Santé

Les citoyens du Moyen-Orient font plus confiance aux vaccins américains et occidentaux qu'à ceux d'Iran et de Chine

Sultan al-Barei à Riyad et Alaa Hussein à Bagdad

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Un spécialiste égyptien fait passer des tests sanguins aux citoyens pour vérifier qu'ils ne sont pas porteurs du coronavirus. [Photo fournie par le ministère égyptien de la Santé et de la Population]

Alors que Téhéran a signalé son intention de coopérer avec Moscou et Pékin pour apporter à la population un vaccin contre le coronavirus COVID-19, citoyens et professionnels de santé arabes affirment préférer un vaccin fabriqué en Occident.

La préférence pour un vaccin fabriqué aux États-Unis ou en Europe est fondée sur la recherche scientifique plutôt que sur des facteurs géopolitiques ou sectaires, affirment-ils.

« Si je devais choisir entre deux vaccins, l'un provenant des États-Unis et l'autre d'Iran, je choisirais bien évidemment le premier, parce qu'il est plus fiable », a fait savoir Lina Mruweh, enseignante dans une école publique de Nabatiyeh, dans le sud du Liban.

Elle a ajouté qu'elle se méfiait de la possibilité d'un vaccin fabriqué en Iran.

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Une chambre d'isolement pour les patients infectés par le nouveau coronavirus dans un hôpital libanais. [Photo fournie par le ministère libanais de la Santé]

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Des citoyens iraniens dans une rue de Téhéran, ville qui connaît un taux élevé d'infections et de décès dus à la pandémie de coronavirus. [Photo de Mehr News]

« Le peuple libanais a eu une très mauvaise expérience avec les produits pharmaceutiques iraniens, qui ont été introduits sur les marchés libanais par divers moyens et se sont avérés inefficaces, et n'ont jamais fait l'objet d'essais cliniques reconnus au niveau international pour vérifier leur efficacité », a-t-elle déclaré à Al-Mashareq.

En revanche, si un médicament fabriqué aux États-Unis est produit pour traiter le coronavirus, Mruweh a déclaré qu'elle n'hésiterait pas à l'utiliser, « parce qu'il serait approuvé par des laboratoires et des organisations américaines et internationales ».

Scepticisme face au vaccin iranien

Le médecin égyptien Tariq Mohammed, spécialisé en épidémiologie et virologie, a également fait part de son scepticisme face à un éventuel vaccin de fabrication iranienne.

« Je n'ai aucune confiance dans les produits médicaux iraniens en général, car ils n'ont pas leur place sur la carte pharmaceutique du Moyen-Orient, de l'Afrique du Nord et de l'Égypte », a-t-il déclaré à Al-Mashareq.

« Il est bien connu qu'il existe une coopération irano-chinoise dans de nombreux domaines, y compris une coopération médicale, et c'est un autre facteur qui invite à la méfiance », a ajouté Mohammed.

La Chine a déjà déployé un vaccin expérimental contre le coronavirus, qui est proposé en quantités limitées au public moyennant paiement, bien que le traitement n'ait pas encore passé les derniers essais cliniques (phase 3).

« La situation est différente pour un vaccin américain qui pourrait être mis sur le marché mondial, car il sera bien sûr soumis à des accords avec l'État égyptien pour l'importer ou le reproduire dans les laboratoires médicaux égyptiens si les gouvernements des deux pays souhaitent aller dans ce sens », a-t-il expliqué.

« Les produits médicaux américains jouissent d'une grande confiance sur le marché égyptien en raison de leur excellente réputation mondiale », a-t-il ajouté.

« Il n'est pas nécessaire de demander l'avis des Saoudiens sur le choix entre les vaccins contre le coronavirus iranien et américain, car la réponse est connue tant au niveau officiel que public », a indiqué le Dr Jamil al-Masoudi, un responsable du ministère saoudien de la Santé dans la région de La Mecque.

« Comment peut-on faire confiance à l'Iran, qui utilise tous les moyens pour infliger des dégâts au royaume et à son peuple sur les plans militaire, politique et social », a-t-il demandé à Al-Mashareq.

D'autre part, les États-Unis ont un partenariat stratégique avec le royaume et d'autres États du Golfe, a-t-il poursuivi, qui ne se limite pas à la sécurité et à la défense, mais s'étend également à la sécurité alimentaire, sanitaire et sociale.

L'Arabie saoudite « est en contact direct et permanent avec les autorités médicales américaines pour se tenir au courant des derniers développements dans la fabrication d'un vaccin et prendre les mesures appropriées lorsque le vaccin sera disponible », a-t-il déclaré.

Les Irakiens hésitent à acheter des produits iraniens

En Irak, les responsables de la santé, les religieux et de simples citoyens ont déclaré que l'excellence scientifique devait déterminer le vaccin à utiliser.

« Pour choisir un vaccin, l'Irak se fie entièrement à ceux approuvés par l'Organisation mondiale de la santé, et tout vaccin approuvé par cette organisation sera approuvé dans le pays », a fait savoir le Dr Salah Ghayyad, porte-parole du département de la Santé de Dhi Qar.

« Il n'est pas permis d'utiliser un autre vaccin, quel que soit son producteur », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

L'Irak a récemment conclu un accord international pour la distribution de vaccins qui lui garantit une part du premier vaccin COVID-19 approuvé au niveau mondial pour couvrir 20 % de la population irakienne, ce qui équivaut à environ 8 millions de doses, a indiqué Ghayyad.

Pour le responsable religieux chiite Ahmed al-Hadidi, l'opinion religieuse modérée concernant un traitement ou un vaccin contre le coronavirus doit être basée sur l'avis des autorités sanitaires internationales.

« Si ces autorités affirment l'efficacité d'un traitement ou d'un vaccin spécifique, alors tout le monde doit y adhérer », a-t-il déclaré à Al-Mashareq.

Le responsable religieux sunnite Hamed al-Nuaimi a ajouté que faire imprudemment de mauvais choix dans le domaine médical à cause de liens religieux ou sociaux est une sorte d'automutilation, ce qui est interdit dans l'islam.

Il a exprimé l'espoir qu'un vaccin ou un traitement contre le coronavirus soit développé dès que possible pour toute l'humanité, et que son origine ne soit pas un facteur de division.

« Les Irakiens hésitent à acheter des produits fabriqués en Iran, alors pourquoi feraient-ils un choix différent en ce qui concerne la santé publique et les vaccins ? », s'est interrogé Alaa Amin, journaliste dans la province de l'Anbar.

« Leur choix se portera immanquablement sur un vaccin fabriqué aux États-Unis [...] en raison de la bonne réputation des entreprises médicales américaines et de la solidité de leur recherche scientifique, contrairement aux produits iraniens, qui ont mauvaise réputation », a-t-il conclu pour Al-Mashareq.

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