Économie

Les liens du Hezbollah avec l'Iran bloquent l'aide destinée au Liban

Junaid Salman à Beyrouth

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Une photo prise au cours d'une visite guidée organisée le 31 mars par le Hezbollah libanais montre une femme masquée assise à côté des portraits de l'ancien chef du Hezbollah Abbas Moussaoui (au centre), et des commandants Imad Moughnieh (à gauche) et Ragheb Harb, dans un centre de la banlieue sud de Beyrouth. [AFP]

Alors que le Liban tente de sortir d'une crise économique qui fait des ravages dans sa population, les liens du Hezbollah avec le régime iranien laissent au gouvernement peu d'options pour accéder à l'aide, ont indiqué les experts.

Le Liban traverse sa pire crise économique depuis la guerre civile de 1975-1990, aggravée par l'épidémie de coronavirus, 45 % de sa population vivent en dessous du seuil de pauvreté et des dizaines de milliers de personnes sont sans emploi, a rapporté l'AFP.

Un plan de réforme économique approuvé le 30 avril par le gouvernement vise à débloquer l'aide étrangère, à restructurer la dette et à réduire les dépenses.

Le Liban ambitionne d'obtenir dix milliards de dollars de soutien financier, en plus des onze milliards de dollars de subventions et de prêts promis par les bailleurs de fonds internationaux en 2018.

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Des partisans du Hezbollah assistent à un discours du chef de l'organisation Hasan Nasrallah sur un écran dans la banlieue sud de Beyrouth le 5 janvier, après que le général iranien Qassem Soleimani a été tué à Bagdad. [Anouar Amro/AFP]

Ce plan vise à résoudre la crise « par des outils financiers et comptables afin d'obtenir une aide étrangère par le biais du Fonds monétaire international », a expliqué Nasser Yassin, professeur associé de politique et de planification à l'Université américaine de Beyrouth.

« Mais il impose des conditions difficiles en matière de prestations sociales et de mesures d'austérité », a-t-il déclaré, ajoutant qu'une forte inflation et la contraction de l'économie feront partie du prix à payer.

Cette feuille de route économique s'accompagne d'une demande d'aide du gouvernement au FMI, a déclaré le président Michel Aoun le 6 mai, parlant de « voie obligatoire pour la reprise si nous négocions bien et si nous sommes tous pleinement engagés dans [...] la réforme ».

Le Hezbollah entrave les efforts

Le gouvernement, formé en janvier après que des manifestations eurent évincé son prédécesseur, ne bénéficie pas d'un énorme soutien populaire.

Mais il est soutenu par des forces politiques essentielles, dont le Hezbollah, qui siège au parlement malgré le fait que les États-Unis, le Royaume-Uni, et désormais l'Allemagne le qualifient de « terroriste ».

« Ce sera une tâche ardue, mais le Liban peut se remettre sur pied grâce à un plan de réforme solide qui bénéficie au départ d'un soutien international », a affirmé Mohammad Faour, chargé de recherche en banque et finance à l'University College de Dublin.

« Mais la principale préoccupation est de savoir si la politique intérieure permettra la mise en œuvre d'un plan crédible », a-t-il déclaré.

Dans un discours télévisé du 4 mai, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a déclaré qu'il n'était pas opposé à ce que le FMI vienne en aide au Liban pendant cette crise, revenant sur sa position, tout en précisant que certaines conditions devaient être remplies.

« Les positions du Hezbollah constituent un obstacle majeur à l'arrivée de l'aide internationale au Liban », a fait savoir l'économiste Sami Nader à Al-Mashareq.

« Vous ne pouvez pas demander de l'aide à des pays tout en créant des problèmes avec eux », a-t-il ajouté, soulignant que le parti avait été désigné comme une organisation terroriste et était sous le coup de sanctions internationales.

« Le Hezbollah essaie d'utiliser le Liban pour servir l'agenda l'Iran, dont l'influence dans la région est sous pression et diminue en Irak et en Syrie », a-t-il indiqué.

Cette pression à laquelle l'Iran est confronté, en raison de l'effondrement des cours du pétrole, du coronavirus et des sanctions économiques, a un impact ses soutiens dans les pays de la région, a-t-il expliqué, et la base du Hezbollah au Liban en souffre également.

« Des coûts politiques à payer »

« Le seul moyen de sortir de cette crise est de se tourner vers le FMI, ce qui ouvrirait alors la porte à d'autres pays qui aideraient le Liban », a déclaré Nader. « Il y a certes des coûts politiques à payer, et pourtant, le Hezbollah impose ses conditions. »

« Le Liban ne serait pas dans cette situation sans la politique intérieure et extérieure du Hezbollah », a affirmé le chercheur et activiste politique Luqman Salim à Al-Mashareq.

Il a accusé le Hezbollah de faciliter la corruption au sein du gouvernement, en achetant le silence de nombreux responsables politiques sur son arsenal d'armes.

« Non seulement il garde le silence sur cette corruption, mais il dissimule la corruption qui sévit dans ses propres rangs », a déclaré Salim. « À cause de ce parti, le Liban n'a plus un seul ami dans la région arabe ou dans le monde. »

Le Hezbollah suit le programme de l'Iran et privilégie les intérêts du régime iranien sur ceux du Liban, a-t-il poursuivi, ce qui explique la réticence du parti à demander une aide internationale par le biais du FMI.

Le Liban paie actuellement le prix de son échec à mettre en œuvre certaines résolutions des Nations unies, a-t-il conclu, soulignant que son « éloignement de la légitimité internationale » et l'inclusion du Hezbollah dans son gouvernement lui coûte cher.

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1 COMMENTAIRE (S)
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Personne ne donne ce qu'il n'a pas. L'Iran ne pouvait pas s'aider lui-même. Comment peut-il alors profiter aux autres lorsque le Hezbollah en est une extension?

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