Politique

Des bots augmentent artificiellement la présence de Zarif sur Twitter

Sina Farhadi

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Le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif à Téhéran en février. [Atta Kenare/AFP]

Même si Twitter est filtré en Iran et interdit aux gens ordinaires, la plupart des responsables iraniens ont des comptes Twitter actifs, une situation contradictoire qui contrarie le public iranien.

Pour accéder aux plateformes de réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Telegram, les Iraniens doivent utiliser des VPN. Instagram est globalement plus populaire dans le pays car il n’est pas filtré.

Alors que le public n’y a pas accès, le guide suprême Ali Khamenei, le président Hassan Rohani, de nombreux députés et la plupart des ministres, dont le ministre des Affaires étrangères Javad Zarif, sont actifs sur Twitter et utilisent régulièrement ce réseau pour publier des annonces et des messages.

Parmi tous les responsables du gouvernement iranien sur Twitter, Zarif est le plus actif, semble avoir la plus forte audience et reçoit le plus de réactions à ses tweets, dont la plupart sont publiés en anglais.

« La tâche principale de Zarif est de dissimuler le véritable visage de la République islamique dans le monde, et il s’acquitte de cette tâche très ouvertement sur Twitter », a fait savoir à Al-Mashareq la journaliste Mina Bashiri, basée à Téhéran.

Par exemple, a indiqué Bashiri, « il twitte sur les droits de l’homme en Iran. Il défend le régime et affirme que les droits de l’homme ne sont pas violés et que les minorités religieuses ne sont pas réprimées en Iran ».

Ces déclarations sont toutefois contredites par des preuves récentes.

« Zarif a prétendu il y a quelques années qu’il n’avait pas tweeté en farsi afin de se conformer à la réglementation de la République islamique et à l’interdiction de Twitter dans le pays », a-t-elle indiqué. (Zarif tweete bien en farsi, bien que rarement).

Mais c’est une fausse justification, a-t-elle expliqué, car l’interdiction d’utiliser Twitter en Iran ne fait pas la distinction entre le farsi et l’anglais.

Des bots suivent Zarif sur Twitter

De nombreux observateurs d’internet et experts des réseaux sociaux pensent qu’un grand nombre des abonnés de Twitter de Zarif sont en fait des bots.

Un bot Twitter est un type de logiciel qui peut être programmé pour effectuer de manière autonome des actions sur ce réseau social qui imitent celles d’une personne réelle.

Dans une interview en Iran en 2018, Zarif lui-même avait admis qu’il n'était pas populaire parmi les Iraniens actifs sur les réseaux sociaux.

« La plupart des Iraniens sur Twitter ne sont pas en bons termes avec moi », a-t-il déclaré, sans expliquer comment il avait malgré cela réussi à gagner des centaines de milliers d’abonnés.

« Beaucoup d’abonnés Twitter de Zarif sont des bots », a affirmé à Al-Mashareq l’expert en réseaux sociaux Sohrab Karami.

« La plupart de ses messages ont moins de 2000 « likes » sur Twitter », a noté Karami, soulignant que « c’est un nombre très inhabituel pour un compte qui regroupe quelque 1,5 million d'abonnés ».

Début 2019, Twitteraudit.com estimait que le compte Twitter de Zarif avait plus de 100 000 « faux » abonnés. À l’époque, Zarif avait 700 000 abonnés de moins qu’aujourd'hui.

La cyber-armée augmente le buzz sur les réseaux sociaux

Citant le journal français la Tribune, Karami a expliqué que le gouvernement iranien compte près de 255 000 employés connus collectivement sous le nom de cyber-armée.

Les membres de cette cyber-armée sont engagés pour participer aux réseaux sociaux et les influencer, et chacun d’eux gère en moyenne quatre à cinq comptes sur Twitter et d’autres réseaux sociaux.

Pour continuer à travailler et être payés, les membres de la cyber-armée du régime doivent soumettre un rapport de performance quotidien. En plus de suivre et de « liker » des messages, ils sont chargés de commenter et de soutenir les opinions du régime.

« Une grande partie des activités de la cyber-armée sont en farsi, mais certaines sont en anglais », a déclaré Karami, ajoutant que la Tribune estimait le nombre de membres de la cyber-armée à 255 000 à la mi-2011.

« J’imagine que le groupe s’est développé au cours des neuf dernières années », a-t-il conclu.

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