Sécurité

Le Yémen et les Nations unies condamnent les attaques houthies contre Riyad et Jizan

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Cette photo prise le 20 février montre une batterie de missiles Patriot à côté de la base aérienne Prince Sultan à al-Kharj, au sud de Riyad. La défense aérienne saoudienne a intercepté des missiles balistiques tirés par les Houthis sur Riyad et Jizan, le 28 mars. [Andrew Caballero-Reynolds/POOL/AFP]

Le gouvernement yéménite et les Nations unies ont condamné une série d'attaques de missiles contre l'Arabie saoudite déclenchées par les Houthis (Ansarallah) épaulés par l'Iran.

Ils ont décrit ces attaques comme une escalade militaire, et une tentative de porter atteinte à l'appel des Nations unies en faveur d'un cessez-le-feu pour lutter contre la pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19).

« La défense aérienne saoudienne a intercepté samedi 28 mars dans la soirée deux missiles balistiques tirés par les Houthis appuyés par l'Iran au Yémen en direction de la capitale Riyad et de la ville de Jizan, dans le sud du pays », a déclaré le colonel Turki al-Maliki, porte-parole de la coalition arabe.

« Deux civils ont été légèrement blessés par les débris d'un missile intercepté qui a explosé en l'air au-dessus d'un quartier résidentiel de Riyad », a-t-il précisé.

Les Houthis ont revendiqué ces attaques près de 15 heures après qu'elles ont été commises, a rapporté l'AFP, un porte-parole de la milice parlant de « la plus vaste opération de cette nature », alors que le Yémen entre dans sa sixième année de guerre.

Lundi, la coalition a indiqué qu'elle avait procédé à plusieurs frappes aériennes sur la ville de Sanaa tenue par les Houthis en représailles aux frappes de missiles sur Riyad.

Cette opération était destinée à détruire « des cibles militaires légitimes », notamment les capacités balistiques des Houthis qui « menacent les vies de civils », a indiqué la coalition dans un communiqué publié par l'agence officielle de presse saoudienne.

La chaîne de télévision Al-Masirah contrôlée par les Houthis a rapporté au moins 19 frappes aériennes sur plusieurs cibles à Sanaa, notamment plusieurs bases et une académie militaires.

Dans un communiqué publié dimanche, l'envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen Martin Griffiths a mis en garde contre la poursuite et l'escalade des activités militaires terrestres et aériennes au Yémen.

« Je suis consterné et déçu par ces actes, à un moment où les demandes de l'opinion publique yéménite en faveur de la paix sont unanimes et plus fortes que jamais », a-t-il déclaré.

« Le Yémen a besoin que ses responsables consacrent chaque minute de leur temps à prévenir et atténuer les conséquences potentiellement désastreuses d'une pandémie de COVID-19 », a-t-il ajouté, soulignant que les attaques sans discrimination touchant les civils ou des cibles civiles, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur du Yémen, sont illégales et répréhensibles.

Les Houthis ne montrent « aucun désir de paix »

Dans une déclaration diffusée par les médias locaux, le gouvernement yéménite a condamné cette « attaque terroriste » des Houthis contre l'Arabie saoudite, affirmant qu'elle montre que la milice épaulée par l'Iran « n'a aucun désir de paix » et n'a pas l'intention de mettre un terme à cette crise.

« La décision n'est pas entre leurs mains », a ajouté le gouvernement, pointant l'influence prépondérante de l'Iran.

Cette attaque contre le royaume est « une attaque terroriste avortée menée par les mercenaires de l'Iran », a déclaré le ministre yéménite de l'Information Mouammar al-Eryani aux médias locaux. « Cette attaque confirme que des armes iraniennes continuent d'affluer jusqu'aux Houthis. »

Le directeur du Centre Abaad d'études stratégiques Abdoul Salam Mohammed a expliqué à Al-Mashareq que les Houthis avaient au départ appuyé l'appel des Nations unies en faveur d'un cessez-le-feu, aux côtés du gouvernement yéménite et de la coalition arabe.

« Mais lorsque leur plan de prendre d'assaut Marib a échoué sur le terrain, ils ont fait empirer la situation en lançant des missiles sur l'Arabie saoudite », a-t-il ajouté.

« Les Houthis ont très bien compris que le monde était préoccupé par sa lutte contre la pandémie du coronavirus, et ils souhaitent élargir leur contrôle aussi rapidement que possible », a poursuivi Mohammed.

Les combats ont également empiré entre les Houthis et les troupes yéménites autour des districts stratégiques du nord d'al-Jawf et Marib, a rapporté l'AFP.

Lundi, les Houthis ont lancé l'assaut contre un important camp militaire gouvernemental à al-Jawf après de violents affrontements, selon des sources militaires yéménites.

L'Arabie saoudite menacée par des attaques

« L'annonce par l'Arabie saoudite qu'elle avait intercepté un missile en vol au-dessus de Riyad montre que la capitale saoudienne elle-même, et plus seulement les villes frontalières, est désormais à la portée des missiles houthis », a déclaré Mohammed.

Il a qualifié cette situation de « dangereuse évolution, car elle menace la sécurité de toute la région du Golfe, pas uniquement de l'Arabie saoudite ».

« Les Houthis sont un groupe armé qui a imposé son contrôle par la violence et les armes, et leur autorité ne peut être établie sans la guerre », a-t-il souligné. « Ils poursuivront donc leur offensive sur Marib. »

La milice « ne consentira pas à la paix tant qu'elle ne subira pas une sévère défaite militaire, comme la perte de l'une des provinces qu'elle contrôle », a-t-il ajouté. « Dans ce cas, ils seront contraints de rechercher la paix, ou au moins, d'arrêter leur escalade. »

L'escalade par les Houthis et leur attaque sur le sol saoudien coûtera à toutes les parties l'occasion de parvenir à la paix d'une façon qui permettrait à tous de sauver la face, a expliqué à Al-Mashareq le politologue Faisal Ahmed.

De plus, a-t-il poursuivi, « le coronavirus exige des efforts redoublés même dans les pays avancés, alors unifier les efforts de toutes les parties au conflit au Yémen et se préparer à lutter contre le virus doit être la priorité de tous ».

« Si le coronavirus se répand au Yémen, nous assisterons à une catastrophe d'une ampleur inimaginable, parce que les infrastructures de santé dans le pays ont été détruites par cinq années de guerre », a-t-il conclu.

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