Énergie

Le Hezbollah et l’explosion font reculer les espoirs du Liban pour l’exploitation de gaz

Nohad Topalian à Beyrouth

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Le président libanais Michel Aoun à bord du navire de forage Tungsten Explorer le 27 février. [Photo fournie par l’Agence nationale de l’information]

Les espoirs du Liban que l’exploitation de gaz offshore dans le bassin du Levant puisse l’aider à atténuer l’impact de sa crise économique se sont évanouis après les récents revers, ont déclaré des experts à Al-Mashareq.

Un consortium international a récemment suspendu la prospection de gaz dans une zone appelée bloc 4 après n’avoir trouvé aucun gaz viable sur ce site, et l’avenir des efforts de prospection du bloc 9 est de plus en plus incertain.

L’explosion dans le port de Beyrouth le 4 août, que le consortium utilisait comme point de départ, a encore réduit les espoirs que ces efforts porteront leurs fruits dans un avenir proche.

Le consortium franco-italo-russe (Total, Eni et Novatek) a débuté ses opérations le 27 février, mais a annoncé en avril qu’aucun gaz ni aucune réserve commercialement viable n’avaient été trouvés dans le bloc 4.

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Le Tungsten Explorer, utilisé par la société française Total, travaille dans le bloc 4 des eaux territoriales libanaises. [Photo diffusée sur Internet]

Situé dans les eaux territoriales du sud du Liban, le bloc 9 fait partie du champ gazier Leviathan, dans une zone également revendiquée par Israël. Un accord sur les frontières maritimes doit encore être conclu, sans quoi les droits de prospection ne sont pas certains.

Pendant ce temps, les sanctions américaines imposées aux partisans du Hezbollah dans le cadre du Caesar Syrian Civilian Protection Act de 2019 viennent encore compliquer la situation.

Certains partisans du Hezbollah au sein du gouvernement libanais font partie du projet, ce qui augmente le risque que les investisseurs se retirent et débouche sur des accusations selon lesquelles le Hezbollah est en train de détruire l’avenir économique et pétrolier du Liban.

Le port de Beyrouth détruit

La destruction du port de Beyrouth va freiner les efforts d’exploration gazière du Liban dans ses eaux territoriales, a affirmé l’analyste économique Tony Farah à Al-Mashareq.

« Le port de Beyrouth était une plaque tournante pour l’exploration pétrolière et gazière, et les compagnies internationales d’exploration gazière l’utilisaient comme station logistique pour le soutien et l’importation des équipements nécessaires aux opérations d’exploration », a-t-il fait savoir.

« Aujourd’hui, avec la destruction du port, il est devenu impossible de mener des opérations d’exploration », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il faudra peut-être des années pour le reconstruire.

« Nous nous attendions à ce que les opérations de forage reprennent bientôt, en attendant la résolution des problèmes liés à l’exploration, mais maintenant nous avons un problème supplémentaire qui empêche l’exploration, et c’est un problème technique lié au port de Beyrouth. »

« Par conséquent, la reprise des opérations de forage est impossible tant que le port n’est pas reconstruit », a indiqué Farah.

Les espoirs libanais « portaient sur l’exploration pétrolière et gazière, en particulier dans le bloc 9 », a-t-il rapporté, notant que dans un entretien accordé le 6 août à An-Nahar, le président du parlement Nabih Berri a déclaré que les discussions sur la démarcation de la frontière « sont en phase finale ».

« Une phase de stagnation »

« Le Liban connaît une grave crise gouvernementale qui l’empêche de faire face à ses problèmes économiques et financiers », a déclaré à Al-Mashareq Laury Haytayan, experte en pétrole et gaz au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Depuis que la société française Total a annoncé en avril qu’elle n'avait pas trouvé de gaz viable dans le puits d’exploration Byblos-1 qu’elle avait foré dans le bloc 4, le gouvernement a placé ses espoirs dans l’exploration pétrolière et gazière du bloc 9, a-t-elle rapporté.

« Il faut cependant noter que parier uniquement sur le pétrole était une erreur, car le pays ne peut s’améliorer que par des réformes radicales », a ajouté Haytayan. « Alors que nous attendions avec impatience la quantité de gaz que le bloc 9 pourrait potentiellement contenir, nous sommes entrés dans une phase de stagnation dans le secteur du pétrole et du gaz. »

« Le ministère de l’Énergie a reporté la deuxième série d’octrois de licences pour les activités de forage dans de nouveaux blocs, ce qui signifie qu’aucune nouvelle entreprise ne forera dans de nouveaux blocs au Liban à court terme », a-t-elle fait savoir.

L’arrêt du forage dans le bloc 9 peut être attribué au « problème de démarcation de la frontière », a indiqué Haytayan.

Elle a noté que la démarcation de la frontière sud du Liban, où se trouvent les blocs 9 et 8, a été entravée par l’insistance du Hezbollah sur la démarcation simultanée des frontières terrestres et maritimes.

« Total souhaite toujours travailler dans le bloc 9 au Liban, et n’a pas annoncé son retrait officiel », a ajouté Haytayan.

« Il pourrait cependant le faire pour des considérations politiques et économiques, surtout si les États-Unis imposent des sanctions aux entreprises opérant dans le secteur du pétrole et du gaz au Liban. »

Haytayan a souligné que Total s’est retiré d'Iran en réponse à la menace de sanctions contre les entreprises opérant dans le secteur pétrolier et gazier iranien.

Le Hezbollah hypothèque gravement l’avenir du Liban

« Nous devrions nous attendre à davantage de difficultés économiques et politiques tant que le Hezbollah contrôlera le gouvernement et se vantera de sa soumission à l’Iran, et tant que des sanctions seront imposées aux personnalités qui le soutiennent », a déclaré Haytayan.

« Nous ne pouvons pas demander au monde de nous aider et lui être hostile en même temps. »

« Tant que des armes échapperont au contrôle de l’État, et qu’un parti considérera le Liban comme faisant partie de la résistance islamique iranienne dans la région et exécutera son programme, le Liban n’aura aucun avenir économique prospère », a déclaré l’expert militaire Naji Malaeb.

Tant que cela restera le cas, a-t-il déclaré à Al-Mashareq, « les efforts des Libanais et de la communauté internationale pour mettre en place les réformes souhaitées ne verront pas le jour ».

« Les grandes compagnies ne commenceront pas l’exploration pétrolière et gazière [dans le bloc 9] tant que le Hezbollah dominera le gouvernement et que ses décisions et sanctions seront imposées à lui et à ceux qui lui sont proches », a affirmé Malaeb.

Le Hezbollah « contrôle le jeu politique et le travail du gouvernement », a expliqué l’analyste stratégique George Chaheen à Al-Mashareq, accusant le parti de « traîner le pays là où personne ne veut aller ».

« Les espoirs d’exploration pétrolière et gazière se sont évanouis après les diverses sanctions imposées au Liban à cause du Hezbollah, et aux personnalités qui le soutiennent », a conclu Chaheen.

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