Énergie |

2018-03-06

Sanaa confronté à une sévère crise des carburants sous le régime des Houthis


Des Yéménites attendent devant des bonbonnes de gaz vides dans un contexte de pénurie de produits dérivés du pétrole à Sanaa, le 5 mars. [Mohammed Huwais/AFP]
Des Yéménites attendent devant des bonbonnes de gaz vides dans un contexte de pénurie de produits dérivés du pétrole à Sanaa, le 5 mars. [Mohammed Huwais/AFP]

Confrontés à une pénurie de gaz de cuisson et de carburant pour leurs véhicules, les habitants de Sanaa ont récemment organisé des manifestations dans la ville, qui, dans certains quartiers, ont dégénéré en affrontements armés avec les Houthis (Ansarallah), ont expliqué des habitants de la ville à Al-Mashareq.

Les habitants ont bloqué certaines rues avec des bonbonnes de gaz vides pour protester contre la crise des carburants, qui a contraint nombre de véhicules privés et de bus publics à rester au garage.

De longues files de véhicules s'étiraient devant les stations d'essence, tandis que les habitants de la ville, contrôlée par les Houthis appuyés par l'Iran, ont également dû faire la queue pour remplir leurs bonbonnes de gaz de cuisson.


Des Yéménites attendent une livraison de gaz devant des bonbonnes de gaz vides dans un contexte de pénuries croissantes à Sanaa, le 5 mars. Certains habitants locaux expliquent avoir dû faire la queue durant plusieurs jours. [Faisal Darem/Al-Mashareq]
Des Yéménites attendent une livraison de gaz devant des bonbonnes de gaz vides dans un contexte de pénuries croissantes à Sanaa, le 5 mars. Certains habitants locaux expliquent avoir dû faire la queue durant plusieurs jours. [Faisal Darem/Al-Mashareq]

Des Yéménites achètent du bois de chauffe pour la cuisson dans un climat de pénurie persistante de gaz à Sanaa, le 6 mars. [Mohammed Huwais/AFP]
Des Yéménites achètent du bois de chauffe pour la cuisson dans un climat de pénurie persistante de gaz à Sanaa, le 6 mars. [Mohammed Huwais/AFP]

Cette crise a commencé lundi 5 mars à midi, avec une hausse des prix soudaine, qui a incité les automobilistes à se précipiter vers les stations d'essence pour tenter de faire le plein, ont expliqué des habitants locaux.

Quelques jours plus tôt, il était difficile de trouver du gaz de cuisson, même au marché noir, ont-ils poursuivi, ce qui a incité plusieurs d'entre eux à envoyer leurs fils vers les stations de recharge pour tenter d'obtenir du gaz ; certains ont dû y attendre des jours.

Une situation « catastrophique »

Les Houthis sont largement tenus pour responsables de cette crise, dans la mesure où ils exercent l'autorité de facto à Sanaa, dont ils s'étaient emparés lors du coup d'État de 2014.

« J'ai dû obliger mon fils à rester trois jours à la station d'essence d'al-Sabeen dans la capitale, mais en vain », a expliqué Ali Nasser al-Hujari, un habitant local.

« Nous avons cherché du gaz au marché noir, mais sans en trouver », a-t-il ajouté pour Al-Mashareq. « La situation est réellement devenue catastrophique. »

Par ailleurs, les habitants ont bloqué certaines rues de Sanaa avec de longues files de bonbonnes de gaz, et des affrontements armés avec les Houthis s'en sont suivis lorsque la milice est intervenue pour rouvrir ces rues par la force.

« Les gens ont attendu en faisant de longues queues devant les stations d'essence pendant trois jours, mais la quantité disponible ne suffisait pas à leurs besoins », a expliqué à Al-Mashareq Salem Ali, un habitant du quartier d'al-Balili.

« La situation y est rapidement devenue très tendue, certains habitants ont même affronté les forces [de la milice] qui avaient tenté de rouvrir les rues », a-t-il ajouté.

Pour sa part, le ministère du Pétrole contrôlé par les Houthis a accusé certains « négociants peu scrupuleux » d'avoir provoqué cette crise de pénurie de gaz.

« Les négociants ont promis de vendre des bonbonnes de gaz pour 3 000 riyals yéménites (12 USD), mais ont après coup refusé d'envoyer leurs remorques à gaz à Sanaa et dans d'autres provinces », a-t-il ajouté.

Les hausses de prix des Houthis sont responsables

Selon l'économiste Abdoul Jalil Hassan, les Houthis sont responsables de cette crise des produits dérivés du pétrole, car ce sont eux qui sont aux commandes et qui délivrent les permis d'importation aux négociants.

« Toutes les institutions de l'État sont contrôlées par les Houthis, ils sont donc entièrement responsables des charges et des souffrances infligées aux citoyens dans les secteurs qui relèvent de leur contrôle, notamment Sanaa », a-t-il déclaré à Al-Mashareq.

« Ces hausses de prix sont imputables aux taxes imposées par les Houthis aux négociants et aux importateurs aux entrées de la ville », a expliqué pour sa part le chercheur Ali Mohammed, de l'université de Sanaa.

« Leurs agences de sécurité imposent également des amendes de plusieurs millions aux propriétaires de stations d'essence et de remplissage, au cas où ils ne respecteraient pas leurs ordres, notamment l'imposition de certains prix », a-t-il poursuivi pour Al-Mashareq, utilisant un pseudonyme par peur pour sa sécurité.

Le prix d'une bonbonne de gaz de cuisson de 20 litres est ainsi passé à plus de 7 000 riyals yéménites (28 USD), contre 5 000 riyals (20 USD) au marché noir, a-t-il expliqué.

Dans le même temps, a-t-il ajouté, le prix d'un conteneur de 20 litres d'essence est passé de 7 000 riyals à 8 000 riyals (32 USD) en un jour seulement.

Suspension des droits de douane

Le président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi a demandé lundi au gouvernement de lever les restrictions sur les produits dérivés du pétrole, et de permettre à toutes les entreprises et aux individus de les importer et de les vendre dans tous les ports du Yémen.

Cette directive inclut les ports contrôlés par les Houthis.

Selon certains rapports parus dans la presse locale, Hadi a pris cette décision afin de faire baisser les prix des produits de base, parmi lesquels l'essence et le gaz de cuisson.

Hadi a également ordonné l'abrogation de toutes les mesures et restrictions entravant le transport des dérivés de pétrole.

Il a demandé que des tarifs de transport raisonnables soient appliqués, conformément aux estimations du ministère des Transports, que les mesures de dédouanement soient facilitées dans les ports dans un délai de 72 heures, et que l'administration portuaire et des douanes emploie deux équipes par jour.

Hadi a également demandé que les droits de douane sur les produits dérivés du pétrole soient suspendus, avec effet immédiat, afin d'en faire baisser le prix.

Ces mesures devront être examinées et évaluées dans un délai de trois mois, a-t-il par ailleurs indiqué, pour permettre de mesurer leur impact sur la vie des Yéménites.

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