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Seule la paix pourra restaurer les institutions étatiques au Yémen, selon les analystes

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des combattants du Conseil de transition du Sud, un groupe séparatiste yéménite, montent la garde à l’entrée des locaux du ministère des Finances le 26 avril à Aden, après que le conseil a déclaré l’autonomie du Sud. [Saleh al-Obeidi/AFP]

Les institutions étatiques du Yémen, mises à mal par le conflit en cours, ne pourront être restaurées que par un accord de paix entre les belligérants, ont déclaré des analystes.

Alors que la guerre entre dans sa sixième année, les Houthis (Ansarallah) soutenus par l’Iran contrôlent les institutions étatiques à Sanaa, tandis que le gouvernement internationalement reconnu et soutenu par la coalition arabe a installé son administration à Aden.

Les Houthis ont pris le contrôle des institutions de l’État, dont le siège est à Sanaa, lors du coup d’État de septembre 2014.

Le président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi s’est enfui à Aden et a cherché une aide extérieure pour rétablir l’État. La coalition arabe dirigée par les Saoudiens a lancé l’opération Resolute Storm en ce sens en mars 2015.

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Des enfants rentrent chez eux le 30 avril après avoir rempli leurs jerricanes d’eau à Aden, dans le sud du Yémen, lors alors que sévit une grave pénurie d’eau. [Saleh al-Obeidi/AFP]

Alors que la bataille entre le gouvernement yéménite et les Houthis se poursuit, à la fois aidée et gênée par le Conseil de transition du Sud (CTS), un groupe séparatiste, les agences gouvernementales restent fragmentées et inefficaces, ont rapporté des analystes.

Cela ne changera pas tant qu’un accord de paix n’aura pas été conclu, ont-ils expliqué à Al-Mashareq.

Division entre Sanaa et Aden

« Certains des ministres qui ont déménagé à Aden ont exercé des fonctions gouvernementales au nom du gouvernement légitime », a indiqué l’analyste politique Faisal Ahmed à Al-Mashareq.

Pendant ce temps, les Houthis ont continué à diriger les ministères et les institutions gouvernementales à Sanaa en tant qu’autorité de facto, a-t-il poursuivi.

Cinq ans plus tard, l’appareil administratif du gouvernement légitime, basé à Aden, n’est pas totalement complet, car certaines institutions étatiques sont entre les mains des Houthis, a-t-il déclaré.

De plus, les ministères à Aden « ne sont des ministères que de nom et n’ont pas de véritable siège », a-t-il déclaré, et certains responsables du gouvernement sont installés hors du Yémen pour des raisons de sécurité et de logistique.

Cette dispersion des institutions et des agences gouvernementales « a aggravé la souffrance des citoyens dans les provinces libérées et dans celles contrôlées par les Houthis », a déclaré Ahmed.

Les institutions de l’État sont confrontées à de nombreuses difficultés, à Aden comme à Sanaa, en raison du désordre administratif qui les a rendues incapables de répondre aux besoins et aux préoccupations du peuple yéménite, a-t-il expliqué.

Un exemple en est le déménagement fin 2016 de la Banque centrale du Yémen de Sanaa à Aden, a-t-il précisé, qui a conduit à l’arrêt du versement des salaires des fonctionnaires dans les provinces contrôlées par les Houthis.

Seul un petit nombre d’employés du secteur public, qui ont déménagé avec leur famille à Aden, continuent de recevoir une rémunération, bien qu’ils soient confrontés à d’autres difficultés.

Fracturation des agences de l’État

La dispersion des agences étatiques entre Sanaa et Aden a eu un effet négatif sur la situation générale du Yémen, qui connaissait déjà des taux records de pauvreté et de chômage, a déclaré l’économiste Abdel Aziz Thabet à Al-Mashareq.

Les agences gouvernementales contrôlées par les Houthis n’ont « aucune légitimité », a-t-il affirmé, et ressemblent maintenant à « un gouvernement local fonctionnant comme une administration municipale » qui a manqué à ses devoirs envers le peuple.

Le gouvernement légitime a essayé de reproduire ces institutions à Aden, a-t-il fait savoir, mais il en a été empêché par le CTS, qui a pris le contrôle de son siège et empêché les ministres opposés au groupe de revenir à Aden.

« La poursuite de la guerre et la persistance des deux camps à opérer au sein du gouvernement qu’ils ont mis en place constituent une négligence dans la mise en avant des intérêts et des droits des citoyens et une vampirisation des ressources de l’État », a déclaré Thabet.

Il est impératif que tous les belligérants « acceptent de faire la paix pour rétablir la sécurité, la dignité, les droits des citoyens, et la cohésion du pays », a-t-il déclaré.

Le coup d’État des Houthis a entraîné le Yémen dans une guerre qui a détruit l’économie et déchiré son tissu social, a indiqué à Al-Mashareq le vice-ministre des Droits de l’homme Nabil Abdoul Hafeez.

« Nous devrons construire l’État et remettre sur pied ses institutions », a-t-il déclaré, appelant le CTS à ne pas créer de nouveaux obstacles par sa rébellion.

« La paix est la solution, pour que chacun revienne aux résultats du dialogue national afin de construire les institutions et rétablir la paix sociale et la vie normale d’une manière ou d’une autre », a-t-il ajouté.

Il est nécessaire de mettre en œuvre dès que possible l’accord de partage du pouvoir signé entre le gouvernement et le CTS à Riyad, a-t-il conclu, et de faciliter le retour de l’État et des provinces qui sont encore sous le contrôle des Houthis.

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