Économie

Les fonds destinés au Liban pourraient être retardés

Nohad Topalian à Beyrouth

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Le Premier ministre libanais Saad al-Hariri à la conférence Cèdre de Paris le 6 avril. Les bailleurs de fonds internationaux avaient promis au Liban 11 milliards de dollars en prêts à taux bas et en dons. [Photo fournie par l'agence nationale de presse libanaise]

Des économistes libanais ont insisté sur le besoin de former rapidement un gouvernement afin qu'un plan pour les projets d'infrastructure puisse être mis en place, et que les réformes structurelles adéquates puissent être introduites.

Cela est vital pour garantir le déblocage de plus de 11 milliards de dollars promis sous forme de prêts à tarifs préférentiels et de dons pour soutenir le plan d'investissement du Liban lors de la conférence Cèdre du 6 avril à Paris, ont-ils expliqué.

Cette aide, qui dépend de l'adoption d'un ensemble de réformes, montre clairement l'ampleur des préoccupations internationales quant à la situation économique et financière du Liban, qui souffre des retombées de la guerre en Syrie.

Cette conférence a confirmé le soutien à la première phase du programme d'investissement et de réforme du Liban avec 10,2 milliards de dollars en prêts, dont 9,9 milliards en prêts préférentiels, et des dons d'un montant total de 860 000 dollars en soutien à ces prêts.

Le gouvernement a présenté son programme d'investissement dans les infrastructures lors de la conférence, le coût de la première phase étant estimé à 10,8 milliards de dollars.

Ce programme devrait réduire le déficit budgétaire à 5 % du produit intérieur brut (PIB) au cours des cinq prochaines années, grâce à la mise en œuvre de plusieurs mesures essentielles concernant les revenus, parmi lesquelles l'amélioration de la collecte des impôts.

Parmi les autres mesures figure une réduction des dépenses, telle que la subvention d'Électricité du Liban (EDL).

La conférence a conditionné l'accès aux prêts aux élections législatives et à la formation d'un nouveau gouvernement. Sans cela, ils pourraient ne pas être délivrés.

Des projets en attente

Le Liban « a présenté 280 projets concernant les infrastructures, le réseau routier, le réseau des eaux usées, l'eau, les déchets solides, l'industrie et le tourisme », a rapporté Nassib Ghobril, économiste en chef du groupe Byblos Bank.

« Parallèlement, le Liban met en place des réformes structurelles et fondamentales dans les secteurs concernés par ces projets, permettant ainsi à ces fonds du Cèdre de commencer à arriver », a-t-il précisé à Al-Mashareq.

Le calendrier d'accès aux fonds exige que le Liban organise des élections législatives, ce qu'il a fait, et qu'il forme un nouveau gouvernement chargé de tracer une feuille de route pour les réformes requises, ce qu'il n'a pas encore fait, a-t-il précisé.

« Il faut que [le Liban] commence à mettre en œuvre des réformes structurelles pour réduire son déficit budgétaire annuel à 5 % du PIB sur cinq ans, et d'autres réformes spécifiées dans le document présenté par le Liban lors de la conférence », a fait savoir Ghobril.

La communauté des bailleurs de fonds est « étonnée du retard pris dans la formation du gouvernement », a-t-il rapporté.

« Onze milliards de dollars attendent que le nouveau gouvernement commence à mettre en œuvre les projets début 2019, après avoir défini une feuille de route en 2018 pour la mise en place des réformes dans les secteurs concernés », a-t-il expliqué.

Ces réformes « sont destinées à réduire le déficit, améliorer l'environnement commercial et le climat d'investissement, supprimer les obstacles rencontrés par les entreprises privées, éliminer les subventions sur l'électricité et généraliser celle-ci », a-t-il précisé.

Le Liban doit accélérer la formation du gouvernement afin que le travail puisse commencer dans les domaines requis, a déclaré l'économiste et expert financier Louis Hobeika.

« Si le Liban retarde la formation du gouvernement, nous serons alors confrontés à de nouvelles complications de la situation financière qui pourraient mener à la perte de plusieurs millions de dollars par mois », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

Les dons et les prêts promis lors de la conférence Cèdre sont « conditionnés à de vraies et importantes réformes et étapes de réformes, et cela ne peut être accompli qu'avec la mise en place d'un gouvernement », a-t-il ajouté.

Aide conditionnelle

En organisant la conférence Cèdre, la communauté internationale a démontré « un intérêt extraordinaire pour l'aide au Liban », a indiqué le politologue Tony Farah.

Dans le même temps, a-t-il précisé à Al-Mashareq, elle a bien dit qu'elle n'apporterait au Liban aucune aide financière qui serait gaspillée.

La façon dont l'aide a été promise à la conférence Cèdre, sous la forme de prêts à tarifs préférentiels et subventionnés, mais également classiques, diffère radicalement de la manière dont l'aide avait été promise lors de la conférence Paris 3, a-t-il fait savoir.

Alors que les responsables libanais « préféraient bénéficier d'un accès direct aux fonds pour renforcer les finances publiques, cela ne s'est pas produit, car les pays ont tiré les leçons du passé », a-t-il ajouté.

Par le passé, l'État libanais a dépensé l'aide sans s'en tenir à ses promesses de réformes, a-t-il poursuivi.

La nature conditionnelle des prêts signifie qu'ils ne peuvent être obtenus que par la mise en œuvre des projets décrits dans le document présenté par le Liban lors de la conférence, a-t-il précisé.

Ces projets dépendent d'un ensemble de réformes, a-t-il rapporté.

« Il y a donc théoriquement 11 milliards de dollars [réservés] pour la mise en œuvre de projets de réhabilitation des infrastructures au Liban », a-t-il indiqué, mais ces fonds ne seront débloqués « qu'avec le début de la mise en œuvre des projets liés aux réformes », a conclu Farah.

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