Droits de l'Homme |

2018-10-08

Les mines sont le nouveau fléau de la guerre au Yémen


Des combattants houthis près des mines qui ont été retirées de la ville d'al-Hodeidah le 13 septembre 2018. Le Washington Institute a indiqué que les Houthis utilisent aujourd'hui des mines « à un rythme effréné » alors qu'ils se retirent de certaines zones à Aden, Taez, Marib, et plus récemment le long de la côte ouest du Yémen. [Stringer/AFP]
Des combattants houthis près des mines qui ont été retirées de la ville d'al-Hodeidah le 13 septembre 2018. Le Washington Institute a indiqué que les Houthis utilisent aujourd'hui des mines « à un rythme effréné » alors qu'ils se retirent de certaines zones à Aden, Taez, Marib, et plus récemment le long de la côte ouest du Yémen. [Stringer/AFP]

Les mines et les explosifs posés par les Houthis (Ansarallah), qui ont été scientifiquement liés à l'Iran, déchirent la vie des civils yéménites qui tombent dessus.

Pour Imad et sa sœur Alia, la vie ne sera plus jamais la même depuis que leur père a été tué par une mine et qu'ils ont dû quitter leur maison à risque dans la province d'al-Hodeidah, dans l'ouest du Yémen.

Leur maison étant entourée de munitions mortelles, les deux enfants et leur mère ont quitté le village d'al-Dunaï pour se réfugier dans le camp d'al-Waara, dans la région de Khokha, à une trentaine de kilomètres de la ville d'Hays.

Dans leur retraite, les Houthis ont parsemé la zone de mines, a rapporté Fethiyeh Fartout, la mère des enfants.

Leur père a trouvé la mort alors qu'il se rendait au marché par une route « jonchée de mines ».

Un nombre grandissant de bombes camouflées en pierres sont retrouvées à divers endroits au Yémen, selon un groupe de suivi des armes qui a lié ces engins à l'Iran.

« Menace à long terme »

Dans un rapport publié en mars, Conflict Armament Research, qui identifie et suit les armes et munitions conventionnelles des conflits armés contemporains, a fait savoir que ces engins ressemblent beaucoup à des bombes trouvées en Irak et au Liban.

Les engins trouvés en Irak et au Liban ont déjà été liés scientifiquement à l'Iran, a précisé le rapport, notant que ceux trouvés au Yémen ont une conception et une construction similaires.

Classées comme engins explosifs improvisés télécommandés (EEIT), ces bombes sont armées par un signal radio et sont déclenchées par un interrupteur infrarouge passif.

Elles sont généralement camouflées en pierres synthétiques.

Le Yémen a signé la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, aussi appelé Traité d'Ottawa, qui est entré en vigueur en 1999 et a pour but d'éliminer les mines et de déminer de vastes territoires pollués.

L'utilisation aveugle de mines est considérée comme crime de guerre par les organismes internationaux.

Bien que les Houthis n'ont pas fait de commentaire public sur les mines, le ministère des Affaires étrangères de Sanaa, contrôlé par les Houthis, a nié dans une lettre adressée à l'association Human Rights Watch (HRW) en 2017 en avoir utilisé ou en stocker, ajoutant qu'ils étaient « vigilants dans l'application des engagements » du traité.

Mais pour Fartout et ses enfants, il est impossible de rentrer à la maison, même s'ils essayaient, a raconté son père, Jamal Fartout.

« Les Houthis ont posé des mines partout, et leurs explosifs ont détruit les routes », a-t-il rapporté à l'AFP.

« Toutes les routes menant à notre domicile sont bordées d'explosifs ».

HRW a déclaré en juin qu'au Yémen, les mines empêchent l'accès à l'aide et qu'elles piègent les habitants.

« Les Houthis ont à plusieurs reprises posé des mines antipersonnel, des mines antivéhicules et des mines improvisées lorsqu'ils se sont retirés des régions d'Aden, Taez, Marib et, plus récemment, le long de la côte ouest du Yémen », a rapporté HRW.

« Où pouvons-nous aller »

Les mines « représentent une menace pour les civils longtemps après la fin du conflit », a prévenu le groupe.

En juillet, le Washington Institute a fait savoir que, bien que les mines ont été un fléau pour le Yémen pendant des décennies à travers différents conflits, les Houthis les utilisent aujourd'hui « à un rythme effréné ».

Bien que les chiffres exacts soient « notoirement difficiles à vérifier », le Washington Institute a indiqué qu'un « responsable yéménite du déminage déclare que les Houthis ont posé 500 000 mines depuis 2015 », et les équipes de déminage « en auraient retiré 300 000 ».

L'association non gouvernementale Landmine and Cluster Munition Monitor a enregistré plus de 2 100 victimes de mines au Yémen en 2016.

« J'ai demandé aux Houthis où nous pouvions aller, maintenant que celui qui faisait vivre la famille avait été tué par une mine », a indiqué Fartout.

Des centaines de personnes vivent maintenant dans des tentes de fortune à al-Waara, financé en partie par les Émirats arabes unis.

Des dizaines d'enfants, certains pieds nus, courent dans le camp, mais l'un d'eux reste assis dans son fauteuil roulant, la jambe plâtrée. Lui aussi est une victime des mines.

En juin, l'Arabie saoudite a lancé un nouveau projet de déminage au Yémen, mais « les mines restent un énorme défi dans la période d'après-guerre », a affirmé le Washington Institute.

La coalition arabe, qui est intervenue dans la guerre en 2015 pour aider le président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi, accuse l'Iran de fournir aux Houthis des explosifs et des missiles.

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