Santé

Le COVID-19 se répand à Sanaa et les Houthis mentent, accuse l'OMS

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Un Yéménite pulvérise du désinfectant dans une camionnette de transport public le 10 juin à Sanaa pendant la crise du coronavirus. [Mohammed Huwais/AFP]

Les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran mentent sur la gravité de l'épidémie du nouveau coronavirus (COVID-19) dans les zones qu'ils contrôlent, ont affirmé des responsables yéménites.

La milice prétend que les kits de test fournis par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sont défectueux et ont entravé ses efforts pour fournir un décompte précis du nombre d'infections au COVID-19.

Mais l'OMS a réfuté ces affirmations dans une déclaration du 3 juin, soulignant que les kits ont été fabriqués en Allemagne et distribués dans le monde entier.

« Le lot de près de 7 000 kits de test de COVID-19 fournis au Yémen par l'OMS sont les mêmes que les kits de test PCR fournis à plus de 120 pays », a fait savoir la déclaration.

« Les kits ont été testés et validés par trois laboratoires externes, et les résultats de la validation ont été publiés dans une revue à comité de lecture. »

Pendant ce temps, les Houthis ont refusé de dévoiler le nombre réel d'infections dans les zones sous leur contrôle. Ils ont initialement reconnu quatre cas de COVID-19, mais malgré les résultats positifs des tests en laboratoire, aucun autre cas n'a été annoncé en juin.

Taha al-Mutawakel, responsable dans les rangs des Houthis, a déclaré que les kits de test défectueux qui donnent des résultats faussement positifs sur des échantillons non humains sont une des raisons pour lesquelles les Houthis n'ont pas communiqué le nombre d'infections.

Fournir « des chiffres et des statistiques » sur la pandémie de coronavirus a un effet négatif sur « l'état psychologique et immunitaire des patients et des sociétés », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse le 30 mai.

Al-Mutawakel a accusé le « terrorisme médiatique mondial » de stigmatiser le COVID-19 et a affirmé que le taux de rétablissement dans les zones contrôlées par les Houthis est de plus de 80 %.

Des centaines de personnes « meurent en silence »

Les Yéménites des zones contrôlées par les Houthis « meurent en silence par centaines chaque jour », a rapporté Mouammar al-Eryani, ministre de l'Information du Yémen.

Les Houthis ont admis qu'il y avait eu des cas de COVID-19 dans les zones sous leur contrôle, « mais ils craignent de dévoiler le nombre d'infections et de décès », a déclaré le vice-ministre de la Santé et de la Population Abdoul-Raqeeb al-Haidari.

Un tel aveu « entraverait leur collecte d'argent au nom de la lutte contre le coronavirus, et ils utilisent d'autres prétextes », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

Le fait de dévoiler le nombre d'infections et de décès dus à la maladie « ne sert pas les intérêts [des Houthis] en ce qui concerne les rassemblement de combattants sur les fronts, car la communication des chiffres réels pourrait provoquer l'effondrement des fronts », a-t-il déclaré.

La suggestion des Houthis selon laquelle les kits de test fournis par l'OMS sont responsables de l'épidémie « les a ouverts aux moqueries des médias et des réseaux sociaux », a-t-il ajouté.

Le nombre de morts est presque certainement plus élevé dans les zones contrôlées par les Houthis, car elles sont plus densément peuplées, a-t-il poursuivi, notant que le silence de la milice peut avoir contribué à une augmentation des infections et des décès.

« Gestion irresponsable » de l'épidémie

« Les Houthis ont gardé le silence sur la vérité de l'épidémie », a déclaré à Al-Mashareq Eshraq al-Sebai, porte-parole du comité yéménite suprême d'urgence pour la lutte contre le coronavirus.

« Les déplacements sont ouverts entre toutes les provinces, ce qui augmente le taux d'infection et de mortalité à cause du manque général de capacités et de kits de test, ainsi que de la manière irresponsable avec laquelle les Houthis traitent les personnes infectées », a-t-elle déclaré.

Environ 30 millions de Yéménites risquent d'être infectés par le COVID-19 et d'autres maladies, a déclaré le ministre de la Santé publique et de la Population Nasser Baum lors d'une réunion virtuelle avec les ministres arabes de la Santé le 10 juin.

Les autres maladies comprennent la malaria, la dengue, le choléra, la typhoïde et le chikungunya.

Le secteur de la santé du Yémen « a besoin d'une intervention urgente après la propagation du coronavirus et la dépression tropicale qui a frappé certaines provinces, qui a permis la propagation des épidémies », a-t-il déclaré.

« Une odeur de mort flotte dans l'air de tous les quartiers de Sanaa », a rapporté l'analyste politique Faissal Ahmed à Al-Mashareq. « Les Houthis ont admis que le nombre de morts est élevé, mais ont attribué la cause à des maladies chroniques. »

Ahmed a demandé la divulgation des chiffres réels des infections au COVID-19 « pour servir d'avertissement aux citoyens ».

« Les marchés sont très fréquentés à cause du manque de sensibilisation sur les risques d'infection », a-t-il rapporté.

Épidémie dans les prisons de Sanaa

Le 7 juin, l'organisation SAM pour les droits et libertés a appelé les Houthis à libérer tous les détenus en raison de la menace croissante d'une épidémie dans les prisons.

La manière irresponsable dont les Houthis gèrent la crise du coronavirus alimente les inquiétudes concernant la santé et la sécurité des détenus, a déclaré l'organisation.

Plus de sept détenus dans l'un des services de la prison centrale présentent les symptômes du COVID-19. L'un d'entre eux a été transféré à l'hôpital du Koweït, tandis que les autres ont fait l'objet de prélèvements sanguins, mais les résultats n'ont pas encore été annoncés, a indiqué SAM.

« L'ONU et les organisations capables d'exercer une pression doivent faire tout leur possible pour obtenir la libération des détenus », a insisté le vice-ministre des Droits de l'homme Nabil Abdel Hafeez à Al-Mashareq.

« Les prisonniers sont confrontés à des conditions difficiles, et les prisons sont un environnement dangereux pour les détenus car elles sont propices à une flambée plus agressive du virus », a-t-il expliqué.

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