Terrorisme

Le Hezbollah sous pression alors que les manifestations reprennent au Liban

Nohad Topalian à Beyrouth

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Des policiers anti-émeute libanais font face à des manifestants lors d’une manifestation dans le centre de Beyrouth le 6 juin. Les manifestants ont afflué dans les rues de la capitale libanaise pour dénoncer l’effondrement de l’économie, alors que des affrontements ont éclaté entre les partisans et les opposants du Hezbollah, milice soutenue par l’Iran. [Patrick Baz/AFP]

Les manifestations qui ont repris au Liban, alimentées par la chute de l’économie du pays, ont vu cette semaine des manifestants appeler ouvertement le Hezbollah à se désarmer, ont rapporté des manifestants et des militants politiques à Al-Mashareq.

Alors que le pays tente de sortir d’une crise économique paralysante, les liens du Hezbollah avec le régime iranien laissent au gouvernement peu d’options pour accéder à l’aide, ce qui alimente la colère du public contre la milice.

Après une pause liée au confinement face au nouveau coronavirus (COVID-19), les manifestations qui avaient débuté en octobre contre la corruption gouvernementale et déclenchée par la hausse du chômage et de la pauvreté ont repris le 6 juin.

Jeudi 11 juin, des manifestations ont de nouveau éclaté dans tout le pays, alors que la livre libanaise a chuté à un niveau record sur le marché noir, a rapporté l’AFP.

Le Premier ministre Hassan Diab a présidé vendredi une réunion « d’urgence » du gouvernement pour répondre à la situation, en présence du gouverneur de la Banque centrale et de représentants de l’association des banques et du syndicat des changeurs.

Un porte-parole du syndicat a déclaré que la Banque centrale avait accepté « d’injecter des dollars » sur le marché, espérant ainsi inverser la baisse du taux de change non officiel de la livre.

Lors des manifestations du 6 juin, les manifestants ont scandé des slogans appelant au désarmement du Hezbollah, et des affrontements ont éclaté entre les partisans et les opposants de cette milice libanaise soutenue par l’Iran.

Des soldats ont formé une chaîne humaine séparant les deux camps après que des partisans et des adversaires du Hezbollah se sont jeté des pierres.

« Quand j’ai décidé de participer à cette manifestation, je savais que le Hezbollah enverrait ses partisans pour provoquer un affrontement avec nous », a expliqué le manifestant Adnan Salman à Al-Mashareq.

Le Hezbollah cherche à faire taire les voix qui appellent à son désarmement, a-t-il poursuivi.

« La veille de la manifestation, j’ai vu comment ils ont rallié leurs partisans, affirmant que la manifestation vise leurs armes, et faisant comprendre qu’ils descendraient dans la rue pour nous affronter », a affirmé Salman.

« Je n’ai donc pas été surpris lorsque des affrontements ont éclaté dans plusieurs zones de Beyrouth entre les manifestants et les soutiens du parti et les personnes derrière eux qui avaient prévu de brouiller nos [revendications] », a-t-il ajouté.

Le Hezbollah est le seul groupe à avoir conservé ses armes depuis la fin de la guerre civile libanaise, divisant profondément le Liban selon des lignes politiques.

Appels au désarmement du Hezbollah

La reprise du militantisme est attendue, tout comme l’opposition aux groupes comme le Hezbollah, a indiqué à Al-Mashareq Luqman Salim, chercheur et militant politique.

Les appels au désarmement du Hezbollah se sont intensifiés pendant le conflit intra-étatique de 2008, et ont pris de l’ampleur après que la milice soutenue par l’Iran fut intervenue dans le conflit syrien aux côtés du régime, a-t-il expliqué.

Lorsque des manifestations ont éclaté le 17 octobre, « des demandes ont également été faites pour que le parti soit privé de ses armes », conformément au droit international, a-t-il rapporté.

Le Liban ne peut pas être gouverné par deux États, surtout pendant cet effondrement économique, a affirmé Salim, qui a ajouté que les « armes illégales du Hezbollah sont un outil d’hégémonie, d'expropriation, de contrebande et d’application d’une politique étrangère au Liban ».

La raison de l’effondrement économique, a-t-il noté, « est la non-application des Résolutions 1559, 1680 et 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies », qui demandent la dissolution et le désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises.

Les conditions étaient réunies pour la reprise des manifestations populaires, car le chômage a fortement augmenté et le pouvoir d’achat a diminué, a déclaré le journaliste et militant politique Hanna Saleh à Al-Mashareq.

Des manifestants de toutes les couches de la société ont exigé la fin de la corruption gouvernementale et ont demandé que le Hezbollah soit dépouillé de ses armes, a-t-il indiqué.

« L’écrasante majorité des Libanais sont motivés par leur douleur et non par des instincts sectaires de base », a-t-il ajouté.

Seul l’État peut posséder des armes

Les manifestations ont repris de l’ampleur malgré des tentatives pour les réprimer, a fait savoir le militant Richard Chamoun à Al-Mashareq.

Les affrontements entre les manifestants et les partisans du Hezbollah sont devenus monnaie courante, a-t-il déclaré, notant que des miliciens ont pris d’assaut des places publiques et attaqué ceux qui brandissaient des bannières appelant au désarmement de la milice.

« Quel est le problème avec le slogan appelant à désarmer le Hezbollah ? », a demandé Chamoun. Quand nous disons que « tout le monde, c’est tout le monde », cela comprend le Hezbollah.

« Nous demandons un État de droit, une constitution et des institutions », a-t-il déclaré, soulignant que la constitution interdit au Hezbollah ou à tout autre groupe libanais de porter des armes.

L’Accord de Taëf a été inscrit dans la constitution, a-t-il déclaré, et les résolutions internationales stipulent également que seul l’État libanais peut posséder des armes.

Les appels au désarmement du Hezbollah sont naturels, a-t-il conclu, comme en témoigne la corruption de ce parti, qui applique son propre contrôle des passages illégaux vers la Syrie et ses voies de facilitation des activités de contrebande transfrontalière.

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