Droits de l'Homme

Un tribunal contrôlé par les Houthis condamne à mort 35 députés yéménites

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des députés yéménites assistent à une session parlementaire à Sanaa sur cette photo du 13 août 2016, lorsque les Houthis ont réuni le parlement pour la première fois en presque deux ans, au mépris du gouvernement internationalement reconnu. [Mohammed Huwais/AFP]

Mardi 3 mars, un tribunal de Sanaa contrôlé par les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran a condamné 35 législateurs yéménites à mort et ordonné la confiscation de leurs biens, une décision qui, selon les experts, ne repose sur aucun fondement juridique.

Dans sa condamnation, qui fait partie d'une série de sentences prononcées contre ceux qui s'opposent aux Houthis, le tribunal a accusé les législateurs, dont le président de la Chambre des représentants et ses trois adjoints, de coopérer avec la coalition arabe.

Le 31 décembre, le même tribunal a condamné à mort le président Abdrabbo Mansour Hadi, le Premier ministre Moeen Abdoulmalik et l'ancien ministre des Affaires étrangères Khaled al-Yamani, et a confisqué leurs biens, les accusant de « haute trahison ».

Dans une déclaration à la presse, l'avocat à la tête de la défense, Abdoul Basset Ghazi, a indiqué que le président de la cour pénale, Moujahid al-Amdi, avait tenu une audience le 3 mars pour prononcer les sentences contre les 35 députés yéménites.

« Le tribunal a condamné les 35 députés à mort et a ordonné la confiscation de leurs biens mobiliers et immobiliers pour plusieurs chefs d'accusations, notamment soutien et assistance à la coalition arabe », a-t-il précisé.

La coalition arabe dirigée par l'Arabie Saoudite combat les Houthis aux côtés du gouvernement légitime du Yémen depuis mai 2015, après que les Houthis eurent organisé un coup d'État à Sanaa en mars de la même année.

Le député yéménite Mohammed Muqbel al-Humairi, l'un des condamnés, a déclaré que le tribunal n'a pas l'autorité nécessaire pour rendre un tel jugement, et n'est donc pas compétent.

Le Conseil judiciaire suprême avait auparavant transféré le mandat du tribunal de Sanaa à la cour pénale de Marib, a-t-il fait savoir.

« Je suis fier et honoré que mon nom figure sur cette liste de personnes condamnées par un tribunal houthi », a déclaré al-Humairi, qui est également le ministre d'État du gouvernement pour la Chambre des représentants et les Affaires du Conseil de la choura.

« Ce tribunal n'a aucune autorité légale, car il est dominé par une milice qui n'est pas reconnue par la communauté internationale », a-t-il ajouté.

Confiscation et intimidation

En prononçant de telles sentences, les Houthis cherchent à saisir les propriétés et les biens des législateurs en question, a déclaré à Al-Mashareq l'avocat et défenseur des droits Abdoul Rahman Barman.

Ils cherchent également à intimider les autres législateurs qui se trouvent encore dans les zones sous leur contrôle, pour les empêcher de rejoindre le parlement légitime, a-t-il ajouté.

Le parlement du Yémen s'est réuni à nouveau le 13 avril dernier après une interruption de quatre ans pour une session extraordinaire à Seiyun, une ville de la province de l'Hadramaout.

Les Houthis veulent que les législateurs yéménites continuent à participer aux sessions du parlement à Sanaa, qui est sous leur contrôle et qui met en œuvre leur programme et sert leurs intérêts en promulguant des lois, a expliqué Barman.

Il a noté que cette institution fonctionne avec moins de 100 membres, « pas assez pour constituer un quorum », et a souligné que 140 députés progouvernementaux ont participé à la session de Seiyun sous les auspices du gouvernement légitime.

« Le but de ce procès est de dire à la communauté internationale et à ceux qui traitent avec les Houthis que [la milice] est l'autorité de facto, qu'elle gouverne selon l'institution judiciaire et qu'elle a un parlement », a-t-il déclaré.

« Le but ultime pour eux est de montrer qu'ils gèrent des institutions de l'Etat et ne sont pas seulement un gang affilié à l'Iran », a déclaré Barman.

Mais « le tribunal n'a aucune autorité légale, et par conséquent les jugements qu'il rend ne valent pas l'encre avec laquelle ils sont écrits », a-t-il ajouté, précisant que « les députés qui ont été condamnés ne vivent pas dans les zones sous le contrôle des Houthis ».

La même cour a déjà prononcé des peines similaires contre 100 fonctionnaires, parmi lesquels Hadi et des ministres yéménites, a-t-il rapporté, soulignant que d'autres suivront certainement dans les jours à venir.

« Les Houthis préparent des actes d'accusation contre 2260 personnalités qui s'opposent à eux, et le procureur a déjà ordonné la confiscation de leurs biens », a-t-il déclaré.

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Que Dieu vous donne la victoire, O, Abou Jebril!

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