Santé

L'Iran risque une deuxième vague d'épidémie de COVID-19 alors que le pays sort du confinement

Sina Farhadi

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Des acheteurs vêtus d'équipements de protection, dont des masques faciaux et des gants en latex, en raison de la pandémie de COVID-19, arpentent le bazar de Tajrish à Téhéran, la capitale iranienne, le 25 avril 2020. [Atta Kenare/AFP]

La décision de Téhéran de rouvrir ses portes alors que la pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19) continue de faire des ravages dans le pays témoigne de l'incapacité du régime à contrôler la situation, de la mauvaise gestion de la crise et de sa volonté de faire passer les profits avant les personnes, déclarent des observateurs.

« En raison de l'incertitude quant à la date de fin de ce virus, nous nous préparons au travail, à l'activité et à la science », a annoncé le président Hassan Rohani le 29 avril.

« Nous devons suivre toutes les instructions médicales, mais le travail et la production sont aussi essentiels que ces précautions », a-t-il déclaré lors d'un conseil des ministres télévisé.

Le lendemain, le ministère de la Santé a annoncé que le nombre total de décès dans le pays avait dépassé les 6000.

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Un détecteur de coronavirus, dévoilé le 15 avril dernier par Hossein Salami, commandant du CGRI, a provoqué les rires et les moqueries du peuple iranien. [Photo fournie par l'Independent Persian]

« Nous avons perdu 71 de nos compatriotes au cours des dernières 24 heures, et le total du nombre de décès imputables au COVID-19 s'établit à ce jour à 6028 », a fait savoir le porte-parole du ministère, Kianoush Jahanpour, dans un discours télévisé.

Lundi 4 mai, ce nombre est passé à 6203 morts, et le nombre de personnes ayant été testées positives au virus s'élève à 97 424.

Deuxième vague d'infections

Le nombre d'infections et de décès continuant d'augmenter, beaucoup estiment que la décision d'assouplir les restrictions de voyage et de rouvrir les entreprises risque de provoquer une deuxième vague épidémique.

« Dans la province de Fars, le coronavirus était sous contrôle jusqu'à il y a environ dix jours, mais après la levée du couvre-feu et la reprise du trafic, le nombre de personnes atteintes de coronavirus a augmenté », a rapporté Ali Akbari, membre du parlement de la ville de Shiraz.

« Aujourd'hui, il y a beaucoup d'inquiétudes concernant une deuxième vague de coronavirus dans le pays, mais je crois que ceux qui sont capables d'empêcher une telle épidémie sont les gens eux-mêmes », a-t-il déclaré dans un entretien publié le 24 avril par l'Iran Labour News Agency (ILNA), une organisation étatique.

Les inquiétudes d'Akbari ont été confirmées par l'agence de presse ANA qui a rapporté le 28 avril que le nombre de nouveaux patients avait « encore augmenté ».

« De nombreux experts ont prédit que nous assisterons au deuxième pic du coronavirus dans le pays fin avril et début mai », a rapporté l'ANA.

La tendance à la hausse est le résultat du comportement des gens pendant et après les vacances de Nowruz, a-t-il déclaré.

« La levée prématurée des mesures de distanciation physique est susceptible d'entraîner une résurgence incontrôlée de la transmission du COVID-19 et une seconde vague de cas amplifiée », a déclaré le 28 avril le Dr Ahmed al-Mandhari, directeur régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la Méditerranée orientale.

Des cas positifs non signalés

Malgré les mises à jour quasi quotidiennes du ministère de la Santé, de nombreux observateurs affirment que le gouvernement ne fournit pas de données précises sur le nombre d'infections et de décès liés au COVID-19 en Iran.

« Le nombre de victimes du coronavirus en Iran est d'au moins 20 000 », a déclaré une source de l'OMS au site internet persan IranWire le 26 avril.

Le régime iranien, avec l'intervention du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), a rapporté un nombre de décès bien inférieur aux statistiques réelles, a affirmé la source.

Les statistiques sur les résultats de tests positifs des patients atteints de coronavirus dans certaines provinces n'ont pas été enregistrées dans le système d'information hospitalier du ministère de la Santé, a rapporté Iran International le 27 avril.

Des documents attestent que jusqu'à 70 % des cas positifs n'ont pas été inclus dans les rapports officiels, et certains enregistrements d'informations sur les patients ont été retardés de trois à plus de 20 jours.

« Malheureusement, la gestion de la santé en Iran a été transférée à des institutions militaires, et ces personnes n'ont aucune idée de la réalité des événements », a déclaré à Al-Mashareq le journaliste Hossein Rajabi, qui habite à Téhéran.

« D'une part, ils dissimulent les vraies statistiques, et d'autre part, ils prétendent avoir la situation sous contrôle. »

« Alors que tous les experts de santé sont préoccupés par une deuxième vague d'épidémie de coronavirus en Iran, le gouvernement a réduit les restrictions aux déplacements et la quarantaine et souhaite que les gens reprennent leur vie normale », a déclaré Rajabi, ajoutant que cela « a conduit à la réapparition du coronavirus ».

« Malheureusement, la dissimulation et la publication de fausses statistiques, qui faisaient partie de la politique de redressement du pays depuis le début, se poursuivent », a-t-il déclaré.

« Il a été demandé aux journaux et aux journalistes, au nom du ministère de la Culture et de l'Orientation islamique, de ne publier que des statistiques officielles. Les hôpitaux et le personnel soignant ne sont pas autorisés à publier leurs propres données », a-t-il déclaré. « Ils ont même averti les députés et les membres des conseils municipaux de ne pas dire la vérité ».

« D'après les rapports de mes collègues, le nombre réel de personnes infectées par le coronavirus est six à sept fois supérieur aux chiffres officiels et le nombre de personnes tuées par la maladie est au moins quatre fois supérieur au chiffre officiel, environ 20 000 à 25 000 », a-t-il poursuivi.

« Dans de nombreux cas, la cause du décès [...] est déclarée comme étant autre, sous la pression des institutions de sécurité », a-t-il fait savoir.

Les profits passent avant la vie des gens

La « gestion insensée » de la crise du coronavirus par le régime iranien a « révélé l'étendue du manque de capacités et de la corruption au sein des agences gouvernementales, y compris le CGRI », a déclaré le politologue Karim Samadian.

« Même là où des milliers de personnes ont perdu la vie, les institutions gouvernementales cherchent toujours à tirer parti de la situation », a-t-il rapporté à Al-Mashareq.

Des informations indiquent que des équipements de protection et même des médicaments « sont fournis par certaines institutions sous le contrôle de l'Ayatollah Khamenei, [le Guide suprême iranien], et sont vendus à un prix bien plus élevé », a-t-il rapporté.

L'importation de ces produits de santé, y compris les gants et les masques, « est le monopole d'institutions affiliées qui ne sont soumises à aucun contrôle », a-t-il ajouté.

Les kits de test pour le coronavirus sont vendus trois fois leur prix réel, a-t-il indiqué, citant des documents publiés par Iran International.

Le nouveau détecteur de COVID-19 du CGRI, un appareil électronique pouvant soi-disant détecter le coronavirus dans un rayon de 100 mètres en cinq secondes, est un autre exemple de la bêtise du régime, a affirmé Samadian.

Le 15 avril dernier, le major général Hossein Salami, commandant du CGRI, a qualifié l'appareil de « progrès scientifique nouveau et singulier » et de « technique scientifique étonnante ».

« Ces déclarations ridicules, largement moquées par l'opinion publique, ont même conduit à un déni de la part de la Société de physique d'Iran », a déclaré Samadian. « Malgré tout, le commandant du CGRI a refusé de revenir sur sa déclaration ridicule. »

Le régime iranien a également utilisé la pandémie de coronavirus comme moyen pour pousser les États-Unis à lever les sanctions contre l'Iran, a-t-il ajouté.

« La réalité est que le peuple iranien est devenu l'otage du gouvernement dans ce plan », a-t-il conclu. « Le gouvernement iranien ne se préoccupe pas du peuple, mais de l'affaiblissement de son pouvoir et de sa gouvernance. »

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