Sécurité

Les incursions russes dans l'est de la Syrie entravent la lutte contre l'EIIS

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Les forces spéciales russes dans le nord d'Hama, en Syrie, en mai 2017. [Photo de Fars News Agency]

Les incursions militaires russes dans l'est de la Syrie perturbent les efforts des Forces démocratiques syriennes (FDS) et de la coalition dirigée par les États-Unis pour lutter contre « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), affirment des responsables militaires et des analystes locaux.

« Les forces russes en Syrie étendent leur présence sur le terrain depuis un certain temps et ont poussé leur rayonnement à de nombreuses zones dans l'est de la Syrie, à savoir les zones contrôlées par les FDS, qui sont soutenues par la coalition internationale », a déclaré à Diyaruna l'officier des FDS Farhad Khoja.

Ces zones sont considérées comme des « points chauds » en raison de la prolifération des cellules dormantes et des loups solitaires de l'EIIS, a-t-il fait savoir.

« L'incursion russe est devenue une entrave aux opérations militaires et de renseignement », car le chevauchement des forces sur le terrain affaiblit « l'emprise solide que les FDS avaient auparavant sur la sécurité », a déclaré Khoja.

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Le président russe Vladimir Poutine et le président syrien Bachar el-Assad lors d'une réunion le 7 janvier 2020 au quartier général des forces russes dans la capitale syrienne de Damas. [Alexey Nikolsky/Sputnik/AFP]

Les incursions russes s'étendent du « désert de Palmyre à Deir Ezzor et son désert, et au nord-est de la Syrie, jusqu'à Qamishli », a-t-il indiqué.

La présence de troupes russes dans la région permet aux éléments de l'EIIS de se déplacer, de sécuriser les approvisionnements logistiques et de mener des attaques terroristes sporadiques, a-t-il ajouté.

La Russie « ouvre la porte à de nouveaux conflits »

« Les forces russes ne se sont pas contentées d'étendre leur propre présence », a-t-il déclaré. « Elles font également des tentatives persistantes pour établir de nouvelles milices qui leur sont affiliées en utilisant des incitations financières, en se concentrant principalement sur les zones contrôlées par les FDS ».

« Cela entrave les déplacements des FDS sur le terrain dans la conduite des opérations antiterroristes et aura des répercussions négatives majeures dans un avenir proche. »

Cela créera également des « tensions entre les nouveaux mercenaires soutenus par la Russie et les FDS d'une manière qui sert les ambitions russes », a-t-il souligné.

Avec ces actions, la Russie enfreint les règles d'engagement dans la région, car il s'agit d'une zone entièrement militarisée, même si l'EIIS n'y a plus de présence visible, a déclaré le journaliste syrien Mohammed al-Abdoullah.

La présence de la Russie entrave même toutes les opérations militaires et de surveillance, a-t-il déploré.

Les mesures prises par la Russie « servent considérablement les intérêts des terroristes en entretenant l'état de tension dans ces régions, ce qui annule les déclarations russes précédentes selon lesquelles elle intervient pour servir la Syrie, assurer sa sécurité et mettre fin à l'état de guerre », a expliqué al-Abdoullah.

« Ces incursions ouvrent la porte à l'émergence de nombreux nouveaux conflits qui n'existaient pas pendant toute cette guerre de huit ans », a-t-il affirmé.

L'un des objectifs non déclarés de la Russie est d'obtenir l'accès aux vastes ressources naturelles de la Syrie qui demeurent inexploitées, mais dont l'existence a été confirmée par des études dans ces régions, a déclaré Al-Abdoullah.

Les plans expansionnistes de la Russie

Tout au long de la guerre, la Russie a utilisé des moyens allant de la force militaire à la diplomatie créative pour se placer en tant qu'acteur central en Syrie.

Elle a protégé le président Bachar el-Assad contre les sanctions de l'ONU et a envoyé des troupes russes pour soutenir ses forces.

« La vitesse à laquelle les forces russes se déplacent vers l'est et le nord-est de la Syrie indique clairement la volonté du Kremlin d'oublier tous les accords précédents », a déclaré le chercheur politique Abdoul Nabi Bakkar.

La première raison est géopolitique, car la Russie veut étendre sa présence et son contrôle géographique, a-t-il expliqué à Diyaruna. Le deuxième facteur est le désir de la Russie de concurrencer les États-Unis.

La troisième raison, la plus grave, est de perturber les opérations militaires menées contre l'EIIS dans la région, a-t-il indiqué, ajoutant que la survie de l'EIIS crée un état de tension constante dans la région, qui sert et favorise les intérêts et les plans expansionnistes de la Russie.

Une autre raison est l'alliance de la Russie avec l'Iran et le désir du Corps des Gardiens de la révolution islamique de sécuriser les routes terrestres entre l'Iran et la Syrie à travers l'Irak, a conclu Bakkar.

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