari, ses deux filles et ses deux fils.

Eux aussi se sont réinstallés dans le camp de huttes en terre de Maaret Masrin, mais le siège reste dans leurs esprits.

« Une fois, nous avons passé onze jours sans que je puisse mettre la moindre casserole sur le feu », se rappelle Oumm Mohammed.

Faire cuire des radis était une chose inconnue avant le début de la guerre en Syrie, mais c'est rapidement devenu une habitude dans la Ghouta orientale, explique-t-elle. « Nous étions assiégés, et tout ce que nous pouvions trouver, nous le faisions cuire. »

Elle s'agenouille sur un tapis de laine tandis que son mari lui verse un verre de jus pour rompre le jeûne, avant de commencer un repas de l'iftar qui leur a été donné, fait de riz, de poulet et de tourtes à la viande.

Plus de 350 000 personnes ont été tuées, et des millions d'autres déplacées depuis le début de la guerre en Syrie en 2011.

Deux des fils d'Oumm Mohammed, tous deux combattants dans la Ghouta, ont été tués l'année dernière.

« Ce ramadan et celui de l'année dernière sont très différents », conclut-elle.

« Ce qui me manque surtout, ce sont mes fils. »

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