Criminalité et Justice |
2017-12-15

Le soutien iranien aux Houthis nuit à l'économie du Yémen

Un employé compte des piles de monnaie yéménite à la Banque centrale du Yémen à Sanaa le 25 août 2016. La devise du Yémen est en forte baisse depuis que les Houthis ont pris le contrôle de la Banque centrale. [Mohammed Huwais/AFP]

Le soutien de l'Iran au coup d'État des Houthis (Ansarallah) contre le gouvernement légitime du Yémen a détruit l'économie du pays et fait chuter la valeur de sa monnaie, ont rapporté des experts à Al-Mashareq.

La récente divulgation de l'existence d'un réseau iranien impliqué dans une conspiration visant à aider la Force Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) à contrefaire la monnaie yéménite a encore davantage nui à la situation financière du Yémen, ont-ils indiqué.

Le riyal yéménite a perdu plus de la moitié de sa valeur face aux devises étrangères sur les marchés de change depuis le coup d'État le 21 septembre 2014.

Les Houthis ont pris le contrôle de la Banque centrale et ont depuis dilapidé plus de quatre milliards de dollars en réserve de devise étrangère, contribuant ainsi au déclin de l'économie nationale, ont expliqué des économistes.

Le produit intérieur brut (PIB) du Yémen s'est réduit d'un tiers à cause de la guerre, ce qui a causé des dégâts à large échelle au secteur industriel, a rapporté le mois dernier le ministre de l'Industrie et du Commerce Mohammad al-Maitami.

Depuis le coup d'État des Houthis, a-t-il poursuivi, « plus de la moitié des entreprises industrielles ont été détruites ou ont mis fin à leurs opérations, et plus de 65 % des employés du secteur privé ont perdu leur emploi ».

À l'heure actuelle, 70 % des Yéménites sont au chômage, a-t-il noté, les jeunes et les femmes étant les plus touchés par le déclin du marché du travail.

Les réserves de devises étrangères sont épuisées

Les troubles politiques au Yémen ont mené à un déclin de la valeur du riyal, à l'épuisement des réserves de devises étrangères, à l'arrêt des exportations de pétrole et à la spéculation sur les devises, a rapporté Moustafa Nasr, président du Centre des études et des médias économiques.

« L'épuisement des réserves de devises étrangères est l'une des causes directes les plus importantes du déclin de la valeur du riyal yéménite face au dollar et aux autres devises fortes », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

Cela a conduit à la suspension des exportations de pétrole, à la spéculation sur les devises, à la contrebande de monnaie et au blanchiment d'argent, a ajouté Nasr.

« La pratique préjudiciable des Houthis consistant à utiliser des devises étrangères pour financer la guerre est une cause directe du déclin de la valeur du riyal yéménite », a fait savoir à Al-Mashareq le président de la Banque nationale Mohammed Hassan.

« Le gouvernement houthi à Sanaa a émis des chèques sans provision pour acheter des dollars sur le marché et s'est adonné à la spéculation sur les devises afin de financer ses activités », a-t-il rapporté, soulignant que cela avait porté la dette publique à plus de cinq trillions de riyals (20 milliards de dollars).

La « prolifération de boutiques et d'entreprises de change sans licence à Sanaa » a contribué au déclin du riyal, a expliqué l'économiste Abdoul Jalil Hassan.

Ces boutiques contribuent à l'accroissement de la spéculation sur le marché noir à Sanaa et dans les zones contrôlées par les Houthis, a-t-il déclaré à Al-Mashareq, précisant que c'est-là l'une des causes principales de l'effondrement de la devise nationale.

Sanctions contre le réseau de contrefaçon

Le 20 novembre, le Trésor américain a infligé des sanctions à un réseau de personnes physiques et morales impliquées dans une conspiration à grande échelle pour aider la Force Qods d'élite du CGRI à falsifier des devises afin de soutenir ses activités de déstabilisation.

Selon le Trésor, « ce réseau a utilisé des mesures trompeuses pour contourner les restrictions de contrôle sur les exportations européennes et a fourni des équipements et des matériaux sophistiqués pour imprimer des billets de banque yéménites valant potentiellement des centaines de millions de dollars » pour la Force Qods du CGRI.

« Cette conspiration révèle le niveau élevé de tromperie que le CGRI et la Force Qods sont prêts à employer contre des entreprises en Europe, des gouvernements dans le Golfe, et le reste du monde pour soutenir ses activités de déstabilisation », a affirmé le Trésor.

« La contrefaçon s'en prend au cœur du système financier international, et le fait que des éléments du gouvernement iranien soient impliqués est absolument inacceptable », a déclaré le secrétaire du Trésor Steven Mnuchin.

« Cette conspiration de contrefaçon révèle les risques graves auxquels on peut être confronté lorsque l'on fait des affaires avec l'Iran, alors que le CGRI continue de dissimuler son implication dans l'économie de l'Iran et à se cacher derrière l'apparence d'entreprises légitimes pour atteindre ses sinistres objectifs », a-t-il déclaré.

Limiter les ambitions expansionnistes de l'Iran

L'écrivain et chercheur politique bahreïnien Abdoullah al-Junaid s'est déclaré favorable à ces sanctions et espère que les États-Unis adopteront d'autres décisions « qui aideront à tarir les ressources du terrorisme, à éliminer l'extrémisme en Iran et à mettre fin à son projet expansionniste ».

« Le fait que des organisations du CGRI soient impliquées dans la contrefaçon du riyal yéménite et d'autres devises indique l'étendue de l'ingérence de l'Iran dans la crise yéménite », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

Cela souligne également la possibilité que le CGRI et ses affiliés participent à des activités criminelles similaires pour financer leurs activités en Syrie, en Irak et même au Liban, a-t-il continué.

Les sanctions américaines sont une étape positive pour la réduction de l'intervention iranienne dans les affaires internes du Yémen et d'autres pays de la région, a fait savoir Darar Albou Falasa, directeur général de Watani al-Emarat et analyste politique des Émirats arabes unis.

« Les agissements de l'Iran sont connus depuis longtemps, et une action collective internationale doit être entreprise pour y répondre sérieusement et fermement », a-t-il affirmé à Al-Mashareq.

*Mohammed al-Jayousi a contribué à cet article.

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