Sécurité

Le Liban déjoue des opérations de l'EIIL à Beyrouth et Tripoli

Par Nohad Topalian à Beyrouth

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Les forces libanaises ont récemment déjoué d'importantes attaques de « l'Etat islamique en Irak et au Levant » à Beyrouth et Tripoli. [Photo de la page Facebook de l'armée libanaise]

La semaine dernière, les forces libanaises ont appréhendé une jeune syrienne qui projetait des assassinats à Tripoli au nom de « l'Etat islamique en Irak et au Levant » (EIIL), et ont aussi déjoué un attentat suicide contre un café de Beyrouth .

Leurs actions préventives ont été saluées comme des succès exceptionnels ayant sauvé de nombreuses vies civiles.

La Direction générale de la sûreté générale (DGSG) a arrêté le 13 janvier Boushra Fattouh, habitante de Tripoli, et l'a inculpée d'appartenance à l'EIIL, de communication avec le groupe et de planification de l'assassinat de membres des renseignements de l'armée.

Dans la nuit du 21 janvier, la Direction des renseignements de l'armée, en coordination avec la branche d'informations des Forces de sécurité intérieure (FSI), a contrecarré un attentat suicide contre le café Costa, dans le district d'Hamra à Beyrouth.

L'opération commune a permis la capture du kamikaze, Omar Hassan al-Assi, a indiqué un communiqué de l'armée, ajoutant qu'une veste explosive qu'il comptait utiliser mais n'avait pas pu déclencher a été saisie.

Surveillance rapprochée

Al-Assi avait été infirmier dans un hôpital de Sidon et était un partisan du radical Cheikh Mohammed al-Assir, lequel avait mené des affrontements armés avec l'armée en juin 2013.

Le communiqué de l'armée a déclaré qu'al-Assi « avait tenté d'entrer de force dans le café, où il a lutté au corps-à-corps contre les soldats, puis qu'il a été emmené à l'hôpital pour y être soigné ».

« L'examen de la ceinture d'explosifs par un expert militaire a révélé qu'elle contenait huit kilos d'explosifs et des billes en métal pour causer le plus de morts possible », a précisé le communiqué.

Les médias libanais ont rapporté qu'al-Assi avait révélé avoir « reçu l'ordre de l'EIIL avec une fatwa religieuse venant d'un cheikh du camp de réfugiés d'Aïn al-Hilweh. »

Il a déclaré ne pas avoir réalisé être sous surveillance rapprochée.

Le lendemain, le 22 janvier, le commandement de l'armée a annoncé que la Direction des renseignements avait arrêté « quatre suspects dans le bâtiment où le terroriste Omar Hassan al-Assi habitait, dans la région de Sidon ».

Boushra Fattouh a été arrêtée comme résultat direct de la surveillance rapprochée et du contrôle des activités des groupes terroristes et cellules dormantes affiliées, a fait savoir un communiqué du 17 janvier.

Fattouh a été arrêtée « grâce à des informations fournies par le bureau spécialisé du procureur général indiquant qu'elle appartenait à un groupe terroriste », a précisé le communiqué.

Elle a avoué appartenir, avec d'autres jeunes femmes, « à un groupe terroriste et les encourager à partir pour la Syrie et rejoindre ses rangs, avoir communiqué avec des terroristes en Syrie, avoir été en relation avec le terroriste en fuite S.M. [Shadi Mawlawi] et sa femme et avoir récolté de l'argent pour l'achat d'un pistolet, de grenades et de ceintures d'explosifs », a détaillé le communiqué.

Elle a aussi avoué avoir conspiré avec la femme de Mawlawi « pour assassiner un agent des renseignements de l'armée avec le pistolet ».

La situation est sous contrôle, affirme le responsable de la sécurité

La « fille arrêtée a fait de graves aveux », a indiqué la DGSG à Al-Mashareq.

Ceux-ci ont révélé sa « volonté de mener un attentat suicide, de recruter des filles et de les envoyer en Syrie, à al-Raqqa, et d'acheter des armes et des munitions en préparation du meurtre d'officiers de l'armée libanaise ».

« Malgré ses ressources modestes, la DGSG mène des opérations préventives et obtient des succès incroyables », a déclaré à Al-Mashareq le chef de la sûreté générale, le général de division Abbas Ibrahim.

Celles-ci comprennent le démantèlement et l'arrestation de membres de cellules et réseaux terroristes qui préparaient des attaques qui auraient eu des conséquences catastrophiques pour le Liban, a-t-il indiqué.

« La situation de sécurité est stable et sous contrôle , nous sommes en alerte et notre niveau de préparation est élevé, car la menace du terrorisme demeure », a-t-il expliqué.

« L'EIIL subit des défaites successives en Syrie et dans d'autres pays, et ses réseaux sont touchés et démantelés », a poursuivi Ibrahim.

Ceci pourrait pousser le groupe à chercher des failles à travers lesquelles passer pour rejoindre le Liban, en particulier dans les zones qu'il considère comme des refuges sûrs, tels que les camps de réfugiés, « afin de mener des actes terroristes en représailles pour les défaites successives », a-t-il indiqué.

« Notre priorité est de combattre le terrorisme en restant en état d'alerte. »

Exploitation de la jeunesse

Les jeunes, filles et garçons, sont manipulés pour rejoindre les rangs de l'EIIL par les leaders des mouvements extrémistes, a indiqué Asaad Sahmarani, professeur de religions et croyances comparées à l'université al-Imam al-Ouzai de Beyrouth.

Ces personnages sans scrupules « achètent leur fidélité avec des slogans vides et un peu d'argent, et en leur faisant croire qu'ils vont servir la religion avec leurs actes takfiristes », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

« Les groupes terroristes comme l'EIIL cherchent à recruter dans tous les segments de la société, y compris les femmes », a-t-il ajouté.

Il faut répondre à cela « non seulement par des opérations militaires et de sécurité et en traînant les suspects devant la justice, mais en recrutant des érudits, des auteurs et des éducateurs pour promouvoir une pensée saine et une bonne éducation basée sur la foi sans fanatisme et pour faire l'apologie de la culture de la diversité », a-t-il précisé.

« L'acceptation des autres est le chemin vers une vie digne », a-t-il affirmé.

S'occuper de l'extrémisme requiert « que tous les étudiants aient une place et des opportunités d'emploi pour les chômeurs, le fait d'élever des générations de citoyens plutôt que du fanatisme qui mène au meurtre, et surtout, l'assèchement des sources de financement et d'armement des groupes terroristes, et la lutte contre toutes les formes de racisme et de takfirisme, et l'établissement de la justice », a-t-il expliqué.

Sahmarani a souligné le rôle des figures d'autorités religieuses, pédagogiques, politiques et économiques dans la lutte contre l'extrémisme, ainsi que le rôle essentiel de la famille.

L'Islam « n'autorise pas le meurtre et les attentats suicides contre des civils et des innocents » a déclaré à Al-Mashareq Qasem Qassir, expert sur les groupes extrémistes.

Les groupes extrémistes comme l'EIIL profitent des circonstances générales et des conditions sociales pour laver le cerveau des gens appartenant à tous les groupes d'âge, y compris les filles et les femmes, « pour mener des actes terroristes et se faire exploser pour eux », a-t-il poursuivi.

En dirigeant des écoles qui ont pour but de laver le cerveau des enfants et d'élever de futures générations de terroristes, l'EIIL défie « tous les contrôles religieux jurisprudentiels et distille ses concepts basés sur la violence dès le jeune âge », a-t-il indiqué.

« Etant donné les pressions qu'il subit actuellement, l'EIIL exploite non seulement la fille de Tripoli et le kamikaze d'Hamra, mais beaucoup d'autres comme eux », a-t-il conclu.

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