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Premières fissures dans l'alliance Houthis-Saleh au Yémen

AFP

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Les partisans yéménites des Houthis et l'ancien président Ali Abdallah Saleh participent le 26 mars à Sanaa à un rassemblement pour fêter les deux ans de l'intervention militaire de la coalition à Sanaa. Des signes de l'effondrement de l'alliance Houthis-Saleh sont visibles. [Mohammed Huwais/AFP]

Une alliance entre les Houthis (Ansarallah) du Yémen et l'ancien président Ali Abdallah Saleh, qui contrôlent ensemble du pays, a commencé à se déliter, menaçant de diviser encore davantage le pays.

Des témoins indiquent que des partisans armés de Saleh et des Houthis se sont éparpillés dans la ville à la veille d'un grand rassemblement marquant le 35e anniversaire de la création du parti de Saleh, le Congrès général du peuple, faisant craindre une intensification de la violence.

Pendant trois ans, l'alliance Saleh-Houthis a combattu le gouvernement pour obtenir le contrôle du Yémen, une guerre qui a amené le pays au bord de la famine.

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À Sanaa, un Yéménite colle des posters représentant l'ancien président Ali Abdallah Saleh sur sa voiture avant les célébrations du 35e anniversaire de la création du parti de l'ancien président, le Congrès général du peuple. [Mohammed Huwais/AFP]

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Le 21 août à Sanaa, des soldats yéménites tiennent un poste de contrôle, les autorités renforçant les mesures de sécurité en prévision du 35e anniversaire de la création du Congrès général du peuple, parti du président évincé Ali Abdallah Saleh. [Mohammed Huwais/AFP]

Les tensions entre Saleh et les Houthis sont à leur comble, menaçant cette alliance improbable qui a toujours été considérée comme tout au mieux tactique.

Les deux camps se sont mutuellement accusés de trahison au cours de la semaine passée, jusqu'à des menaces ouvertes proférées mercredi 23 août par les Houthis, soutenus par l'Iran, qui ont déclaré que Saleh devra « faire face aux conséquences » après qu'il eut qualifié ses alliés de simples « milices » dans un discours prononcé pendant le week-end.

Passé complexe avec les Houthis

Le passé de Saleh avec les Houthis est long et complexe.

Il a mené six guerres contre les Houthis depuis la fin des années 1970, lorsqu'il était président du Nord-Yémen qui était alors indépendant et allié à l'Arabie saoudite, qui dirige aujourd'hui la coalition qui soutient le président Abdrabbo Mansour Hadi.

Saleh a été le premier président élu du Yémen lorsque le pays a été unifié en 1990 et est resté au pouvoir jusqu'en 2012, démissionnant après un an de protestations, en vertu d'un accord négocié par le Conseil de coopération du Golfe (CCG) lui garantissant l'immunité.

Le vice-président Hadi lui a succédé, émergeant alors comme son plus grand rival politique.

En 2014, Saleh s'est réaligné avec Abdul-Malik al-Houthi, leader des Houthis ayant des liens avec l'Iran.

Les Houthis ont chassé le gouvernement Hadi de Sanaa jusqu'à Aden.

Saleh et al-Houthi contrôlent toujours Sanaa, où l'influence de l'ancien président n'a pas diminué cinq ans après sa résignation à contrecœur.

En 2016, Saleh avait conclu un pacte de partage du pouvoir avec les Houthis et dirigeait un gouvernement parallèle depuis Sanaa au sein d'une alliance dont des initiés et des analystes affirment depuis longtemps qu'elle ne durerait pas.

Uni par un ennemi commun

« Les deux côtés ont un ennemi commun [...] qui a gardé les deux camps ensemble », a expliqué Adam Baron, membre du Conseil européen des relations internationales.

« Avec l'expulsion des Houthis de la plus grande parties du sud du pays, l'ennemi commun a disparu ; il n'est donc pas étonnant que l'alliance réticente entre les sécessionnistes du sud et le gouvernement soutenu internationalement connaissent de fortes tensions. »

Le pacte de partage du pouvoir a commencé à s'effriter en avril, lorsque Hadi a renvoyé le gouverneur d'Aden Aidarous al-Zoubeidi et Hani ben Breik, qui était membre de son cabinet.

Historiquement, al-Zoubeidi et ben Breik ont toujours été favorables à un retour à l'autonomie du sud du Yémen, et ont annoncé la mise en place du Conseil de transition du Sud, avec le soutien de communautés locales et apparemment des Émirats arabes unis, un acteur majeur de la coalition.

Saleh utilise également son influence populaire à Sanaa, qui jusqu'en 2014 était principalement hors d'atteinte des Houthis, confinés à la province de Saada dans le nord.

Saleh et les Houthis ont un accord tacite pour le partage de Sanaa : l'ex-président n'a pas les moyens que les Houthis peuvent fournir, et la puissance structurelle et populaire de Saleh dans la capitale est incomparable.

Ce fragile équilibre pourrait être mis à l'épreuve lors du rassemblement de jeudi, Saleh ayant déclaré qu'il serait une manifestation de soutien pour la « légitimité » au Yémen.

« Mosaïque d'alliances »

Des analystes affirment que Saleh et les habitants de Sanaa n'aiment pas les Houthis, qui tiennent le ministère de la Défense et les renseignements militaires.

« Les gens ne montrent pas forcément leur soutien à Saleh, mais c'est pour protester contre les Houthis », a expliqué l'analyste yéménite Maged al-Madhaji, directeur du Centre d'études stratégiques de Sanaa.

« Les Houthis sont bien conscients que Saleh a besoin d'eux, alors depuis un an et demi ils ont travaillé sur le plan militaire, politique et social pour gagner le soutien populaire dont Saleh bénéficie. »

Couplé à des informations selon lesquelles l'Arabie saoudite envisage de réduire son engagement dans la guerre au Yémen, cela pourrait enclencher le processus final de ce que l'analyste Baron appelle une « alliance de circonstance » entre Saleh et les Houthis.

S'exprimant sous couvert de l'anonymat, une source au Congrès général du peuple de Saleh a fait savoir que des tentatives de médiation avec les Houthis avaient échoué cette semaine.

La même source a également déclaré que l'Arabie saoudite serait heureuse de voir son ancien allié se séparer des Houthis, mais qu'elle n'était pas encore prête à réintégrer Saleh.

« Le conflit au Yémen n'a en fait jamais été une guerre entre deux camps – comme l'a démontré dès le début une mosaïque d'alliances de circonstance », a ajouté Baron.

« Tout est possible au Yémen, et des indices sont apparus pointant dans toutes les directions depuis maintenant quelque temps. »

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Politique Commentaire
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Si Dieu veut et malgré les ennemis du Yémen, cette alliance est persistante et restera plus forte que jamais. Ne vous laissez pas berner par la guerre psychologique de l'ennemi.

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Que Dieu unisse les Yéménites!

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Je suis un Iranien et c'est la première fois que je visite ce site. Ce sera aussi la dernière fois que j'ai visité votre site Web car j'ai remarqué un tel racisme (en utilisant le mot "Golfe" au lieu de "Golfe Persique".) Certainement, ceux qui considèrent leur race et leur nationalité au-dessus des autres ne peuvent pas être des individus impartiaux et équitables.

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Le Houthi est un Shiite qui doit être déraciné.
En ce qui concerne le président déchu, sa fin sera comme celle de Kadhafi et encore plus.

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