Économie

L’Iran ignore la répression des Ouïgours pour obtenir un pacte avec la Chine

Adeshir Kordestani

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Le président iranien Hassan Rohani avec son homologue chinois Xi Jinping. [Photo de Tejarat News]

L’Iran prétend défendre les droits des musulmans au Moyen-Orient et dans le monde entier. Mais le récent pacte stratégique que Téhéran et Pékin ont conclu dévoile l’hypocrisie de la République islamique, ont déclaré des observateurs à Al-Mashareq.

Le traitement brutal par le gouvernement chinois des Ouïgours, une minorité ethnique musulmane basée dans la province du Xinjiang, a été largement signalée par des dizaines de médias internationaux crédibles.

Il a été rapporté qu’une femme avait été détenue chez elle par les forces chinoises en raison de sa religion, puis placée dans un camp d’internement ; et qu’une autre avait subi le même sort après son troisième enfant, un de plus que ce qu’autorise la loi.

Le gouvernement chinois a détruit une mosquée fréquentée par un groupe de Ouïgours et a construit des toilettes publiques à la place, apparemment pour humilier la communauté.

Il a imposé des méthodes invasives de contrôle des naissances aux femmes ouïgoures et les a même stérilisées ; et des prélèvements d'organes ont même été rapportés. Les Ouïgours qui osent parler de leur situation ont été torturés et tués.

La répression politique et religieuse de la Chine à l’encontre de sa population ouïgoure se poursuit depuis une bonne partie des dix dernières années, mais elle s’est intensifiée l'année dernière, ont déclaré à Al-Mashareq certains observateurs spécialistes de la situation.

Le but ultime de Pékin est d’éradiquer la culture et la religion ouïgoures, ont-ils expliqué.

Pacte entre l’Iran et la Chine

L’Iran a récemment négocié un pacte stratégique de 25 ans avec la Chine, qui devrait être officialisé prochainement, selon les médias.

C’est cette même Chine qui a systématiquement détruit des dizaines de lieux saints musulmans, dont le sanctuaire de l’Imam Asim, vénéré par les Ouïgours pieux, ont rapporté des observateurs.

Malgré l’existence de preuves indéniables que Pékin est activement engagé dans des efforts pour effacer une culture entière, le gouvernement de la République islamique ferme les yeux, ont-ils noté, tout en signant un accord pour offrir le pétrole iranien.

Selon les termes de cet accord, l’Iran accepterait de vendre son pétrole à la Chine à des prix très bas pendant 25 ans, en échange de la simple promesse que la Chine investisse 400 milliards de dollars dans l’économie iranienne durant les deux ou trois prochaines décennies.

Depuis que les détails de l’accord ont été révélés, les réactions sont extrêmement négatives et critiques. Cependant, quelques observateurs ont indiqué que 400 milliards de dollars est une somme importante dont Téhéran a grand besoin.

L’aide de la Chine à l’Iran est une « illusion »

Un éminent journaliste iranien vivant aux Etats-Unis qui a demandé à rester anonyme a déclaré que les responsables iraniens « croient à tort » que le pacte avec la Chine contribuera à équilibrer la pression américaine sur Téhéran, en lui fournissant des capitaux et des technologies.

« C’est une illusion », a-t-il dit à Al-Mashareq. « La réalité est que, lors de la décision sur les sanctions [internationales] contre l’Iran il y a dix ans, la Chine n'avait pas hésité à voter avec les États-Unis pour les imposer à Téhéran. »

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) est un important soutien de l’accord avec la Chine, a-t-il rapporté, car il espère acheter des missiles à ce pays, afin d’étudier leur conception et améliorer son propre armement.

Ali Motahari est un ancien législateur critique à qui il a été interdit de se présenter à nouveau. Le 5 août, il a exprimé ses inquiétudes quant au projet de l’Iran de poursuivre l’accord malgré le traitement réservé par la Chine aux Ouïgours.

« Un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères m’a dit que l’Iran reste silencieux parce qu’il est économiquement dépendant de la Chine », a déclaré Motahari.

« L’intérêt avant la religion »

Bien qu’il se présente comme une République islamique, l’Iran agit en fonction de ses intérêts plutôt que de sa religion, a affirmé à Al-Mashareq Ghaith al-Tamimi, militant politique et chef du parti Al-Muwatana.

C’est ce qui ressort de sa double position sur les questions des droits de l’homme dans la région et dans les pays du monde, a-t-il déclaré.

Al-Tamimi, ancien imam au séminaire irakien de Nadjaf, a déclaré que « d’une part, l’Iran affiche un grand intérêt pour les droits des Palestiniens, par exemple, et d’autre part, il ignore les droits des communautés musulmanes de Chine et de Myanmar (Birmanie) ».

Le régime iranien opprime son propre peuple et le prive de ses droits tout en provoquant un conflit interne à l’extérieur de ses frontières, a-t-il ajouté.

Il met en avant la religion comme une couverture pour faire avancer son programme, alors qu’en réalité, il n’a aucun intérêt pour les droits de l’homme ou les conventions internationales, a-t-il conclu.

Faris al-Omran a contribué à cet article.

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