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Sécurité |

2018-12-05

Yémen : après al-Qaïda, al-Mukalla reprend ses marques

Depuis qu'al-Qaïda a été chassé en avril 2016 de la ville portuaire d'al-Mukalla, dans le sud du Yémen, la sécurité est revenue, mais les conditions de vie restent difficiles.

Sur les eaux azur au large du Yémen, des gardes-côte récemment diplômés ont pris d'assaut un bateau de pêche lors d'un exercice, dans le cadre des actions du port d'al-Mukalla pour faire renaître les institutions d'État deux ans après la fuite d'al-Qaïda.

Dans une nation déchirée par le conflit, cet ancien bastion extrémiste se dresse comme une oasis de stabilité, offrant ce que beaucoup qualifient de modèle pour le Yémen de l'après-guerre.

Lors d'une cérémonie organisée la semaine dernière, des dizaines d'officiers yéménites ont pris en charge la sécurisation des 350 km de côtes dans le sud de la province de l'Hadramaout, qui sont infestés de trafiquants d'armes et de drogues.


Des forces pro-gouvernementales yéménites à bord de bateaux militaires le 29 novembre dans le port d'al-Mukalla, dans l'Hadramaout. [Saleh al-Obeidi/AFP] 
Des forces pro-gouvernementales yéménites à bord de bateaux militaires le 29 novembre dans le port d'al-Mukalla, dans l'Hadramaout. [Saleh al-Obeidi/AFP] 

Des forces pro-gouvernementales yéménites dans un bateau militaire dans le port d'al-Mukalla le 29 novembre. [Saleh al-Obeidi/AFP] 
Des forces pro-gouvernementales yéménites dans un bateau militaire dans le port d'al-Mukalla le 29 novembre. [Saleh al-Obeidi/AFP] 

Le transfert de pouvoirs à al-Mukalla a inclus la gestion des ports locaux, la coalition arabe ayant donné des équipements maritimes et des bateaux de surveillance aux nouveaux gardes-côte formés par des responsables saoudiens, émiriens et américains.

« Pour répondre réellement à la crise humanitaire, il faut mettre fin au conflit d'une manière qui rétablira les institutions de l'État », a déclaré Matthew Tueller, ambassadeur des États-Unis au Yémen.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser le Yémen perdurer dans ce statut d'État en faillite », a-t-il ajouté lors de la cérémonie, à laquelle participait également l'envoyé saoudien Mohammed al-Jaber.

Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) a été chassé d'al-Mukalla en avril 2016.

Les activistes qui ont lapidé des femmes accusées d'adultère et ont fait régner leur interprétation extrême de la charia ne sont plus présents à al-Mukalla, et aujourd'hui, ses places ne servent plus de lieux d'exécutions publiques.

Mais les responsables admettent que les conditions ayant facilité la prise de contrôle de cette ville pauvre de près de 500 000 habitants par les activistes perdurent, à savoir principalement un manque de services et de gouvernance.

Bonne sécurité, mauvais services

En plus des pêcheurs arborant des sarongs colorés, les rues d'al-Mukalla comptent des mendiants qui fouillent les poubelles qui débordent, tandis que les eaux usées coulent à ciel ouvert.

Les quartiers portent les cicatrices de la guerre, notamment des maisons détruites par des explosions, le chômage est omniprésent, et malgré le fait que l'Hadramaout soit riche en pétrole, al-Mukalla est paralysée par de fréquentes coupures de courant et des pénuries de carburant.

« À al-Mukalla, la sécurité est bonne, et les services sont mauvais », a déploré Badr Basalmah, habitant de la ville et ancien ministre des Transports.

Des cellules dormantes d'AQPA rôdent toujours dans la ville, mais le gouverneur de l'Hadramaout, Faraj al-Bahsani, dit qu'elles ne constituent pas de menace majeure.

« La paix règne à al-Mukalla, mais elle est fragile », a déclaré Elisabeth Kendall, spécialiste du Yémen à l'université d'Oxford.

« Les groupes extrémistes ne sont plus forts et ont en général commencé à se cacher, mais cela ne veut pas dire qu'ils ne réapparaîtront pas, car ils attirent les jeunes désabusés qui manquent d'opportunités. »

La stabilité durable dépend de la reconstruction et du développement, mais le Yémen subit les effets d'une crise économique causée par l'effondrement de la monnaie yéménite, laissant beaucoup de gens sans emploi sans pouvoir s'acheter même des denrées alimentaires de base.

« Avec des salaires bas et une inflation élevée, les gens ne font rien de plus que survivre », a expliqué Basalmah.

Le gouvernement local a du mal à payer les salaires et mise beaucoup sur le soutien financier des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite.

L'aéroport régional reste fermé aux vols commerciaux, ce qui étouffe encore davantage les affaires.

Contrôle des armes

Les activistes d'AQPA ont envahi al-Mukalla en 2015 quasiment sans rencontrer de résistance, alors que la coalition arabe se concentrait sur la lutte contre les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran.

Les extrémistes se sont repliés dans les montagnes de l'intérieur de la province aussi rapidement qu'ils avaient capturé la ville, après avoir volé jusqu'à 270 milliards de riyals yéménites (1,1 milliard de dollars) dans les banques d'al-Mukalla, ont rapporté des responsables yéménites.

Al-Bahsani a indiqué que les autorités ont récupéré certains documents d'AQPA après son retrait, révélant des informations comme les grandes lignes de sa stratégie militaire, ses sources de revenus et le détail des sites de stockage d'armes.

Il a rapporté que ces documents ont été remis aux autorités émiriennes qui ont appuyé l'offensive yéménite principale pour reprendre la ville.

« Le contrôle qu'exerçait al-Qaïda sur cet endroit profitait aux Houthis », a déclaré le général Abdoullah Abou Hatem, des gardes-côte du Yémen.

Bien que ce soient deux groupes séparés, ils profitaient tous les deux de l'économie de guerre au Yémen. Les côtes perméables de l'Hadramaout contrôlées par AQPA facilitaient la contrebande d'armes, qui se retrouvaient souvent dans les zones houthies, a expliqué Hatem.

Après la fuite d'al-Qaïda, al-Mukalla essaie de mettre en place une interdiction du port d'arme à feu pour les civils, quelque chose d'unique dans un pays ayant une longue tradition de port d'armes.

Pour la première fois au Yémen, les personnes entrant à al-Mukalla doivent remettre toutes leurs armes à l'un des nombreux points de contrôle, certains étant tenus par des femmes, a fait savoir al-Bahsani, ajoutant que cette initiative est « très réussie ».

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