Sanaa sous les balles après la mort de Saleh


Des combattants houthis inspectent les dégâts après une frappe aérienne de la coalition arabe qui a visé le palais présidentiel à Sanaa le 5 décembre. Les appareils de la coalition ont bombardé la ville avant l'aube après que les miliciens ont tué l'ancien président Ali Abdallah Saleh. [Mohammed Huwais/AFP]

Des combattants houthis inspectent les dégâts après une frappe aérienne de la coalition arabe qui a visé le palais présidentiel à Sanaa le 5 décembre. Les appareils de la coalition ont bombardé la ville avant l'aube après que les miliciens ont tué l'ancien président Ali Abdallah Saleh. [Mohammed Huwais/AFP]

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Des appareils de la coalition arabe ont bombardé Sanaa mardi 5 décembre avant l'aube, après que les Houthis (Ansarallah) ont tué l'ancien président Ali Abdallah Saleh alors qu'il tentait de fuir la ville lundi, après l'effondrement de leur alliance en péril.

Alors que les Houthis agissent rapidement pour consolider leur contrôle de Sanaa après près d'une semaine d'affrontements avec les troupes restées fidèles à Saleh, la Ligue arabe a condamné cette mort, et l'Arabie saoudite a appelé de ses vœux un Yémen libre des « milices soutenues par l'Iran ».

Le secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit a condamné le meurtre de Saleh, déclarant que « la manière dont cela s'est passé montre à chacun la nature criminelle » des Houthis.

La mort de Saleh fait peser le risque d'une « explosion de la situation sécuritaire », a-t-il déclaré.

Dans un communiqué retransmis par la Saudi Press Agency, le gouvernement saoudien a fait part de son espoir que le soulèvement contre les Houthis soutenus par l'Iran « libérera le Yémen des abus, des menaces de mort et de l'appropriation des biens publics et privés ».

Le président iranien Hassan Rouhani a pour sa part averti mardi lors d'un entretien télévisé que ceux qui « attaquent le Yémen » le regretteront, tandis que le commandant du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) Mohammad Ali Jafari a déclaré que Saleh avait été tué parce qu'il avait tenté de renverser les Houthis.

Samedi, Saleh avait exhorté les Yéménites à se soulever contre les Houthis à la suite d'affrontements intermittents entre ses partisans et la milice, qui avaient débuté lorsque les Houthis ont pris d'assaut la mosquée al-Saleh et tué trois gardes.

Il s'était également adressé à la coalition arabe, lui demandant d'écrire « une nouvelle page ».

En réponse, les Houthis avaient accusé Saleh d'organiser un « coup » contre l'alliance.

Progression des forces yéménites sur Sanaa

Le président Abdrabbo Mansour Hadi a appelé les Yéménites à s'unir contre les Houthis.

« Unissons nos forces pour mettre fin au contrôle de ces [...] gangs criminels et [...] ouvrir un nouveau chapitre pour débarrasser notre bien-aimé Yémen de ce cauchemar », a déclaré Hadi dans une allocution télévisée diffusée lundi soir depuis l'Arabie saoudite, où il vit en exil.

Hadi a ordonné au vice-président Ali Mohsen al-Ahmar « d'activer les unités militaires » et de marcher sur Sanaa, a expliqué à l'AFP un responsable de la présidence parlant sous couvert de l'anonymat.

Des sources militaires et gouvernementales ont indiqué que l'armée avancerait en direction de Sanaa depuis l'est et le nord-est, et qu'au moins sept bataillons composeront ces forces.

Les rues se sont vidées lundi avant l'obscurité, alors que des appareils de la coalition survolaient la ville à basse altitude, procédant à au moins sept frappes contre le palais présidentiel tenu par les Houthis, ont indiqué des témoins.

Des affrontements mineurs ont éclaté entre les Houthis et les partisans de Saleh dans les quartiers sud, fidèles à l'ancien président, ont indiqué des habitants.

Mais les lourds combats qui avaient secoué la ville les cinq nuits précédentes ne se sont pas répétés.

Au moins 234 personnes ont en effet été tuées et 400 autres blessées lors de ces affrontements, a indiqué mardi le Comité international de la Croix-Rouge.

Les Houthis tentent d'affermir leur contrôle

De nouveaux points de contrôle tenus par les Houthis se sont multipliés dans Sanaa alors que les leaders de la milice ont appelé à un large rassemblement mardi après-midi pour célébrer leur « victoire sur le complot » ourdi par Saleh pour changer de camp dans la guerre du Yémen.

Saleh, qui a dirigé le Yémen pendant trois décennies, avait joint ses forces à celles des Houthis en 2014 lorsqu'ils s'étaient emparés de larges parties du pays, notamment Sanaa.

Mais cette alliance s'est délitée la semaine dernière, avec des dizaines de morts signalés dans des affrontements alors que l'ancien chef de l'État tendait la main à la coalition qui avait soutenu le combat du gouvernement de Hadi contre les Houthis.

Saleh fut forcé de démissionner en 2012 après que ses forces eurent mené une répression sanglante contre des manifestations pacifiques inspirées du Printemps arabe appelant à son départ.

Âgé de 75 ans, il avait survécu à la guerre civile, à la rébellion dans le nord, à une insurrection d'al-Qaïda dans le sud et à un attentat à la bombe en juin 2011 contre son palais qui l'avait grièvement blessé.

À la suite de son divorce public d'avec les Houthis, une source militaire a expliqué que ces derniers ont arrêté le convoi de quatre voitures de Saleh à une quarantaine de kilomètres au sud de Sanaa lundi et l'ont abattu, ainsi que deux autres responsables.

L'ONU demande une trêve « humanitaire »

Mardi, les Nations unies ont appelé à une trêve « humanitaire » dans les frappes aériennes et les combats au Yémen, alors qu'elles cherchent à aider les civils pris au piège dans Sanaa.

Le coordinateur humanitaire des Nations unies, Jamie McGoldrick, a déclaré avoir « envoyé un message demandant une trêve, une pause pacifique, une pause humanitaire, pour que les belligérants arrêtent les tirs, les combats, les frappes aériennes, afin que les gens puissent aller à l'hôpital, aller vers la sécurité [...] et aillent aussi trouver un lieu où s'approvisionner en nourriture et en eau ».

« Notre capacité à atteindre les habitants a été entravée ces cinq derniers jours en raison des frappes aériennes, des combats, et nos activités de soutien à la vie ont été bloquées », a-t-il ajouté.

« Du fait de notre incapacité à nous déplacer dans la ville durant ces cinq journées, nous – agences de l'ONU, Croix-Rouge et ONG – n'avons pas été en mesure de dispenser nos traitements vitaux », a ajouté McGoldrick.

« L'incertitude persiste aujourd'hui, et malgré ce qu'il s'est produit hier nous ne savons pas si nous pouvons lancer nos opérations ou si nous devons encore attendre quelque temps », a-t-il conclu.

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    ﻣﺤﻤﺪ

    2017-12-6

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