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Les combattants yéménites encouragés à libérer les prisonniers par crainte du coronavirus

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des prisonniers yéménites, qui appartiendraient aux forces du pays, embrassent le sol après leur libération par les Houthis de la prison centrale de Sanaa avant d'être remis à leurs familles, le 30 septembre 2019. [Mohammed Huwais/AFP]

Il est demandé à tous les belligérants dans le conflit au Yémen de libérer immédiatement tous les détenus et prisonniers politiques qu'ils détiennent afin de prévenir et d'atténuer les risques de contagion au nouveau coronavirus (COVID-19).

Dans une déclaration du 30 mars, le Groupe d'experts éminents internationaux et régionaux sur le Yémen du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a exprimé sa profonde inquiétude quant aux risques potentiels de propagation du COVID-19 au sein de la population carcérale.

Le secteur de la santé du Yémen, qui a été dévasté par cinq ans de guerre, fonctionne à moins de 50 % de sa capacité, selon le ministère de la Santé.

« Les prisonniers et les détenus au Yémen seraient particulièrement vulnérables et exposés à un risque important si le COVID-19 devait apparaître dans les prisons et autres lieux de détention », ont affirmé les experts.

Dans un rapport remis en septembre 2019 au Conseil des droits de l'homme, les experts ont noté « les conditions de détention épouvantables » que les enquêteurs avaient découvertes.

« La distance physique nécessaire et l'auto-isolement seront impossibles dans des installations aussi surpeuplées, ce qui permettra au virus de se propager rapidement au cas où il apparaîtrait », ont expliqué les experts dans leur déclaration du 30 mars.

« La déclaration du panel d'experts devrait s'adresser aux Houthis (Ansarallah) », a déclaré le vice-ministre des Droits de l'homme Nabil Abdoul Hafeez.

Il a rappelé à Al-Mashareq que le gouvernement yéménite avait exprimé sa volonté d'échanger des prisonniers avec la milice soutenue par l'Iran depuis l'Accord de Stockholm en décembre 2018.

La déclaration du groupe est en accord avec l'appel du Secrétaire général des Nations unies António Guterres pour un cessez-le-feu au Yémen afin de limiter la propagation du coronavirus, a-t-il ajouté.

La déclaration a adressé ses exigences aux deux camps, a-t-il noté, « alors qu'elle aurait dû les adresser aux Houthis, puisque ce sont eux qui sont intransigeants et qui reviennent sur leurs engagements ».

Campagne #SaveYemeniPrisoners

Le 31 mars, des militants et des groupes de défense des droits de l'homme au Yémen et à l'étranger ont lancé une campagne en ligne de deux jours intitulée #SaveYemeniPrisoners (Sauvez les prisonniers yéménites).

Cette campagne avait pour but de faire pression sur toutes les parties prenantes au Yémen afin qu'elles libèrent leurs détenus, compte tenu des mauvaises conditions de détention qui mettent en danger la vie des détenus.

La campagne « est avant tout humanitaire », a déclaré l'avocate et militante des droits de l'homme Huda al-Sarari à Al-Mashareq.

En plus de la campagne en ligne, elle cherche à recueillir des signatures pour une pétition demandant la libération de prisonniers et à publier une déclaration signée par les groupes de défense des droits de l'homme participants, a-t-elle précisé.

Cette campagne appelle les organisations internationales à faire pression sur les belligérants pour qu'ils libèrent les prisonniers, a-t-elle déclaré.

Elle transmet également ce message aux « forces de l'ordre, au ministère public, au pouvoir judiciaire et aux entités habilitées à libérer les prisonniers ».

« L'objectif de la campagne est d'obtenir la libération inconditionnelle des prisonniers d'opinion, des responsables politiques et des journalistes, ainsi que des personnes arrêtées sans aucun motif légal », a déclaré al-Sarari.

Les prisons yéménites dépassent leur capacité

Certaines provinces ont lancé leurs propres initiatives pour libérer des prisonniers, a rapporté al-Sarari, soulignant que les militants encouragent de telles initiatives.

« Les prisons yéménites sont au-delà de leur capacité d'absorption et manquent du niveau minimum d'exigences en matière de santé, de sécurité et de moyens de protection », a-t-elle déclaré.

Les prisonniers sont mal nourris, « souffrent de la propagation d'épidémies et de maladies, et ne bénéficient d'aucun soin de santé », a-t-elle ajouté.

Elle a appelé les organisations internationales et les partis qui parrainent le processus de paix au Yémen à faire pression sur les Houthis afin d'accélérer la libération des détenus avant qu'une épidémie ne se déclenche.

L'avocat et militant des droits de l'homme Abdoul Rahman Barman a également appelé la communauté internationale et l'ONU à « faire pression sur les Houthis pour qu'ils respectent leurs engagements en ce qui concerne la libération des détenus dans leurs prisons ».

C'est ce que prévoit l'Accord de Stockholm, a-t-il expliqué, en vertu duquel le gouvernement a accepté d'échanger des prisonniers avec les Houthis.

« Les détenus des prisons houthies, parmi lesquels des responsables politiques et des journalistes, ont été arrêtés à leur domicile sans véritables accusations, à part leur opposition à la milice affiliée à l'Iran ou à sa manipulation des institutions de l'État », a conclu Barman.

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