Santé

Les cimetières de Sanaa submergés par les morts du COVID-19

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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La pandémie de coronavirus a tué des centaines de Yéménites dans les zones contrôlées par les Houthis, mais le nombre précis reste inconnu. [Haitham Mohammed/Al-Mashareq]

Les cimetières de Sanaa sont confrontés à un manque de place alors que la pandémie de nouveau coronavirus (COVID-19) persiste, poussant certains gardiens de cimetière à exhumer de vieilles tombes pour faire de la place aux personnes récemment décédées, ont fait savoir des observateurs.

Sanaa est sous le contrôle des Houthis (Ansarallah) soutenus par l’Iran, qui ont été critiqués pour n’avoir pas déclaré toutes les infections de coronavirus dans la ville et ne pas avoir rendu les mesures de précaution obligatoires.

Le gouvernement yéménite et les organisations d’aide internationales ont demandé à plusieurs reprises aux Houthis de communiquer le nombre d’infections et de décès dus au coronavirus dans les zones qu’ils contrôlent afin d’unifier les efforts et de partager les informations, mais en vain.

Or, une telle communication contribuerait aux efforts pour contenir le virus et aider les patients.

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Les cimetières de Sanaa, ville contrôlée par les Houthis, souffrent d’un manque d’espace en raison de la pandémie de coronavirus. [Haitham Mohammed/Al-Mashareq]

Mouammar al-Eryani, ministre de l’Information, a appelé le 4 juin à la création d’une commission d’enquête internationale pour gérer la pandémie de coronavirus.

« Ce qu’il se passe à Sanaa et dans les zones contrôlées par les Houthis est un génocide contre les Yéménites, qui meurent en silence par centaines chaque jour », a-t-il déclaré.

Sans les rapports de terrain périodiques qui révèlent des centaines de décès et des milliers d’infections, l’étendue de la pandémie ne serait pas connue, a-t-il indiqué.

Augmentation du prix des parcelles de cimetière

Mohammed Ahmed, un fossoyeur qui travaille dans un cimetière de Sanaa, a déclaré avoir quitté son emploi à cause des transgressions du directeur du cimetière nommé par les Houthis.

« Les nouveaux fossoyeurs exhument les vieilles tombes qui n’ont pas été visitées par les membres de la famille depuis des années pour faire de la place aux nouvelles tombes et accueillir les corps des nouveaux défunts », a-t-il déclaré à Al-Mashareq.

Le nombre de morts a considérablement augmenté, a-t-il rapporté, et « la plupart des familles » disent penser que les décès sont dus au COVID-19.

« Les visiteurs de certaines tombes voient que les espaces qui étaient destinés aux tombes d’enfants comportent maintenant des tombes de personnes âgées, et les nouvelles tombes sont situées juste à côté des anciennes », a-t-il déclaré.

Ceci est révélateur de la mauvaise gestion de la part des gérants des cimetières et des fossoyeurs, qui sont payés plusieurs fois le taux habituel par les familles des récents défunts, a-t-il ajouté.

Cela va à l’encontre d’une directive du ministère des Dotations qui stipule que le prix des tombes ne doit pas être augmenté, a déclaré Ahmed.

« La fermeture de certains cimetières et la récente augmentation du nombre de morts ont entraîné une flambée des prix des nouvelles tombes », a-t-il poursuivi.

Le prix d’une parcelle a doublé pour atteindre 100 000 riyals yéménites (400 USD) dans certains cimetières, et est même passé à 160 000 riyals (640 USD) dans d’autres, comme le cimetière d’al-Cheikh al-Ahmar, a-t-il fait savoir.

Les cimetières de Sanaa sont pleins

Abdoul Aziz Ali, employé du secteur public de Sanaa, a expliqué à Al-Mashareq que quand sa femme est décédée début juin, il n’a pas pu lui trouver de tombe dans les cimetières proches du quartier d’al-Sabeen.

« Les proches de ma femme connaissent un employé d’un cimetière de l’est de Sanaa qui a trouvé une tombe pour ma femme, mais l’enterrement a été retardé d’une journée jusqu’à ce que cette tombe soit trouvée », a-t-il indiqué.

Ali a déclaré que sa femme « souffrait d’une maladie cardiaque mais était stable, puis elle est morte subitement ». Il a ajouté qu’il soupçonne qu’elle est décédée du COVID-19, mais n’a pu confirmer la cause du décès.

Abdoul-Jabbar Ahmed, habitant du quartier de Dar Salm dans le sud de Sanaa, a déclaré que « le cimetière était plein il y a presque deux ans, et qu’un terrain adjacent alloué par des philanthropes pour un cimetière était également plein dès le mois de mai ».

« Cela a poussé le directeur du vieux cimetière à l’ouvrir, après avoir rassemblé les anciens restes dans une tombe pour libérer de l’espace pour de nouvelles tombes », a-t-il déclaré.

« Les décès dus aux coronavirus à Sanaa ont connu une augmentation notable », a rapporté le politologue Faisal Ahmed à Al-Mashareq, notant que les équipes de désinfection désinfectent en permanence les quartiers de la ville.

« [Deux] familles ont annoncé la mort de quatre de leurs membres à cause du coronavirus [COVID-19] en quelques jours consécutifs, ce qui souligne l’ampleur de la pandémie », a-t-il précisé.

Plusieurs personnalités politiques et des médias à Sanaa ont annoncé être infectées par le coronavirus, a déclaré Ahmed, et après leur mort les Houthis ont empêché leurs familles et les travailleurs de la santé d’en faire état.

Ils les ont pour ce faire menacés de représailles, a-t-il conclu.

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