Santé

Des responsables iraniens se font vacciner contre la grippe et imputent les pénuries aux sanctions

Behrouz Laregani

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Alors que les vaccins contre la grippe n'ont pas été mis à la disposition du public, les responsables iraniens ont importé 1 500 doses pour leur propre usage. [Photo via Shahraranew.ir]

Alors que la crise du nouveau coronavirus (COVID-19) s'aggrave en Iran et que la saison du froid et de la grippe commence, les besoins du public iranien en matière de vaccin antigrippal sont plus importants que jamais. Mais le vaccin n'est pas disponible pour le public et n'a été distribué dans aucun établissement médical, pas même dans les cliniques publiques.

Le gouvernement a annoncé à plusieurs reprises que les vaccins contre la grippe ne sont pas accessibles au grand public en raison des sanctions. Des représentants du ministère de la Santé ont déclaré que les États-Unis ont restreint les transactions bancaires et « qu'aucun pays n'est disposé à vendre des vaccins à l'Iran ».

Le député iranien Alireza Salimi, membre du présidium du Majles (parlement), a également attribué les problèmes liés à l'importation de vaccins antigrippaux aux « sanctions oppressives des États-Unis », et les responsables iraniens ont nié à plusieurs reprises l'argument souvent avancé par le gouvernement américain selon lequel les aliments et les médicaments ne sont pas soumis à des sanctions.

Vers la fin de l'été, le gouvernement avait promis de rendre le vaccin antigrippal accessible aux personnes à risque et aux personnes de plus de 65 ans. Mais début octobre, ces groupes n'avaient toujours pas accès au vaccin.

Le Majles a reçu et « renvoyé » des vaccins contre la grippe

Le 29 septembre, Hossein-Ali Shahriari, président de la commission pour la santé du Majles, a déclaré que le parlement avait reçu 1 500 doses de vaccin contre la grippe. Il ne l'a admis qu'après que des informations sur la distribution ont été divulguées.

Alors que les gens cherchent sans succès le vaccin dans les pharmacies et les cliniques, les responsables iraniens auraient reçu 1 500 de ces doses.

Face aux critiques du public, les responsables du Majles ont déclaré qu'ils avaient « renvoyé les vaccins au ministère de la Santé afin qu'il puisse les distribuer au public ».

L'Iran a commandé 16 millions de doses du vaccin antigrippal, a affirmé Shahriari.

Parmi celles-ci, 1,5 million de doses gratuites ont été allouées à des personnes vulnérables, dont des professionnels de la santé. Les membres du parlement n'ont pas été nommés dans ce groupe.

Dans un rapport du 29 septembre, l'Agence de presse des étudiants iraniens (ISNA) a cité le ministre de la Santé Saeed Namaki, qui a déclaré que le gouvernement menait des efforts pour produire un vaccin contre la grippe pour 20 % de la population.

Si une production nationale est possible, contrairement à ce qu'on a dit au public, pourquoi un vaccin n'a-t-il pas déjà été produit, se sont demandé les observateurs, soulignant qu'il est de toute façon trop tard maintenant pour produire un vaccin pour cet automne et cet hiver.

« La demande de la société est actuellement d'environ 16 millions de doses de vaccin antigrippal, parmi lesquels plus de 1,6 million ont été importées », a fait savoir le député Salimi. « Mais je reproche au gouvernement de ne pas allouer les devises étrangères nécessaires pour en importer suffisamment. Et c'est la raison de ce retard. »

Ces dernières années, selon les médias iraniens, le gouvernement avait envoyé de la nourriture et du matériel médical importés à ses alliés en Irak, en Afghanistan, en Syrie et au Liban au lieu ou avant de les offrir aux Iraniens.

Beaucoup se demandent donc si les vaccins contre la grippe de cette année ont connu le même sort.

En Iran, être riche et puissant est essentiel pour la vaccination

Dans des circonstances normales, « 16 millions de doses sont probablement suffisantes pour l'automne », a déclaré à Al-Mashareq le Dr Zahra Shojapour, médecin généraliste à Téhéran.

« Mais il est préférable que tout le monde soit vacciné cette année, à cause de la pandémie, et le gouvernement aurait dû être mieux préparé », a-t-elle déclaré.

Shojapour a déclaré qu'elle n'était pas optimiste quant à la distribution de vaccins chez les groupes à haut risque, car « la distribution de vaccins essentiels en Iran est quelque peu en phase avec le pouvoir, la politique et la richesse. Ceux qui sont influents ou riches ont toujours accès aux vaccins et aux médicaments ».

L'Organisation mondiale de la santé a recommandé que tout le monde soit vacciné contre la grippe. La pandémie de coronavirus a fait au moins 50 000 victimes en Iran jusqu'à présent.

« Le gouvernement paie environ 2,50 dollars pour une dose de vaccin antigrippal importé », a fait savoir à Al-Mashareq le Dr Mojtaba Sadat-Ahmari, un pharmacien d'Iran. « Mais les vaccins antigrippaux sont vendus à plus de 10 dollars pièce sur le marché noir dans tout le pays, en particulier à Téhéran. On ne sait pas très bien qui vend ces vaccins. »

Le ministère de la Santé a annoncé que la vente préalable de vaccins était illégale.

Compte tenu de la forte baisse quotidienne de la valeur du rial par rapport au dollar, seuls les riches peuvent se permettre d'acheter le vaccin. Cela dit, le vaccin n'est même pas encore à leur disposition, car il a été pré-vendu, a précisé Sadat-Ahmari.

Le 30 septembre, le ministère iranien de la Santé a annoncé que le vaccin antigrippal serait disponible au public « dans la semaine qui suit ». Étant donné que le gouvernement n'a pas tenu ce genre de promesses récemment ni par le passé, de nombreux observateurs sont sceptiques.

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