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Les pertes humaines du Hezbollah en Syrie mécontentent la base

Nohad Topalian à Beyrouth

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Des gens assistent aux funérailles du combattant du Hezbollah Abbas Jaafar, dans la région de Hermel dans l'est du Liban. Plusieurs combattants du Hezbollah ont été tués lors des récents combats dans les provinces syriennes d'Idlib et d'Alep. [Photo fournie par la National News Agency du Liban]

Alors que le Hezbollah continue de subir de lourdes pertes humaines et matérielles par suite de sa participation au conflit en Syrie, la colère qui gronde dans sa base au Liban commence à se faire entendre.

Il est désormais clair pour la base du parti que les actions du Hezbollah servent les desseins du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) de l'Iran et que leurs fils meurent pour une cause injuste, affirment les spécialistes.

L'implication du Hezbollah dans les conflits en Syrie, en Irak et au Yémen « fait qu'il subit de lourdes pertes humaines », a expliqué le spécialiste de la sécurité libanais Naji Malaeb.

Cela a suscité un mécontentement croissant au sein de sa base au Liban, car ses jeunes recrues se font tuer sur des théâtres de guerre étrangers, a-t-il ajouté pour Al-Mashareq.

Près d'une dizaine de combattants du Hezbollah sont morts lors des récents affrontements à Idlib et Alep, a-t-il poursuivi, bien qu'il reste encore à connaître le bilan définitif.

Les funérailles de Jaafar al-Sadiq, originaire de Harouf dans le sud du Liban, d'Ammar Darwish de Shukin et d'Abbas Jaafar et Abbas Taha de Hermel ont été organisées fin janvier, a rapporté la National News Agency libanaise.

Le mécontentement croissant au sein de la base du parti peut être attribué au fait que les parents sont convaincus « que leurs fils meurent pour des causes qui desservent l'Iran et son CGRI », a-t-il expliqué, et non leur propre pays.

Par ailleurs, des membres de la communauté chiite libanaise ont participé aux actions nationales de protestation qui ont rassemblé des personnes venues de toutes les sectes et de tous les horizons du pays pour une cause commune.

Avec ses tentatives de briser les manifestations, le Hezbollah a perdu de sa crédibilité, a continué Malaeb.

Ce sentiment est renforcé par « la hausse du sentiment qu'il est futile de continuer à se battre dans les guerres de la région et de subir encore plus de pertes humaines qui au total ne servent que les desseins iraniens », a-t-il ajouté.

Le Hezbollah cache ses pertes

Le Hezbollah poursuit son engagement dans la guerre en Syrie, aux côtés du régime syrien, a indiqué à Al-Mashareq Hassan Qutb, directeur du Centre libanais de recherches et de consulting.

Le régime syrien a lancé une offensive brutale dans les provinces du nord-ouest d'Idlib et d'Alep qui a déclenché des déplacements de population massifs, de nombreuses pertes parmi les civils et suscité une large inquiétude internationale.

« Les pertes subies par les milices affiliées au régime sont énormes, comme le reconnaissent les sites Internet officiels de ces milices », a indiqué Qutb.

Bien que le Hezbollah fasse partie des milices ayant subi de lourdes pertes, a-t-il ajouté, « il doit encore admettre officiellement avoir subi des pertes, morts ou blessés, malgré sa forte participation aux combats ».

Mais la mort de cinq combattants du Hezbollah, dont un commandant, a été diffusée sur les réseaux sociaux, qui ont « publié leurs noms, leurs photos et d'où ils venaient », a-t-il ajouté.

Le Hezbollah « a pour politique de ne pas divulguer le nombre de morts ni les fronts sur lesquels ses combattants sont tombés, pour préserver la stabilité de son front intérieur », a poursuivi Qutb.

Mais ce « front intérieur », la base libanaise du parti, « commence à s'effriter en constatant les lourdes pertes humaines et matérielles » et la poursuite de l'engagement du Hezbollah dans le conflit syrien, a continué Qutb.

Concernant les manifestations en cours, a-t-il ajouté, l'opinion publique libanaise « sent maintenant que la crise économique dans laquelle le Liban est plongé a été le fruit des politiques étrangères du Hezbollah et de son implication dans des conflits armés ».

Ces politiques ont négativement impacté les relations extérieures du Liban et son économie, a-t-il indiqué, et ont fait peser le risque de sanctions.

Les justifications sonnent creux

La base qui soutient le Hezbollah « a commencé à serrer la vis en raison de ses guerres absurdes hors du Liban », a expliqué à Al-Mashareq Hussein Ezzedine, membres du Mouvement de la réforme chiite.

« Le slogan prétendant que [la défense] des sanctuaires et du djihad soutient les plus vulnérables est devenu obsolète, car tous les fidèles du parti et ses alliés sont désormais conscients que son programme n'est qu'une mission iranienne », a-t-il expliqué.

Le parti « ne se préoccupe pas du Liban, c'est simplement un champ de bataille qu'il peut enflammer ou menacer d'enflammer quand il le veut », a-t-il ajouté.

Après avoir combattu en Syrie pendant de nombreuses années pour le compte du régime, sous la responsabilité de l'Iran, « les familles des éléments du Hezbollah sont amèrement déçues », a-t-il raconté, soulignant que plusieurs milliers de chiites libanais avaient été tués dans ce conflit.

Mais leur engagement idéologique et religieux en faveur de la doctrine de la Wilayat al-Faqih (Tutelle du Juriste), qui appelle à l'allégeance au Guide suprême iranien Ali Khamenei, « a tempéré leur colère », a-t-il indiqué.

Pour Ezzedine, il était notable que lors des funérailles des trois combattants du Hezbollah les plus récemment tués, « il n'y avait pas foule ».

« Les seules personnes présentes étaient les responsables politiques du Hezbollah et des habitants des villes d'origine des combattants tués », a-t-il dit.

« Les alliés du parti, le mouvement Amal et ceux qui normalement assistent aux rassemblements du parti étaient notoirement absents », a-t-il précisé.

Ceux qui étaient proches du parti estimaient que le commandement iranien agissait comme si le Hezbollah était « simplement un outil qui exécute [les ordres] sans discussion », a conclu Ezzedine.

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Encore une fois, vous avez dit quelque chose d'insignifiant.

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