Politique

L'Iran lance un satellite militaire en pleine crise sanitaire

Sultan al-Barei à Riyad

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Une fusée iranienne Qassed décolle d'une base emportant le satellite militaire Nour. [Photo fournie par Mehr News]

Alors même qu'il demande un financement international pour l'aider à faire face à la pandémie mondiale de coronavirus (COVID-19), le régime iranien a détourné des ressources vers le développement d'un système de missiles, ont déclaré des experts à Al-Mashareq.

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a mis en place un programme militaire de satellites et aurait renforcé ses capacités en matière de missiles balistiques, alors même que l'Iran est confronté à un bilan dévastateur et croissant de la crise du coronavirus.

Le ministère iranien de la Santé a annoncé jeudi 30 avril que 71 nouveaux décès dus à des coronavirus portent désormais le bilan dans le pays à 6028 morts, a rapporté l'AFP.

Mais la semaine dernière, le CGRI a annoncé avoir réussi à lancer le premier satellite militaire iranien, qui est selon les États-Unis une couverture pour son développement de missiles.

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Le général de brigade Amir Ali Hajizadeh, commandant de la force aérospatiale du CGRI, près de la fusée Qassed peu avant son décollage. [Photo fournie par Mehr News]

Le satellite Nour est classé par l'armée américaine comme un petit Cubesat 3U, trois unités adjacentes n'excédant pas un litre de volume et pesant moins de 1,3 kilo chacune, selon le général Jay Raymond, qui dirige le commandement spatial américain.

Selon Raymond, le Pentagone estime que le satellite militaire iranien lancé le 22 avril ne représente pas une menace pour le renseignement, a rapporté l'AFP.

« L'Iran affirme qu'il dispose de capacités d'imagerie, il s'agit en fait d'une webcam dans l'espace, et il est peu probable qu'elle fournisse des informations », a fait savoir Raymond.

Les États-Unis ont néanmoins averti que la capacité de l'Iran à le placer dans l'espace représente une avancée significative dans sa capacité de missiles à longue portée, ce qui constitue une menace renforcée pour les forces américaines et les alliés au Moyen-Orient.

Détournement des fonds vers les projets militaires

Des responsables iraniens et des généraux de haut rang du CGRI ont récemment demandé un soutien financier pour combattre le coronavirus, a indiqué l'analyste politique Ali Narimani à Al-Mashareq.

Ils ont demandé un prêt d'urgence de 5 milliards de dollars au Fonds monétaire international (FMI) et ont exigé la levée des sanctions, a-t-il fait savoir, même si l'aide humanitaire est déjà exempte de sanctions.

Les États-Unis ont souligné que les sanctions sont dirigées contre le régime iranien, et non contre le peuple iranien, et maintiennent de larges exceptions et autorisations pour la vente de produits agricoles, de nourriture, de médicaments et d'appareils médicaux à l'Iran.

Les États-Unis, qui ont de fait un droit de veto au FMI, ont fait savoir qu'ils n'avaient pas l'intention d'accorder à l'Iran cette ligne de crédit, alléguant qu'elle serait utilisée pour financer le « terrorisme à l'étranger », a rapporté l'AFP.

La demande de l'Iran pour un prêt d'urgence du FMI alors même qu'il a lancé un satellite était « fourbe », a déclaré le secrétaire d'État américain Mike Pompeo.

« J'espère que le régime iranien répondra à son peuple, qui demande de donner la priorité aux ressources – des ressources dont le régime iranien dispose de tout évidence », a ajouté Pompeo.

La demande de financement montre la duplicité du CGRI, « et sa tentative d'exploiter les conditions existantes de toutes les manières possibles pour obtenir des fonds et les détourner vers des projets militaires », a déclaré Narimani.

Alors que l'Iran demande de l'argent, a-t-il noté, les médias nationaux ont annoncé le lancement et la mise en orbite du premier satellite militaire fabriqué localement, emmené dans l'espace à bord d'un missile Qassed de longue portée.

C'est une « situation déconcertante », a-t-il déclaré, car elle survient à un moment où il y a un besoin clair et urgent d'investir dans les infrastructures sanitaires délabrées de l'Iran et de les réorganiser à la lumière de la pandémie de coronavirus.

Le lancement de ce satellite à un moment où les tensions avec les États-Unis sont élevées est également le signe que le régime iranien a l'intention de poursuivre ses provocations, a-t-il ajouté.

Une démarche provocatrice

Le lancement de ce satellite militaire iranien est très provocateur, « d'autant plus que le missile qui a emporté le satellite dans l'espace fait partie des missiles qu'il est interdit au CGRI de se procurer », a déclaré à Al-Mashareq le spécialiste des affaires iraniennes Sheyar Turko.

La Résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies appelle l'Iran à s'abstenir de toute activité liée aux missiles balistiques capables de porter des armes nucléaires.

Ce récent lancement montre que le CGRI est « déterminé à continuer à s'engager dans le terrorisme dans le monde entier, même dans les circonstances actuelles », a-t-il affirmé.

Dans le contexte de la pandémie mondiale, « tous les dirigeants appellent à la cessation des tensions politiques et des opérations militaires pour se concentrer sur la santé mondiale », a-t-il poursuivi.

Les sanctions imposées à l'Iran lui interdisent de développer ou de posséder des missiles balistiques, a déclaré l'expert militaire Talaat Moussa à Al-Mashareq.

« Le lancement de cette fusée est incontestablement considéré comme une provocation évidente et un défi envers la communauté internationale, qui est préoccupée par la lutte contre la pandémie de coronavirus », a-t-il conclu.

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