Sécurité

Les mercenaires russes épaulent un chef de guerre libyen, le bilan s’alourdit

Caravanserai et l'AFP

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Un membre des forces de sécurité affiliées au ministère de l’Intérieur du Gouvernement d’accord national (GAN) libyen montre le site présumé d’un charnier à Tarhuna, à environ 65 km au sud-est de la capitale Tripoli, le 11 juin. [Mahmoud TURKIA/AFP]

Par l’intermédiaire du Groupe Wagner, son groupe de mercenaires armés, le Kremlin continue de soutenir les efforts infructueux de l’homme fort militaire Khalifa Haftar de renverser le gouvernement libyen reconnu au plan international.

La tentative faite par Moscou de prendre le pays embarrasse de plus en plus le président russe Vladimir Poutine, alors que paraissent des rapports faisant état de tensions entre Haftar et ces mercenaires et d’une série de défaites sur le terrain subies par l’Armée nationale libyenne (ANL).

Le Groupe Wagner, qui compte entre 800 et 1 200 mercenaires selon le Conseil de sécurité des Nations unies, exécute les plans de Poutine dans le monde entier sous le couvert d'un « déni plausible ».

En plus de ses incursions dans le conflit libyen, le Groupe Wagner a été ou est actif dans un certain nombre d'autres pays dans le monde, notamment en Syrie, au Soudan, au Venezuela, à Madagascar et dans d’autres encore.

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Un démineur présente les restes d’un engin explosif au sud de Tripoli, la capitale libyenne, le 15 juin 2020. En début de mois, Human Rights Watch a accusé les forces pro-Haftar d’avoir posé des mines russes et de l’époque soviétique lors de leur retrait des quartiers sud de Tripoli. [Mahmoud TURKIA / AFP]

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Des combattants fidèles au Gouvernement d’accord national (GAN) libyen reconnu par les Nations unies observent les débris d’un appareil détruit par les forces soutenues par Moscou sur l’Aéroport international de Tripoli, le 4 juin 2020. [Mahmoud TURKIA / AFP]

En coordination avec l’armée russe, Wagner est derrière la guerre civile dans l’est de l’Ukraine et a été déterminant dans l’annexion illégale de la Crimée par Moscou en 2014.

Le soutien du Kremlin au président syrien Bashar el-Assad a laissé derrière lui une traînée de sang.

Le carnage en Libye a fait des centaines de morts et déplacé plus de 200 000 personnes durant la tentative d’Haftar de prendre Tripoli, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

Mines russes

Les mines et les engins explosifs improvisés (EEI) posés dans les zones résidentielles après des combats féroces en début d’année ont tué ou blessé plus d’une centaine de Libyens depuis début juin, a indiqué la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL) dimanche 28 juin.

« Les mines et les engins explosifs improvisés [posées] dans ou à proximité des maisons ont causé la mort de plus de cent personnes », y compris des civils et des spécialistes du déminage, a indiqué la MANUL dans un communiqué.

Elle n’a fourni aucune ventilation précise des morts ou des blessés.

Ce rapport suit les accusations formulées par le Gouvernement d’accord national (GAN) et Human Rights Watch (HRW) selon lesquelles les forces loyales à Haftar auraient posé des mines dans les quartiers résidentiels du sud de la capitale.

Les forces alignées sur le GAN ont partagé des photos sur Twitter le 29 mai montrant quatre types de mines anti-personnel fabriquées en Union soviétique ou en Russie et affirmant qu’elles avaient été « posées par les mercenaires de Wagner » dans les quartiers résidentiels de Tripoli.

« Les mines anti-personnel découvertes à Tripoli en mai sont d’origine soviétique et russe et incluent ... des mines qui n’étaient pas au préalable enregistrées en Libye, suggérant que ces mines auraient pu être transférées dans le pays ces dernières années », a indiqué HRW le 3 juin.

Traînée de mort

En plus des morts civiles occasionnées par les mines de fabrication russes, des charniers ont été découverts dans des zones auparavant tenues par les forces d’Haftar.

Les autorités ont découvert un nouveau charnier le 28 juin après le retrait d’Haftar de Tarhuna, a rapporté l’AFP, citant les forces pro-gouvernementales.

Les forces loyales au GAN ont repris Tarhuna, le dernier bastion d’Haftar dans l’ouest du pays, le 5 juin.

« Neuf corps ont été découverts et exhumés dimanche [28 juin] ... dans un site qui pourrait renfermer des charniers, dans la localité de Tarhuna », a expliqué un communiqué posté sur Facebook par les forces pro-GAN.

Les autorités cherchent encore d’autres charniers potentiels « laissés par les gangs criminels Al-Kani, une milice pro-Haftar », a indiqué ce communiqué.

Début juin, les forces gouvernementales avaient déclaré avoir découvert huit autres charniers suspectés, pour la plupart dans et autour de Tarhuna, a rapporté l’AFP.

Les Nations unies ont fait état de leur « horreur » après avoir lu ces rapports.

Le 22 juin, l’instance supérieure des droits de l’homme des Nations unies a mandaté une mission exploratoire en Libye chargée de documenter les violations commises depuis 2016, tandis qu’un procureur du Tribunal pénal international déclarait que les charniers mis à jour pouvaient constituer des preuves de crimes de guerre.

Le Kremlin prêt à tirer parti de la situation

Alors que l’ANL se retire, laissant derrière elle une traînée de sang, Moscou tire parti de ce chaos pour gagner une part de l’industrie pétrolière libyenne et en tirer de potentiels immenses bénéfices.

« Les mercenaires russes et étrangers » sont entrés le 25 juin sur un très important champ pétrolier dans le sud de la Libye, a expliqué la National Oil Corporation (NOC) dans un communiqué publié sur son site internet.

Les mercenaires sont arrivés sur le champ pétrolier de Sharara à bord d’un convoi de véhicules et ont rencontré des représentants de la Garde des installations pétrolières, a indiqué la NOC.

Le président de la NOC Moustafa Sanalla a condamné cette dernière intervention en date à Sharara, situé dans la région d’Oubari, à environ 900 km au sud de Tripoli.

« Le pétrole libyen est destiné au peuple libyen, et je rejette totalement les tentatives faites par les pays étrangers d’empêcher la reprise de la production pétrolière », a-t-il dit.

« Nous n’avons pas besoin de mercenaires russes ou autres sur les champs pétroliers libyens dont le but est de bloquer la production de pétrole », a poursuivi Sanalla.

« Tandis que les mercenaires étrangers continuent d’être payés grassement pour empêcher la NOC de mener ses missions essentielles, le reste de la population libyenne souffre, pas seulement du fait de l’absence de revenus pétroliers, mais également du fait de la décomposition désastreuse de nos infrastructures pétrolières due à la corrosion et à l’incapacité du personnel de la NOC à effectuer la maintenance essentielle », a-t-il ajouté.

En opération, Sharara produit 315 000 barils par jour, soit près d’un tiers de la production de brut libyen.

Les exportations de pétrole représentent la quasi-totalité des revenus de l’État, et la Libye possède les plus grosses réserves de brut avérées en Afrique.

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