Terrorisme

Un espion houthi arrêté au Yémen révèle l'implication de l'Iran dans des crimes de guerre

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Une image tirée de la vidéo « Khoyout al-Amala » montre l'espion houthi Bassem al-Samet, qui a avoué travailler pour les Houthis afin de faciliter leurs attaques de missiles contre les rassemblements militaires et les civils.

Dans une vidéo diffusée samedi 5 décembre par le ministère yéménite de la Défense, un espion houthi capturé révèle que des experts iraniens et irakiens sont impliqués dans des crimes terroristes contre des femmes, des enfants et des responsables ministériels dans le pays.

Ce documentaire, Khoyout al-Amala (Les chemins de la trahison), montre les aveux de Bassem al-Samet, membre d'une cellule affiliée à l'unité de missiles des Houthis (Ansarallah) soutenue par l'Iran.

Al-Samet révèle que la cellule, démantelée par les agences militaires et de sécurité à Marib, a été formée par des experts iraniens et irakiens qui supervisent l'unité de missiles.

Il a déclaré que l'unité cible délibérément avec des missiles balistiques les enfants et les femmes, ainsi que les cérémonies de remise de diplômes militaires et les responsables du ministère de la Défense.

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L'espion houthi Bassem al-Samet a révélé dans un récent documentaire que des experts iraniens et irakiens sont impliqués dans l'entraînement de l'unité de missiles des Houthis, qui est chargée des attaques contre les civils, les militaires et les responsables. [Capture d'écran de la vidéo « Khoyout al-Amala »]

Selon ce documentaire, al-Samet a reçu un entraînement spécial à l'Agence de sécurité et de renseignement des Houthis à Sanaa mené par trois commandants : deux Irakiens et un Iranien.

« J'ai été formé à la surveillance de coordonnées géographiques en utilisant des équipements spéciaux et des applications modernes en farsi », a fait savoir al-Samet, ajoutant qu'il avait transmis les coordonnées d'une réunion d'octobre 2019 à Marib à laquelle assistait le ministre de la Défense Mohammed Ali al-Maqdashi.

Al-Maqdashi a survécu à l'attaque qui a suivi, mais un officier qui l'accompagnait, le capitaine Fouad al-Marhabi, a été tué.

Le ministre de la Défense a survécu à une autre attaque au missile en mai, lors d'une réunion avec le chef d'état-major, le lieutenant général Saghir ben Aziz,et d'autres commandants militaires. Plusieurs officiers ont été tués dans cette attaque.

Al-Samet a également révélé qu'il avait fourni aux Houthis les coordonnées de la maison du député Hussein al-Sawadi à Marib, quelques heures avant qu'elle ne soit frappée par un missile le 22 janvier.

L'attaque a blessé grièvement al-Sawadi et a tué sa belle-fille et sa petite-fille de 16 ans.

Al-Samet a déclaré que bien qu'il ait dit à l'unité de missiles qu'il y avait des femmes et des enfants dans la maison, celle-ci a tout de même été visée par un missile balistique.

Détails sur le recrutement

Dans le documentaire, un officier du renseignement militaire déclare qu'al-Samet a été identifié puis arrêté après avoir été vu en train de prendre des photos de véhicules militaires après l'attaque contre des responsables du ministère de la Défense.

« Al-Samet a essayé de détruire son téléphone pour dissimuler des preuves, mais il a échoué », a rapporté l'officier.

Al-Samet, originaire de la province de Dhamar, était un soldat de l'armée yéménite. Il a expliqué avoir été recruté pour travailler pour les Houthis par l'intermédiaire de Zaid al-Muayyid, officier de communication du bataillon d'intervention rapide de Dhamar.

Al-Samet s'est ensuite installé à Sanaa où il a rencontré Abdoul Hakim al-Khiwani, chef de l'Agence de sécurité et de renseignement des Houthis, ainsi que des experts iraniens et irakiens.

« Les Houthis ne se soucient pas de la vie des civils dans les zones sous leur contrôle », a-t-il confirmé. « Le bataillon d'intervention rapide utilise une maison dans le centre du quartier très peuplé d'al-Jaraf pour stocker des armes et superviser ses opérations. »

Al-Samet a raconté qu'il avait été chargé par les Houthis de recruter d'autres personnes pour travailler avec lui et de former un appareil de renseignement pour la milice à Marib.

Il a indiqué qu'il avait accepté de travailler avec le brigadier Khaled Mohammed Saleh al-Amir, son oncle natif de Taiz qui occupe le poste de directeur du département de l'entrepôt général de l'Autorité de soutien logistique, et de partager les récompenses financières avec lui.

D'après al-Samet, al-Amir l'a nommé officier de sécurité du département pour faciliter ses déplacements.

« L'Iran récolte les bénéfices »

Abdoul Salam Mohammed, directeur du Centre Abaad d'études stratégiques, a déclaré à Al-Mashareq que le documentaire montre la façon dont les Houthis comptent sur leurs « victoires », comme le ciblage de villes, de camps et de commandants avec des missiles, plutôt que sur de véritables batailles.

Un tel comportement prouve que la milice n'a pas de « buts patriotiques », a-t-il affirmé. « C'est au contraire un groupe qui agit comme l'intermédiaire d'une force étrangère en exécutant ses ordres sans aucun égard pour les lois de la guerre, les droits des civils et le droit international. »

Mohammed s'est dit surpris de la générosité des Houthis envers leurs espions, faisant référence aux millions de riyals yéménites qu'al-Samet dit avoir reçus de la milice.

Pendant ce temps, leurs combattants sont à peine payés, et les fonctionnaires des zones contrôlées par les Houthis ne reçoivent pas de salaire régulier, a ajouté Mohammed.

« Le documentaire montre également que les experts iraniens sont actifs dans certaines missions, comme les formations, la collecte de renseignements et le tir de missiles », a-t-il précisé.

« La découverte de cette cellule par l'armée n'est qu'un exemple de ses efforts et de ses succès [continus] dans la lutte contre les cellules houthies », a-t-il déclaré.

D'autres membres de la cellule sont interrogés suite aux aveux d'al-Samet, a déclaré l'analyste politique Yahya Abou Hatem. Parmi eux se trouve « le trader qui payait des sommes énormes pour effectuer les missions requises ».

« Les Houthis ne sont qu'un outil entre les mains de l'Iran et de son Corps des Gardiens de la révolution islamique », a-t-il expliqué à Al-Mashareq. « C'est une guerre par procuration dans laquelle le peuple du Yémen paie un lourd tribut alors que l'Iran en récolte les bénéfices. »

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