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Les Houthis du Yémen possèdent de nouvelles armes, selon l'ONU

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Le vice-secrétaire américain aux Affaires du Proche-Orient David Schenker (2e à partir de la droite) inspecte des armes iraniennes qui auraient été saisies par les forces saoudiennes aux Houthis du Yémen, lors d'une visite sur une base militaire à al-Kharj, dans le centre de l'Arabie saoudite, le 5 septembre 2019. [Fayez Nureldine/AFP]

Les Houthis (Ansarallah) sont en possession de nouvelles armes similaires à celles fabriquées en Iran, selon un récent rapport, confirmant l'intervention du régime iranien dans la guerre au Yémen pour y poursuivre son propre programme, expliquent des experts.

Les preuves fournies par ce rapport des Nations unies, que l'AFP a pu se procurer le 31 janvier, constituent une violation potentielle d'un embargo onusien sur les armes.

Certaines de ces nouvelles armes, que les Houthis possèdent depuis 2019, présentent « des caractéristiques techniques similaires aux armes fabriquées en République islamique d'Iran », affirme ce rapport compilé par un groupe d'experts des Nations unies chargé de superviser cet embargo.

Ce groupe n'a pas précisé si ces armes avaient été remises aux Houthis directement par le gouvernement iranien, qui a à plusieurs reprises réfuté leur envoyer des armes.

« En plus des systèmes d'armes que l'on connaissait précédemment, ils utilisent un nouveau type de véhicule aérien sans équipage de conception Delta et un nouveau modèle de missile de croisière d'attaque terrestre », a affirmé ce document.

Ces armes, ainsi que des pièces commerciales qui entrent dans leur composition, ont potentiellement constitué une violation de cet embargo, selon ce document.

Les experts ont de plus ajouté que la revendication des Houthis selon laquelle ils avaient mené les attaques contre deux installations pétrolières saoudiennes clés le 14 septembre était « improbable ».

Plusieurs pays, dont les États-Unis, ont exclu la capacité des Houthis à mener de telles attaques, et ont accusé l'Iran, qui a réfuté toute implication.

Le panel d'experts a de plus indiqué avoir identifié un « réseau houthi impliqué dans la répression des femmes opposées aux Houthis, y compris par l'usage de violences sexuelles ».

« Des violations du droit humanitaire international et de la législation internationale en matière de droits de l'homme sont commises à grande échelle et en toute impunité par toutes les parties au Yémen », a poursuivi ce rapport.

Les routes du trafic

Les Houthis ont obtenu des armes du régime iranien par les routes de la contrebande qu'il utilise pour trafiquer des armes, de la drogue et des armes à la milice, a expliqué à Al-Mashareq le politologue Waddah al-Jalil.

« L'Iran envoie également des experts militaires et en sécurité qui fournissent un soutien technique et logistique au Houthis », a-t-il continué.

Au début de la guerre en 2015, les Houthis ne possédaient ni roquettes sophistiquées ni drones, a-t-il rappelé, « mais après quelques années de guerre, et avec l'intervention permanente de l'Iran par le canal de la contrebande, les Houthis ont acquis des armes modernes, qui leur permettent d'engranger des avancées stratégiques ».

Le trafic d'armes en direction des Houthis s'opère via deux routes dans l'est du Yémen, à la frontière avec Oman, a expliqué al-Jalil.

Des cellules secrètes aident ensuite à transporter ces armes en empruntant des zones contrôlées par le gouvernement légitime et les remettent aux Houthis, a-t-il ajouté.

Le gouvernement et la coalition arabe ont fait échouer plusieurs de ces tentatives de contrebande, mais « il est difficile de les arrêter toutes parce qu'elles passent par de vastes zones désertiques, des chaînes montagneuses et des collines qui s'étirent de la frontière d'Oman aux provinces d'al-Jawf et de Sanaa », a-t-il poursuivi.

Oman est un farouche partisan des efforts visant à amener les parties au conflit au Yémen à la table des négociations, mais de l'avis des experts, il est possible que les contrebandiers opèrent dans des zones reculées sans la connaissance ni le consentement du sultanat.

Non-respect de l'embargo sur les armes

Pour sa part, Abdoul Salam Mohammed, directeur du Centre Abaad d'études et de recherches, a déclaré que les unités 190 et 400 de la Force al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (FQ-CGRI) supervisent le trafic et la livraison des armes démontées, qui sont assemblées après être parvenues dans les zones contrôlées par les Houthis.

« L'Iran dispose d'une route de contrebande par la mer Méditerranée et une autre via l'océan Indien qui est utilisée pour faire parvenir les armes à la frontière avec Oman ou vers la Corne de l'Afrique, d'où elles sont transportées à bord de petites embarcations vers les îles yéménites », a-t-il indiqué.

« Une fois sur place, des experts iraniens les assemblent et entraînent les Houthis à leur maniement et à leur utilisation », a-t-il ajouté.

Les roquettes et les drones utilisés par les Houthis sont similaires à ceux fabriqués en Iran, a-t-il poursuivi, notamment le Qasef, qui est similaire à l'Ababil de fabrication iranienne, l'al-Najim al-Thaqib, similaire à l'Eqab iranien, et le Zelzal, utilisé par les deux parties.

L'Iran a violé l'embargo sur les armes au Yémen et tente d'imposer une nouvelle réalité militaire favorable aux Houthis et qui permette de réaliser les desseins du régime de Téhéran dans la région, a ajouté Mohammed.

« Les Houthis ont été en mesure de frapper des cibles stratégiques de l'armée yéménite et des installations en Arabie saoudite grâce à des armes intelligentes fournies par l'Iran », a-t-il conclu.

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