Criminalité et Justice

Les Houthis utilisent une justice de représailles lors de procès « absurdes »

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des soldats gardent l'entrée du bâtiment du parlement alors que des membres du parlement yéménite participent à une session le 13 août 2016 à Sanaa. Les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran ont convoqué le parlement au mépris du gouvernement internationalement reconnu, entraînant la condamnation du président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi. [Mohammed Huwais/AFP]

La milice houthie (Ansarallah) soutenue par l'Iran continue d'utiliser ses faux tribunaux pour tenter d'intimider son opposition, allant même jusqu'à juger par contumace un responsable du gouvernement yéménite impliqué dans des pourparlers d'échanges de prisonniers avec le groupe.

Un tribunal houthi à Sanaa a jugé ce week-end plus de cent personnes, dont des militants, des responsables politiques et des chefs tribaux, a rapporté Arab News mardi 22 septembre.

Majed Fadhail, vice-ministre yéménite des Droits de l'homme, a été informé de son procès par contumace par l'avocat Abdoul Basit Ghazi, qui vit à Sanaa et défend les militants exilés devant les tribunaux des Houthis.

Fadhail et des dizaines d'autres personnes ont été jugés et accusés de collusion avec les ennemis de la milice.

Les Houthis ont gelé les comptes bancaires de Fadhail et saisi ses biens personnels dans les zones sous leur contrôle.

Il a déclaré que les Houthis utilisent les tribunaux pour régler leurs comptes avec leurs adversaires et justifier la saisie de leurs biens.

« Ces tribunaux absurdes utilisés par la milice houthie ne nous intimideront pas, car nous n'avons rien à perdre et nous continuerons à résister », a affirmé Fadhail à Arab News.

Les Houthis ont jugé par contumace un ancien d'une tribu parce que le président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi lui avait rendu visite dans un hôpital quand il était malade, selon Ghazi.

Le tribunal a également poursuivi l'ancienne ministre de l'Information Nadia al-Sakkaf pour avoir participé à une conférence à Riyad en 2015, a-t-il fait savoir.

Intimidation et saisie de biens

Les Houthis ont toujours utilisé leur tribunal pénal comme un outil d'intimidation et pour collecter des fonds, plutôt que pour la justice, déclarent des observateurs.

Le 7 septembre, le tribunal pénal de Sanaa, affilié aux Houthis, a condamné à mort 109 opposants aux Houthis, qui étaient accusés de « collaboration avec les États de la coalition arabe ».

Le tribunal a ordonné la confiscation de leurs biens mobiliers et immobiliers au Yémen et à l'étranger.

Le tribunal houthi avait ordonné la veille la confiscation des biens et le gel des comptes bancaires de 75 militaires et agents de sécurité pour avoir soutenu le gouvernement internationalement reconnu et les opérations militaires de la coalition arabe au Yémen, a rapporté Arab News.

Le 31 décembre 2019, le tribunal des Houthis avait prononcé des condamnations à mort contre le président Hadi, le Premier ministre Moeen Abdoulmalik et l'ancien ministre des Affaires étrangères Khaled al-Yamani, les accusant de « haute trahison ».

Outre ces condamnations à mort, le tribunal a ordonné la « confiscation de leurs biens et avoirs au Yémen et à l'étranger », ont rapporté les médias locaux.

Le 3 mars, le tribunal des Houthis a condamné à mort 35 législateurs yéménites et ordonné la saisie de leurs biens, après que le tribunal les eut accusés de coopérer avec la coalition arabe.

Les Houthis ont également utilisé leurs tribunaux illégitimes pour s'en prendre aux journalistes.

Le 11 avril, un tribunal de Sanaa dirigé par les Houthis a ordonné l'exécution d'Abdel-Khaleq Ahmed Abdo Omran, Akram Saleh al-Walidi, Harith Hamid et Tawfiq al-Mansouri, après les avoir condamnés pour « trahison et espionnage ».

Le gouvernement légitime du Yémen et la communauté internationale ont clairement fait savoir que le tribunal qui prononce les sentences n'a aucune autorité légale, car il est dominé par les Houthis, qui ont pris le contrôle de Sanaa lors d'un coup d'État en 2014.

« Aucun statut juridique »

« Le groupe houthi soutenu par l'Iran n'a aucun statut juridique », a déclaré le vice-ministre de la Justice Faisal al-Majeedi à Al-Mashareq.

« En avril 2018, le Conseil judiciaire suprême du Yémen a aboli le tribunal houthi et a transféré ses pouvoirs au tribunal de Marib », a-t-il indiqué. « Par conséquent, toute décision du tribunal houthi est nulle et non avenue et n'est prise que pour [tenter de] légitimer les actions illégales des Houthis. »

Les Houthis sont des hors-la-loi qui ont organisé un coup d'État contre la constitution, a déclaré l'avocat et militant des droits de l'homme Abdoul Rahman Berman.

« Ils ont l'intention de saisir les biens des responsables de l'État et des commandants militaires, et leur tribunal compte justifier leurs actions », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

« Les procès [du tribunal houthi] visent à intimider tous les dirigeants et les personnalités nationales », a déclaré le vice-ministre des Droits de l'homme Nabil Abdoul Hafeez. « Ils visent à les décourager de résister au coup d'Etat qui sert le programme du régime iranien dans la région. »

Les Houthis espèrent qu'en confisquant ces biens, ils contraindront ces dirigeants à abandonner l'autorité légitime du Yémen et à les rejoindre, a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

Mais les dirigeants yéménites préfèrent sacrifier leurs biens pour le pays plutôt que de rejoindre les Houthis, a-t-il affirmé.

Procès des dirigeants houthis

Dans le même temps, le tribunal militaire yéménite de la province de Marib a prononcé le 6 septembre des condamnations à mort contre cinq membres d'une cellule houthie accusés d'avoir menacé la sécurité dans les zones contrôlées par le gouvernement.

Ces agents faisaient partie d'une cellule houthie découverte l'année dernière, ont rapporté les médias locaux. Ils avaient prévu d'assassiner des officiers de l'armée et de la sécurité, posé des engins explosifs improvisés (EEI), fait exploser du matériel militaire et formé des gangs armés dans les zones contrôlées par le gouvernement.

Le 22 septembre, le même tribunal militaire a lancé des mandats d'arrêt contre le chef des Houthis, Abdoul Malik al-Houthi, et 174 autres dirigeants d'Ansarallah au Yémen et à l'étranger.

Ces accusés avaient déjà vu retenues à leur encontre des charges de création d’un groupe armé visant à renverser le gouvernement, collusion avec d'autres pays et assassinats.

Le tribunal militaire du Yémen « est compétent et capable de juger les personnes impliquées dans des activités de milice », a conclu Berman, avocat et militant des droits de l'homme.

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