Terrorisme

Le Liban s'en prend aux trafiquants d'armes transfrontaliers

Par Nohad Topalian à Beyrouth

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Les forces libanaises montrent des armes et des munitions saisies auprès de trafiquants lors d'une opération en 2016. [Photo fournie par la Direction de l'orientation de l'armée]

Les agences libanaises de sécurité ont fait échouer une série d'opérations de trafic d'armes transfrontalier dans leurs efforts pour renforcer la sécurité le long de la frontière syrienne.

Les contrebandiers qui tentent de faire passer des armes et des munitions à des groupes extrémistes opérant dans la région d'accès difficile entourant Arsal dissimulent leurs chargements illicites en utilisant diverses techniques, ont expliqué des spécialistes de la sécurité à Al-Mashareq.

Récemment, les agences de sécurité ont arrêté à plusieurs reprises des trafiquants fournissant des armes destinées à « l'État islamique » (Daech) et au Front al-Nosra (FAN).

Le 15 mai, la Direction générale de la sûreté générale (DGSG) a annoncé l'arrestation d'un ressortissant syrien soupçonné d'être entré en contact avec des groupes extrémistes et de leur avoir fourni des roquettes, des fusils et des munitions.

Ce Syrien, qui se faisait seulement appeler « TZ », a été accusé de « trafic d'armes de guerre » et « a reconnu avoir communiqué avec des trafiquants d'armes et des terroristes pour fournir des roquettes, des fusils et des munitions militaires à des groupes terroristes armés ».

Ce suspect avait utilisé sa maison comme point de passage, y stockant des armes et des munitions avant de les transporter dans l'arrière-pays d'Arsal, a expliqué la Direction.

Le 22 avril, une unité de l'armée et des membres des renseignements ont lancé un assaut contre la maison de Wael Deeb Fleiti, dans le quartier Wadi al-Hosn d'Arsal.

Il a été arrêté avec son frère Hussein et plusieurs individus libanais et syriens recherchés par les autorités pour trafic d'armes et soutien à des groupes extrémistes, a fait savoir la Direction d'orientation du commandement de l'armée.

Le 29 novembre, l'armée a également arrêté Hussein Kharroub, accusé d'avoir fourni des armes et des explosifs à son frère en fuite Radouan Kharroub, membre des brigades Abdoullah Azzam, affiliées à al-Qaïda.

Kharroub a été arrêté lors d'une opération lancée contre sa maison à Majdal Anjar, lors de laquelle une importante quantité de munitions, d'explosifs et un missile antiaérien ont été saisis, a poursuivi le commandement militaire.

Sécurité renforcée à la frontière

« Par le passé, les contrebandiers libanais et syriens trafiquaient des armes légères, des munitions et des roquettes pour Daech et le FAN en utilisant des points de passage illégaux le long de la frontière », a expliqué le journaliste Michel Nasr, spécialiste des questions sécuritaires.

Ces points de passage se trouvent le plus souvent dans la région difficile qui s'étend entre Arsal et Ras Baalbek, a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

« Aujourd'hui toutefois, il est pratiquement impossible de faire passer des armes en contrebande par cette frontière, à cause des mesures de sécurité renforcées imposées par l'armée », a-t-il ajouté.

Nasr a expliqué que les trafiquants sont toujours actifs dans le nord du Liban, notamment près du fleuve al-Nahr al-Kabir al-Janoubi à la frontière, et dans la région de Wadi Khalid.

« Cela est dû à l'existence d'une cimenterie, dont le propriétaire a été arrêté il y a quelque temps, et de ponts qui franchissent le fleuve et qui relient [Wadi Khalid] à des villages syriens », a-t-il précisé.

La plus grosse part de cette contrebande se fait « par des chemins de montagne difficiles et étroits, à dos de mulets et à bord de camions équipés de compartiments cachés », a-t-il précisé.

Méthodes de duperie

Les trafiquants d'armes et de munitions syriens et libanais utilisent divers itinéraires et moyens pour se livrer à cette activité criminelle, a expliqué le général de brigade George Nader, officier en retraite de l'armée libanaise et stratège militaire.

Les armes, pour l'essentiel des armes légères et des munitions « sont parfois convoyées à dos de mules par des chemins difficiles et sinueux » jusqu'aux lointains repaires des groupes extrémistes, a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

Les trafiquants utilisent également des camions qui ont l'apparence de camions de transport de fruits et légumes, mais qui sont en réalité chargés d'armes cachées dans des compartiments secrets dans le châssis, a-t-il précisé.

« Il est difficile de contrôler le trafic d'armes en direction de ces groupes, parce que les forces de sécurité ne peuvent surveiller l'intégralité de la frontière terrestre avec la Syrie, et encore moins les points de passages illégaux », a-t-il ajouté.

« La plupart des trafiquants sont des Syriens, qui fournissent au FAN et à Daech des obus d'artillerie, des munitions antiaériennes et des roquettes, et qui se sont positionnés près de la frontière avec le Liban », a expliqué le général de brigade Naji Malaeb, spécialiste de la stratégie sécuritaire et retraité de l'armée libanaise.

Les agences de sécurité ont renforcé la sécurité à la frontière pour tenter de lutter contre les trafiquants et les contrebandiers, a-t-il expliqué à Al-Mashareq, soulignant que « l'armée contrôle les frontières terrestres et maritimes pour mettre fin à tout trafic de ce genre ».

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