Terrorisme

L'Iran courtise ses ennemis présumés en Afghanistan

Par Zia Our Rehman

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Cette image tirée d'une vidéo YouTube, publiée par un journaliste infiltré chez les talibans, montre quatre activistes tentant de réparer une mitrailleuse pendant un assaut sur une base de l'armée nationale afghane. [YouTube]

Des rapports récents indiquent que la formalisation des rapports entre l'Iran et les talibans afghans est sévèrement critiquée par des responsables afghans, des clercs et des analystes de sécurité.

De tels signalements mettent en évidence la longue histoire de l'Iran en ce qui concerne la mise en danger de la sécurité régionale et du soutien hypocrite aux groupes extrémistes violents, comme les talibans et al-Qaïda, auxquels le régime iranien est censé être idéologiquement opposé.

Liens de l'Iran avec un chef taliban mort

Des preuves de liens entre l'Iran et les talibans afghans sont apparues en mai, lorsque le chef taliban Mollah Akhtar Mohammed Mansoor a été tué dans la province du Balouchistan, au Pakistan. Il entrait au Pakistan depuis l'Iran au moment où il a trouvé la mort, ont découvert les enquêteurs.

Davantage de preuves ont fait surface le mois dernier, lorsque les talibans afghans ont nommé Moulvi Nek Mohammed pour être leur envoyé à Téhéran, a rapporté l'Express Tribune le 17 octobre. Mohammed avait été à la tête du service d'éducation pendant le règne des talibans en Afghanistan entre 1996 et 2001.

Constituant un autre signe de la proximité grandissante entre l'Iran et le groupe terroriste afghan, une délégation talibane de trois membres a visité Téhéran à la recherche d'aide militaire plu tôt cette année, a ajouté l'Express Tribune.

Le régime iranien a augmenté son soutien aux talibans au cours des dix dernières années, principalement pour perturber les efforts de paix en Afghanistan, ont suggéré les médias et des interviews avec des analystes.

Cette action souligne le plus grand intérêt de l'Iran pour la promotion du chaos dans la région plutôt que pour la préservation de sa pureté idéologie prétendue, ont déclaré des parties prenantes.

Les talibans considèrent l'Iran comme un « allié important »

La coopération entre l'Iran et les talibans remonte à des années et est en augmentation constante, affirment des responsables talibans et occidentaux.

Les talibans afghans, qui utilisait auparavant le Pakistan comme base de recrutement et comme quartiers généraux, a trouvé en l'Iran une « allié important », à travers son Corps des Gardiens de la révolution islamique d'élite, a fait savoir le Wall Street Journal (WSJ) en juin 2015.

En 2007 déjà, les responsables constataient que des convois transportant des armes pour les talibans passaient en Afghanistan depuis l'Iran, selon des enquêtes journalistiques.

En juin 2013, ces relations ont changé lorsque Téhéran a formellement invité une délégation talibane à rencontrer des responsables iraniens.

Plus tard cette année, des responsables afghans ont déclaré qu'ils détenaient des preuves que l'Iran entraînait des combattants talibans sur son sol. Il y a désormais au moins quatre camps d'entraînement talibans à Téhéran, Machhad et Zahedan, et dans la province de Kerman, selon des responsables afghans et des commandants talibans.

Les talibans afghans tiennent également des bureaux à Zahedan et Machhad, ont rapporté The Guardian et le WSJ.

« Au début, l'Iran soutenait les talibans financièrement », a déclaré au WSJ un haut responsable afghan. « Mais maintenant, ils les entraînent et les équipent en plus. »

L'Iran cible également les immigrés afghans sur son territoire, les recrutant pour combattre avec les talibans.

Un de ces combattants talibans soutenus par l'Iran, Abdoullah, a déclaré qu'après avoir été emprisonné pour travail illégal dans la ville portuaire iranienne de Bandar Abbas, un officier des renseignements iraniens lui a offert de doubler son salaire, pour atteindre 580 $ (40 235 AFN) par mois, s'il acceptait de travailler pour eux en Afghanistan, a rapporté le WSJ.

« L'Iran nous fournit tout ce dont nous avons besoin », a-t-il ajouté.

Colère quant à « l'hypocrisie » iranienne

Des responsables et des chefs de tribus afghans ayant parlé au Salaam Times ont exprimé leur colère quant au chaos que l'Iran et les talibans font régner en Afghanistan.

Lorsque des réfugiés afghans ont commencé à fuir vers l'Iran dans les années 1980, alors que l'occupation soviétique et la guerre civile ravageaient leur pays, le « gouvernement iranien [...] a imposé des restrictions sur les réfugiés et les a harcelés », a indiqué Ali Ahmed Jilani, un responsable du ministère afghan des Réfugiés et du Rapatriement.

« Dans le même temps, ils aident les ennemis de l'Afghanistan en leur donnant des armes et des fonds et en leur laissant ouvrir des bureaux en Iran », a-t-il déclaré au Salaam Times. « C'est de l'hypocrisie. »

Human Rights Watch et d'autres organisations de veille ont corroboré l'allégation de Jilani concernant le mauvais traitement des réfugiés iraniens. Ceux-ci comprenaient des mauvais traitements physiques de la part des services de police, des déportations sommaires, des opportunités d'emploi très limitées et peu d'accès à l'éducation.

Le soutien de l'Iran à des groupes d'activistes néfastes comme les talibans et al-Qaïda contredit ses propres revendications de lutte contre le terrorisme, a expliqué au Salaam Times Mollah Sabir Azizi, clerc sunnite de la province de Nangarhar.

« L'Iran [...] a créé la confusion en soutenant des groupes mondialement considérés comme terroristes », a indiqué Azizi, qui aide également le gouvernement afghan à maintenir la paix dans la province.

« Au cours des dix dernières années, nous avons vu que l'Iran soutient des terroristes et des insurgés même si ce sont des talibans », a indiqué à Salaam Times l'analyste politique afghan Fazal Haq Mourad. « Ils utilisent ces tactiques pour influencer l'Afghanistan. »

« Si quelqu'un soutient les terroristes [...] qui tuent notre peuple, [il ou elle] est aussi l'ennemi de l'Afghanistan », a affirmé Mourad.

Les talibans portent la responsabilité des attaques terroristes qui ont tué des Afghans, a déclaré Ahmad Zia Rafat, professeur de sciences politiques à l'université de Kaboul.

« Nous avons vu qu'ils sont appuyés par l'Iran », a-t-il précisé au Salaam Times.

Les forces afghanes et de la coalition ont à plusieurs reprises saisi de l'équipement iranien sur des combattants talibans morts ou capturés, a indiqué en août au Salaam Times l'analyste de sécurité afghan Rahmatoullah Saihoon.

Davantage de preuves de la complicité de l'Iran avec des terroristes sont apparues le 20 juillet lorsque trois membres importants d'al-Qaïda, tous basés en Iran, ont intégré une liste mondiale de terroristes désignés : Faisal Jassim Mohammed Al Amri Al Khalidi, Yisra Mohammad Ibrahim Bayumi et Abou Bakr Muhammad Muhammad Ghumayn.

L'Iran et al-Qaïda entretiennent des rapports depuis le début des années 1990, ont indiqué des observateurs.

Le rôle de l'Iran dans le terrorisme au Pakistan

Pakistan a ses propres objections au comportement de l'Iran, bien que le Pakistan profite d'une sécurité grandement améliorée depuis que l'armée a lancé une offensive dans le Waziristan du Nord en juin 2014.

Le 2 mai, l'Iran a adopté une loi donnant la citoyenneté aux familles d'activistes pakistanais tués au combat en Syrie et en Irak. Cette décision n'a pas été appréciée à Islamabad.

Pendant des années, le Pakistan a exprimé son inquiétude que l'Iran cherchait à exploiter le clivage sectaire du Pakistan.

Dans une lettre datée du 14 août 2014, l'Autorité pakistanaise nationale antiterroriste (APNA) a prévenu les gouvernements provinciaux que le gouvernement iranien payait les études de plus de 2 000 étudiants pakistanais dans des séminaires à Najaf, en Irak, où ils risquaient « le lavage de cerveau [...] sur un modèle sectaire ».

Ces étudiants, s'ils sont radicalisés, « pourraient être utilisés contre le gouvernement pakistanais », a mis en garde l'APNA.

L'Iran a également soutenu les violences sectaires à Karachi, a révélé le récent rapport d'une agence policière pakistanaise.

Des quartiers comme « Abbas town, Jaffar-e-Tayyar Society, Malir, Ancholi Rizvia, New Golimar et Shah Faisal Colony constituent une excellente zone opérationnelle pour les renseignements iraniens », a indiqué le rapport.

Le jeu régional de l'Iran

Pourquoi l'Iran encouragerait-il le terrorisme et ferait cause commune avec des groupes terroristes qu'il est censé mépriser n'es pas un secret pour les érudits de la région.

« L'Iran s'allierait avec le diable pour garantir ses intérêts politiques », a affirmé au Salaam Times le docteur Fathi al-Sayed, spécialiste en affaires iraniennes au Centre al-Sharq pour les études régionales à Gizeh, en Égypte.

« L'Iran est entré en Irak et en Syrie sous prétexte de mettre un terme au terrorisme dans ces deux pays en particulier, et dans la région en général », a-t-il expliqué. « Mais ses liens proches avec les talibans ont été prouvés. »

De plus, l'incitation au sectarisme à l'étranger est « synonyme » de la politique iranienne, a-t-il ajouté.

L'ingérence mortelle de l'Iran en Syrie a prolongé le conflit, a enflammé les tensions sectaires et a permis aux groupes terroristes de pénétrer le territoire syrien, a rapporté Diyaruna en août.

Avant même le début de la guerre dans ce pays en 2011, l'Iran avait inséré des groupes de combat, comprenant des nationalités iraniennes et autres, pour réprimer des contestataires, a déclaré à Diyaruna Fathi al-Sayed.

[Izazoullah, de Kaboul, et Walid al-Khaïir, du Caire, ont contribué à cet article.]

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