Droits de l'Homme

Plus de 6 000 civils yéménites victimes d'atteintes aux droits de l'homme

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des Yéménites se rassemblent sur les lieux d'un attentat-suicide à la voiture piégée contre un poste de police du district de Cheikh Othman à Aden, le 1er août 2019. Des attaques séparées commises par les Houthis et un kamikaze ont tué ce jour-là au moins 27 personnes à Aden, beaucoup étant des policiers récemment formés. [Nabil Hasan/AFP]

Les atteintes aux droits de l'homme contre les civils au Yémen continuent d'augmenter, les Houthis soutenus par l'Iran (Ansarallah) persistant dans leur lutte contre le gouvernement légitime, selon la Commission nationale d'enquête sur les violations présumées des droits de l'homme au Yémen (NCIAVHR).

La NCIAVHR a enquêté sur 2 940 incidents de violations des droits de l'homme au Yémen au cours de l'année passée, et a publié les résultats dans son dernier rapport du 30 août.

Les enquêtes ont porté sur 30 types de violations contre un total de 6 163 victimes, a fait savoir la commission.

Les enquêteurs ont interrogé 14 983 témoins et victimes et ont vérifié leurs témoignages. Ils ont également examiné 14 265 documents et analysé des centaines de photographies et de vidéos liées à ces incidents.

Des enquêtes ont été menées dans toutes les provinces du Yémen.

Les Houthis en tête de la liste des coupables

Les enquêtes ont révélé que les Houthis sont en tête de la liste des crimes contre les droits de l'homme au Yémen.

Parmi les exactions documentées se trouvent les meurtres et blessures de 1 647 civils, a indiqué la NCIAVHR.

Sur les 712 civils tués, 66 étaient des femmes, et 122 des enfants, a précisé le rapport. Sur les 935 civils blessés, 113 étaient des femmes et 247 des enfants.

Les Houthis ont tué 321 civils et en ont blessé 735, selon la NCIAVHR.

La commission s'est également penchée sur 21 attentats à la bombe et attaques contre des monuments culturels et historiques.

Les enquêtes ont montré que les Houthis étaient responsables de seize des attaques, tandis que les forces gouvernementales et les avions de la coalition étaient responsables de quatre incidents, et que les forces gouvernementales et les Houthis étaient conjointement coupables d'un incident.

Neuf attaques contre le personnel médical et les établissements de santé ont également fait l'objet d'enquêtes.

Le rapport a documenté le recrutement de 126 enfants et 85 incidents de pose de mines, qui ont tous été commis par la milice houthie soutenue par l'Iran.

Il a également documenté 271 incidents de déplacement forcé, dont 109 ont été commis par les Houthis, 152 par les forces de la Ceinture de sécurité et dix incidents récents causés par d'autres parties.

La commission a examiné 1 304 plaintes pour arrestation arbitraire et disparition forcée et a conclu que les Houthis sont coupables de 1 055 de ces incidents. Le gouvernement et les groupes qui lui sont affiliés sont responsables de 239 incidents, et les autres parties sont responsables de dix incidents.

Elle a également enquêté sur 55 cas d'exécutions extrajudiciaires.

La commission s'engage pour la transparence

Le rapport de la NCIAVHR vise à informer le public des efforts de la commission pour trouver les victimes, identifier les parties responsables et œuvrer pour les tenir pour responsables.

Ahmed al-Maflahi, président de la NCIAVHR, a déclaré que la commission s'est engagée à faire preuve de transparence, d'indépendance, d'impartialité, d'objectivité, de professionnalisme et de confidentialité.

Malgré les événements politiques en cours et la situation difficile au Yémen en raison de l'épidémie de coronavirus COVID-19, la NCIAVHR est restée déterminée à mener ses enquêtes avec transparence, a-t-il affirmé.

« Nous avons des chercheurs, parmi lesquels des avocats et des juristes, qui travaillent dans toutes les provinces, y compris les provinces contrôlées par les Houthis », a fait savoir Ishraq al-Maqtari, membre de la NCIAVHR. « Ils rencontrent les victimes et les témoins, inspectent les sites où les exactions ont eu lieu, et préparent les dossiers sur les affaires».

« Comme le font toujours les groupes armés, les Houthis utilisent la coercition pour imposer leur hégémonie, réprimer les gens par la force et les soumettre à leur autorité », a-t-elle déclaré.

« L'extrême pauvreté des habitants les rend sans aucun doute plus vulnérables », a-t-elle ajouté.

Les exactions se multiplient pendant la guerre

Malgré la pression des organisations internationales, les atteintes aux droits de l'homme s'intensifient après cinq ans de guerre, a rapporté l'avocate des droits de l'homme Houda al-Sarari.

« La milice houthie soutenue par l'Iran commet certains des crimes contre l'humanité les plus odieux, c'est-à-dire la disparition forcée », a-t-elle déclaré à Al-Mashareq.

La souffrance des familles de disparus forcés est aggravée par « la difficulté de rechercher leurs fils qui étaient cachés dans les prisons houthies, en vain », a indiqué al-Sarari.

« Certaines mères veulent seulement savoir si leur fils disparu est vivant », a-t-elle rapporté. « Elles demandent qu'on leur remette les restes s'ils sont morts».

La communauté internationale a la responsabilité morale et juridique de tenir les auteurs d'atteintes aux droits de l'homme pour responsables et de répondre aux torts causés aux victimes, a déclaré Abdoul Rahman Berman, avocat et militant des droits de l'homme.

« Tant que la commission surveille et documente, le jour viendra où les criminels seront jugés », a-t-il affirmé à Al-Mashareq.

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