Réfugiés

Les réfugiés syriens réfléchissent à leur retour

Noor al-Saleh à Amman

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Des véhicules attendent de traverser le passage frontalier Jaber-Nassib récemment rouvert entre la Jordanie et la Syrie. [Photo fournie par le HCR] 

Depuis que le passage frontalier Jaber-Nassib a rouvert le 15 octobre, de nombreux Syriens ont décidé de regagner leur patrie après avoir passé plusieurs années en Jordanie en tant que réfugiés.

Cette tendance a été encouragée par le régime syrien, qui a amplifié ses appels de retour aux réfugiés maintenant qu'il a repris le contrôle de la majeure partie du pays.

« C'est là que se trouvent ma maison et mon peuple », a déclaré Abou Ahmad, un Syrien de 60 ans qui a trouvé refuge en Jordanie en 2016 et a désormais décidé de retourner dans son pays avec de nombreux autres.

Abou Ahmad, qui a choisi de ne pas révéler son nom complet, a indiqué à Al-Mashareq qu'il ne savait pas à quelle situation s'attendre en Syrie.

Mais il a aperçu une lueur d'espoir lorsque la frontière a été rouverte, a-t-il fait savoir, et une chance de revenir prendre des nouvelles de sa famille, de ses biens et de la vie qu'il a laissés derrière lui.

Beaucoup de Syriens ont choisi de quitter la Jordanie et d'autres pays où ils ont trouvé un abri temporaire pour échapper aux conditions de vie difficiles des réfugiés.

Beaucoup d'entre eux n'ont pas pu obtenir de permis de travail, et vivent dans de très mauvaises conditions, malgré les efforts des gouvernements des pays d'accueil pour subvenir à leurs besoins de base et à leur éducation.

Un grand nombre d'entre eux ont le mal du pays, et d'autres ont constamment l'impression d'être un fardeau pour la société qui les accueille.

« Quelle que soit la situation en Syrie, il vaut mieux être parmi les siens », a affirmé Abou Ahmad.

Mais durant ces sept années de guerre, de nombreuses villes syriennes ont été dévastées et beaucoup ne disposent plus des infrastructures nécessaires pour répondre aux besoins de ceux qui y reviennent.

Le nombre de rapatriés fluctue

Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le nombre de réfugiés en Jordanie regagnant la Syrie a fluctué avec les changements de situation de l'autre côté de la frontière, comme lors de l'offensive dans le sud-ouest de la Syrie.

« Nous avons connu des pics et des creux en fonction de la situation dans certaines zones de Syrie », a rapporté Stefano Severe, représentant du HCR en Jordanie.

« Lorsque l'accord de paix a été signé en août 2017, nous avons constaté une augmentation du nombre de ceux qui rentraient », a-t-il indiqué. « Mais cette année avant le mois de juin, nous n'avons enregistré le retour que de 1800 réfugiés. »

Le nombre exact de réfugiés revenus en Syrie n'est pas encore connu, certaines sources l'estimant à plus de 30 000.

Selon Severe, cela est un peu exagéré, et reflète la circulation générale à la frontière plutôt que le chiffre réel des rapatriés.

« Il y a une certaine méconnaissance de ce qu'est un réfugié revenant et un Jordanien ou un Syrien en déplacement transfrontalier normal dans le cadre de procédures d'immigration ou de commerce normales », a-t-il expliqué.

Grâce à sa base de données, le HCR a pu vérifier que 3852 réfugiés étaient rentrés en Syrie entre le 15 octobre et le 1er décembre, mais une liste publiée par le gouvernement jordanien a avancé le chiffre de 4300.

« Bien que les chiffres soient différents, il y a aussi beaucoup de Syriens qui ne sont pas enregistrés auprès du HCR, et c'est la raison principale de cette différence », a expliqué Severe.

« Près de 50 % des rapatriés sont originaires de la région de Daraa, qui connaît une relative stabilité depuis quelques mois », a-t-il noté, ajoutant « qu'à l'heure actuelle, les retours sont spontanés ».

Le HCR travaille avec les autorités à la frontière pour renforcer les capacités afin qu'elles puissent gérer correctement les processus de retour et fournir des informations.

« Le problème principal pour les réfugiés est qu'il leur faut les documents nécessaires afin de revenir, et que cela coûte cher », a rapporté Severe. « Ils doivent se rendre à l'ambassade syrienne pour régulariser leur statut et payer des documents, comme des passeports. »

Certains ne veulent pas revenir

Grâce à des connaissances en Syrie, Yadan Draji, cofondateur de l'organisation non gouvernementale Auranitis Lifeline en Jordanie, a appris que certains réfugiés sont arrêtés à leur arrivée sur le territoire syrien.

« Lorsque cela ne relève pas de motifs politiques, cela a essentiellement pour but de contraindre ces personnes à servir dans l'armée syrienne », a-t-il déclaré à Al Mashareq.

« Durant les premiers mois qui ont suivi la réouverture des frontières, les Syriens étaient heureux de pouvoir rentrer chez eux », a-t-il rappelé. « Aujourd'hui, en raison de la sécurité et des arrestations qui ont lieu, les gens n'ont pas envie de rentrer, ils ont peur. »

Draji, qui vit en Jordanie depuis plus de sept ans, a créé Auranitis avec d'autres personnes afin de bâtir des communautés résilientes dans le sud de la Syrie.

Il n'a lui-même pas pensé à rentrer, bien qu'il n'ait vu ni son père ni son frère depuis le début du conflit syrien.

« C'est toujours dangereux », a-t-il déclaré, ajoutant qu'il pourrait lui aussi être arrêté.

« En Syrie, j'étais actif dans la politique en tant que journaliste, et j'ai documenté de nombreux abus commis par le régime syrien », a-t-il indiqué.

Selon une récente enquête de NAMA pour Strategic Intelligence Solutions, 32 % des réfugiés syriens en Jordanie sont sûrs qu'ils ne reviendront pas dans leur patrie, alors que seuls 14 % sont « très déterminés » à revenir en Syrie.

« Si les choses restent en l'état, les gens n'auront plus envie de rentrer », a affirmé Draji. « Ce que les réfugiés cherchent vraiment, c'est la sécurité, et bien sûr les services, principalement la santé et l'éducation. »

« Le gouvernement ne peut fournir que l'électricité et l'eau pour le moment, rien de plus. »

Beaucoup de ceux qui sont revenus n'ont plus de maison par suite des destructions des zones résidentielle, a-t-il poursuivi.

« Les gens n'ont pas les moyens de louer des maisons, et dans les zones sûres, les quartiers sont surpeuplés et ne peuvent pas accueillir tous ceux qui reviennent », a-t-il déploré.

Aucun abri, aucun camp n'a été mis en place pour les recevoir.

Le HCR ne s'attend pas à voir revenir un grand nombre de réfugiés pendant l'hiver, mais anticipe l'augmentation d'ici le printemps.

Les Syriens qui ont des enfants à l'école et à l'université en Jordanie sont eux aussi réticents à rentrer tant que l'éducation de leurs enfants n'est pas terminée, a déclaré Draji.

Aucune pression pour revenir

Les retours vers la Syrie ont été volontaires jusqu'à ce jour, et le gouvernement jordanien ne force en rien les réfugiés à rentrer en Syrie.

« Le choix leur appartient », a affirmé Severe.

« Pour l'instant, aucune pression n'est exercée sur les réfugiés », a-t-il ajouté. « Mais l'on peut toujours craindre que si les financements diminuent, la pression soit plus forte pour qu'ils rentrent chez eux. »

Le HCR a commencé à donner des conseils aux gens sur leur possible retour, a-t-il indiqué, mais il sait que cela prendra du temps, compte tenu de l'ampleur de la reconstruction nécessaire.

« Les réfugiés doivent avoir confiance pour rentrer chez eux », a déclaré Severe.

Draji a indiqué que la réouverture de la frontière n'avait rien changé pour lui. La seule question est de savoir si « c'est sûr », a-t-il ajouté.

Malgré le manque de sécurité, Abou Ahmad compte retrouver sa maison et la réparer, dans l'espoir qu'un jour sa famille sera à nouveau réunie sous un même toit.

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4 COMMENTAIRE (S)

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génial!

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Non, au contraire, nous sommes contents. Tout sera simplement bien, avec la volonté de Dieu.

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Ce Draji et ses semblables sont ceux qui bénéficient du non-retour. Ce sont eux qui parlent de manque de sécurité et de stabilité parce qu’ils en bénéficient lorsque les gens ne reviennent pas. Les pays où il y a des réfugiés doivent donner des ordres sur la nécessité de leur retour dans leur pays. Cependant, ce sont des pays qui ne veulent pas de sécurité en Syrie parce qu'ils ne veulent pas de stabilité.

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Si je retourne, est ce qu'ils vont me louer une maison? Je demande au régime de ne pas me poursuivre pour le service de réserve et m'assurer un travail.

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