Économie

« Opération de pêche illégale massive » de l’Iran dans l’océan Indien

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des pêcheurs iraniens déchargent leurs prises dans un camion frigorifique dans la ville portuaire de Chabahar, dans le sud du pays, sur cette photo d’archive du 14 mai 2015. [Atta Kenare/AFP]

L’Iran a mené une vaste opération de pêche illégale dans l’océan Indien, dans les eaux territoriales du Yémen et de la Somalie, qui est « probablement l’une des plus grandes opérations de pêche illégale au monde », affirme un nouveau rapport.

Dans une déclaration du 29 juin résumant les conclusions du rapport, les directeurs de Global Fishing Watch (GFW) et de Trygg Mat Tracking (TMT) ont fait savoir qu’ils travaillaient avec des partenaires régionaux pour identifier la pêche illégale à grande échelle.

Œuvrant avec des partenaires régionaux, dont le gouvernement somalien, les deux organisations ont repéré près de 200 navires iraniens dans les eaux yéménites et somaliennes.

L’analyse des données du système d’identification automatique (AIS) a permis d’identifier une flottille de navires principalement iraniens opérant à grande échelle dans les zones économiques exclusives de la Somalie et du Yémen, ont-ils indiqué.

L’AIS est un système d’évitement des collisions qui transmet en permanence la position d’un navire en mer.

« L’augmentation de la visibilité de ces navires en 2019 est liée à la présence de plus en plus habituelle des équipements AIS sur les navires, et aux bouées dérivantes attachées au matériel de pêche qui permettent de le marquer et de le suivre », a précisé la déclaration.

L’analyse de GFW et TMT des signaux AIS a permis d’identifier 175 navires iraniens qui pêchent principalement dans le nord-ouest de l’océan Indien, au-delà des zones économiques exclusives de l’Iran, pendant la saison de pêche 2019-2020.

Parmi ceux-ci, 112 ont été observés dans les eaux somaliennes et 144 dans les eaux yéménites, avec un comportement semblant correspondre à une activité de pêche, a indiqué la déclaration. En outre, 93 bouées AIS de suivi de filets de pêche ont également été liées à l’Iran.

« L’analyse indique que la flotte iranienne opérant dans le nord-ouest de l’océan Indien se compose au moins de 192 navires », a précisé la déclaration commune.

« Bien que l’évaluation ait révélé que le nombre de navires iraniens visibles sur l’AIS était déjà élevé, ces chiffres sont probablement sous-estimés », a-t-elle ajouté.

« De nombreuses cibles identifiées dans les images satellites ne correspondent à aucun signal AIS, et la flotte semble inclure des navires utilisant un système AIS et des navires sans AIS, ce qui nous amène à penser que le nombre réel pourrait être bien plus élevé. »

Les infractions de l’Iran doivent cesser

Dans une déclaration du 6 juillet, Fahd Kafayen, ministre yéménite des Richesses halieutiques, a déclaré que des bateaux iraniens pêchaient illégalement dans les eaux yéménites, en violation flagrante du droit international.

Une flotte de navires iraniens « commet continuellement des infractions, accaparant les richesses marines du Yémen et parcourant nos eaux », a-t-il déclaré.

Il a également accusé l’Iran d’utiliser des navires de pêche pour envoyer illégalement des armes aux Houthis (Ansarallah) au Yémen.

Kafayen a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies et à la communauté internationale de punir l’Iran pour ses transgressions et d’imposer des mesures pour le contraindre à cesser d’accaparer les richesses halieutiques du Yémen et d’envoyer illégalement des armes aux Houthis.

Le ministre yéménite de l’Information Muammar al-Eryani a lui aussi condamné les activités hostiles et illégales menées par les navires iraniens dans les eaux territoriales du Yémen.

Ces activités comprennent le fait d’épuiser les stocks de poissons, de tirer sur les bateaux de pêche et les pêcheurs yéménites, et d’utiliser les navires comme couverture pour la contrebande d’armes, de missiles balistiques et de drones vers les Houthis, a déclaré al-Eryani.

« Des navires iraniens ont récemment pénétré dans les eaux territoriales du Yémen par groupes dans les régions du sud-ouest de l’archipel de Socotra et de la mer d’Arabie », a-t-il précisé.

Il a appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à condamner ces actions hostiles et à faire pression sur le régime iranien pour qu’il y renonce, car elles violent la souveraineté et la sécurité du Yémen.

« Il est regrettable que les eaux territoriales du Yémen et de la Somalie soient violées par des navires iraniens à un moment où le Yémen et la Somalie ont besoin de leurs ressources naturelles », a déclaré le président du Centre des études et des médias économiques, Moustafa Nasr.

« Malheureusement, la situation actuelle au Yémen a permis à de nombreuses parties d’accaparer ses richesses en raison de son engagement dans le conflit », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

La coalition arabe exerce un contrôle important sur les eaux territoriales yéménites pour surveiller l’embargo sur les armes à destination du Yémen, a-t-il indiqué, précisant que cela lui donne « la responsabilité de freiner ces actions par divers moyens ».

Pêche illégale et contrebande d’armes

Le déploiement d’un si grand nombre de navires iraniens dans les eaux territoriales du Yémen est l’un des plus grands obstacles auxquels les pêcheurs yéménites sont confrontés, a fait savoir l’économiste Abdoul Aziz Thabet à Al-Mashareq.

Ils limitent leurs déplacements, les empêchent de pêcher et épuisent les richesses halieutiques, entravent l’aquaculture et ignorent les lois qui autorisent la pêche de certaines espèces de poissons à l’exclusion d’autres en fonction de la saison, a-t-il expliqué.

Cette pêche illégale se déroule à un moment où les Yéménites souffrent de pénuries alimentaires après cinq ans de guerre, « et les Nations unies lancent un appel au monde pour des dons au Yémen afin de financer les efforts humanitaires », a-t-il poursuivi.

Les navires iraniens dans les eaux territoriales yéménites commettent simultanément « deux crimes » : la pêche illégale et la contrebande d’armes pour les Houthis, a déclaré le politologue Faisal Ahmed à Al-Mashareq.

Les navires iraniens « ont profité de la faiblesse des gardes-côtes yéménites et du fait que le gouvernement est préoccupé par le conflit » pour entrer dans les eaux territoriales du Yémen, a-t-il déclaré.

Ahmed a appelé la coalition arabe à soutenir les forces des gardes-côtes yéménites pour leur permettre de remplir leurs fonctions.

Il a également appelé le Conseil de sécurité à adopter des résolutions « qui obligent l’Iran à mettre fin à ses activités hostiles contre les pays de la région, notamment l’extension de l’embargo sur les armes afin de réduire ses capacités et celles de ses alliés », a-t-il conclu.

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