Sécurité

Par sa fidélité à l'Iran, la Kataib Hezbollah menace la sécurité de l'Irak et de la région

Faris al-Omran

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Un membre de la Kataib Hezbollah irakienne sur cette photo diffusée en ligne.

La forte influence de l'Iran dans les affaires irakiennes est conduite par la Kataib Hezbollah, une milice fondée par l'ancien commandant en second des Forces de la mobilisation populaire (FMP) Abou Mahdi al-Mouhandis farouchement fidèle au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Après la mort d'al-Mouhandis, tué aux côtés du commandant de la Force al-Qods du CGRI Qassem Soleimani le 3 janvier, la rivalité au sein des milices irakiennes pro-iraniennes s'est intensifiée.

La Kataib Hezbollah est toutefois jusqu'à présent parvenue à maintenir sa position dominante parmi ces milices.

Malgré l'ambiguïté entourant sa structure militaire et administrative, cette milice a clairement affirmé son idéologie fidèle à la doctrine de la Wilayat al-Faqih (la Tutelle du Juriste), a expliqué l'ancien député irakien Taha al-Lahibi.

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Des miliciens de la Kataib Hezbollah se rassemblent à Bagdad le 8 juin 2018. [Photo diffusée sur Internet]

« Cette milice est farouchement fidèle à l'Iran, et ses membres n'obéissent qu'aux seuls ordres du Guide suprême iranien Ali Khamenei et du CGRI, qui supervise directement son financement, ses fournitures d'armes et son entraînement », a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Contrairement aux autres grandes milices, ce groupe n'a aucune représentation politique, ce qui lui confère une plus grande liberté pour mener ses activités, défier le gouvernement et favoriser l'agitation au service du programme iranien », a-t-il ajouté.

La Kataib Hezbollah est née en 2003 de la fusion des forces de la Kataib Abou al-Fadl al-Abbas, la Kataib Karbala, la Kataib al-Sajjad, la Kataib Zeid Ibn Ali et la Kataib Ali al-Akbar.

Plusieurs commandants iraniens et libanais ont été chargés d'entraîner la Kataib Hezbollah, parmi lesquels Jihad Moughniyah, l'ancien leader du Hezbollah libanais tué en Syrie en 2015.

L'Iran a décidé de baptiser cette union la « Kataib Hezbollah » pour refléter sa similitude avec son allié, le Hezbollah libanais, pour tenter de rallier le soutien pour ses activités et renforcer la légitimité de sa présence.

De récentes estimations indiquent que la Kataib Hezbollah compterait quelque 7 000 combattants dans ses rangs, déployés pour l'essentiel dans l'ouest de l'Irak, le long de la frontière avec la Syrie, et dans d'autres parties de l'Irak. Près de 1 500 sont déployés en Syrie.

Le Département d'État américain a désigné cette milice comme un groupe terroriste en juillet 2009 et, le 26 février de cette année, a inscrit Ahmad al-Hamidawi, le successeur d'al-Mouhandis, sur cette liste.

Menace pour la paix civile

La Kataib Hezbollah a « une longue tradition de crimes et d'atteintes à la souveraineté de l'Irak et à la sécurité de la région », a expliqué le journaliste et politologue irakien Ziad al-Sinjari.

« Depuis sa fondation, ce groupe a cherché à dominer le processus de décision en Irak », a-t-il déclaré à Diyaruna, soulignant qu'il « représente encore une menace sérieuse pour la paix civile dans la mesure où il attise les conflits sectaires et l'agitation ».

Depuis 2014, la Kataib Hezbollah a été « impliquée dans le déplacement de pas moins de 50 000 civils dans le district administratif de l'ouest de Jurf al-Sakhr », au sud de Bagdad, dans la province de Babel, a-t-il indiqué.

Cette milice a enlevé des milliers de civils dans les régions libérées de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) pour « [les] enfermer dans les différentes prisons secrètes que compte ce district administratif », a poursuivi al-Sinjari.

La Kataib Hezbollah a fait de cette zone de non-droit « son quartier général, la rendant impénétrable, même pour les services de la sécurité de l'État », a-t-il continué.

« Les milices ont commis des crimes de guerre, notamment des actes de torture, des assassinats de prisonniers et des enterrements dans des charniers », a-t-il poursuivi.

La découverte de 31 corps non identifiés dans la région de Jourf al-Sakhr en août 2019 avait suscité l'indignation au sein de la population locale, qui avait pointé du doigt les groupes armés hors-la-loi.

Faire de l'Irak une rampe de lancement

Al-Sinjari a accusé la Kataib Hezbollah de « procéder à un nettoyage ethnique et de modifier la composition démographique » des populations dans les régions du pays libérées de l'EIIS. Il l'a également accusée « de faire de l'Irak une rampe de lancement pour menacer les pays voisins ».

La milice a lancé « des frappes de missiles constantes contre des bases militaires en Irak, où sont stationnés des conseillers de la coalition internationale, ainsi que contre des ambassades et des missions diplomatiques dans la Zone verte de Bagdad », a-t-il ajouté.

« Sa répression violente des manifestations irakiennes contre l'ingérence iranienne a révélé la véritable nature de cette milice, qui n'est rien d'autre qu'un gang souhaitant faire du tort aux Irakiens pour le bénéfice de l'Iran », a-t-il poursuivi.

« Les manifestations de la jeunesse en Irak ont fait échouer les plans de la Kataib Hezbollah de susciter le sectarisme et de mettre à mal l'identité nationale », a expliqué à Diyaruna l'expert en stratégie et analyste politique irakien Alaa al-Nashou.

« Les Irakiens sont pleinement conscients de ces plans et en sont révoltés, et rejettent la domination de ces milices pro-irakiennes et d'autres et leur ingérence dans les affaires intérieures de leur pays », a-t-il indiqué.

« L'Iran utilise ces milices comme autant d'outils dans sa confrontation indirecte avec les États-Unis et le reste du monde », a-t-il conclu. « Mais il ne souhaite absolument pas sacrifier ses propres forces miliciennes d'élite, notamment la Kataib Hezbollah, en s'engageant dans des batailles perdues d'avance qui pourraient être suicidaires. »

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