Économie

L’économie iranienne frappée par une crise monétaire

Sina Farhadi

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Des rials iraniens montrés à Téhéran le 31 juillet 2019 après que le gouvernement ait approuvé un plan visant à supprimer des zéros du rial et à renommer la monnaie. [Atta Kenare/AFP]

Une forte baisse quotidienne de la valeur de la monnaie nationale iranienne provoque la volatilité du marché, le malaise du public et une augmentation constante du prix de tous les produits essentiels, ont indiqué des économistes à Al-Mashareq.

Certains responsables gouvernementaux accusent les entreprises de ce déclin, déclarant qu’une grande partie des revenus des exportations non pétrolières n’a pas réintégré le marché.

À la mi-juillet, le président iranien Hassan Rohani a déclaré que « près de 20 milliards d’euros (22 milliards de dollars) manquaient aux exportations non pétrolières », affirmant que c’était la principale raison de la baisse de la valeur de la monnaie.

Rohani a ajouté que son administration « se coordonnera avec le pouvoir judiciaire et prendra des mesures pour convoquer les malfaiteurs potentiels ».

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Des Iraniens portant des protections à cause de la pandémie de COVID-19 font leurs achats au bazar Tajrish à Téhéran le 14 juillet. [Atta Kenare/AFP]

Dans un mémorandum publié début juillet, Abdolnaser Hemmati, gouverneur de la Banque centrale d’Iran (BCI), a critiqué les exportateurs qui ne veulent pas reverser leurs revenus au pays.

Selon certains économistes, l’une des raisons de la baisse constante de la valeur de la monnaie pourrait être le fait que manque une grande quantité des revenus d'exportation.

Le principal problème, cependant, est l¹incompétence et la mauvaise gestion du gouvernement.

Problèmes économiques et corruption en Iran

« La chute libre de la valeur de la monnaie nationale suscite une forte inquiétude parmi les groupes à faibles revenus de la société », a expliqué l’économiste Behzad Gonabadi à Al Mashareq.

« La crainte d’un avenir incertain a entraîné une instabilité sans précédent sur les marchés financiers », a-t-il ajouté.

La réalité, a déclaré Gonabadi, est que « certaines filiales du gouvernement ont tiré d’énormes profits de cette situation ».

La plupart des entreprises qui ne veulent pas reverser leurs revenus sur les marchés iraniens sont proches du gouvernement, a-t-il noté, soulignant que leur réticence montre que l’élite n'a aucun espoir de stabilité économique en Iran.

Dans un discours prononcé à la mi-juillet, le guide suprême iranien Ali Khamenei a déclaré que le pays souffre « d'une multitude de problèmes économiques ».

De hauts responsables du gouvernement ont pris acte de la crise économique en Iran.

Au début du mois, un article du quotidien national Jahan-e Eqtesad a désigné comme principaux coupables « la corruption structurelle, les politiques monétaires de la BCI et l’augmentation sans précédent des liquidités pour compenser les déficits budgétaires ».

Tous ces facteurs sont à l’origine de l’instabilité économique actuelle de l’Iran, a affirmé le journal.

L’effondrement et la faillite inquiètent les économistes

Certains observateurs pensent que l’Iran sera bientôt au bord de la faillite et de l’effondrement économique, soit en raison du non-respect des règles du Groupe d’action financière (GAFI), soit parce qu’il n’a pas retrouvé ses recettes d’exportation, soit en raison de ses activités sur le marché noir.

« La corruption est répandue en Iran », a déclaré à Al-Mashareq Ali Nouri, un journaliste spécialiste de l’économie iranienne.

« Les rapports officiels montrent qu’environ 4,8 milliards de dollars de recettes publiques ont disparu en 2019, et personne n’en a été tenu pour responsable », a-t-il déclaré.

« De puissantes sociétés affiliées au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) reçoivent des millions de dollars du gouvernement tout en se livrant à la contrebande et au blanchiment d’argent », a fait savoir Nouri.

« La structure de l’économie iranienne crée un espace pour les groupes de type mafieux qui profitent des sanctions et de conditions inhabituelles, comme l’épidémie de coronavirus, pour se remplir les poches », a-t-il conclu.

L'influence iranienne est-elle une bonne chose pour le Moyen-Orient ?
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