Analyse

La mort de Soleimani porte un coup aux Houthis du Yémen

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Un Yéménite marche à Sanaa le 8 janvier sous une affiche du feu commandant militaire iranien Qasem Soleimani. [Mohammed Huwais/AFP]

La mort du général de division Qassem Soleimani, commandant de la Force Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (FQ-CGRI), aura des répercussions négatives sur les capacités militaires des Houthis (Ansarallah), ont affirmé des analystes yéménites.

La perte de Soleimani constitue un grave revers pour la volonté de la milice yéménite de poursuivre la mise en œuvre de ses plans expansionnistes, ainsi que ceux du régime iranien, ont-ils déclaré à Al-Mashareq.

Le 3 janvier, les États-Unis ont annoncé avoir tué Soleimani, ainsi que le chef adjoint des Forces de mobilisation populaire irakiennes, Abou Mahdi al-Mohandis, dans une attaque contre leur cortège à l'aéroport international de Bagdad.

« La mort de Soleimani est une grande perte pour l'Iran et ses intermédiaires dans la région, en particulier les Houthis au Yémen », a expliqué à Al-Mashareq le directeur du Centre Abaad d'études et de recherches, Abdoul Salam Mohammed.

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Un combattant fidèle aux Houthis du Yémen, aux commandes d'une mitrailleuse à l'arrière d'une camionnette lors d'une réunion tribale à Sanaa le 21 septembre. [Mohammed Huwais/AFP]

Soleimani « était à la tête du projet d'expansion de l'Iran dans la région et était chargé de le gérer et de la planifier, en plus de superviser la mise en œuvre de ses plans militaires et de fournir des armes à ses intermédiaires grâce à la contrebande », a-t-il précisé.

« Soleimani est celui qui a soumis quatre capitales arabes à l'influence iranienne par le biais de ses milices dans ces pays », a-t-il ajouté, notant que sa mise à mort a été « une nouvelle choquante pour l'Iran et ses intermédiaires dans la région ».

Revers majeur pour les Houthis

Quant à l'impact direct sur les Houthis, Mohammed a déclaré que Soleimani avait exercé une grande influence quant aux opérations et à l'expansion des Houthis au Yémen, qu'il supervisait depuis le début.

Il a également joué un rôle essentiel pour déterminer leur stratégie opérationnelle, et il leur a fourni un soutien logistique, des armes, de l'argent et des experts, a indiqué Mohammed.

Soleimani accordait une grande importance aux Houthis, a-t-il déclaré, car à travers eux l'Iran cherchait à renforcer son contrôle sur les voies navigables de la région.

Par le biais des Houthis, a-t-il expliqué, l'Iran, qui est positionné sur le détroit d'Ormuz, porte du golfe Arabique, espère prendre le contrôle du détroit stratégique de Bab-el-Mandeb, à l'entrée de la mer Rouge.

En lançant des attaques contre l'Arabie saoudite, rivale de l'Iran, les Houthis servent mieux les intérêts de l'Iran que leurs homologues dans d'autres pays de la région, a-t-il ajouté.

Du point de vue des Houthis, a poursuivi Mohammed, la mort du commandant de la FQ-CGRI est vue comme « un revers et une perte majeurs ».

« Si les Houthis soutiennent imprudemment les appels de l'Iran à répondre 0 l'assassinat de Soleimani et à compromettre les intérêts américains, ils seront confrontés à des frappes américaines directes, et la perte sera donc double », a-t-il précisé.

Quant à ceux qui succéderont à Soleimani, a déclaré Mohammed, les autres chefs militaires iraniens feront preuve de prudence, par crainte de subir le même sort, ce qui affaiblira les Houthis et les autres groupes affiliés au CGRI dans la région.

« La même chose est vraie pour les dirigeants houthis », a-t-il fait savoir, notant que s'ils choisissent de riposter contre les intérêts américains dans la région, leurs leaders pourraient subir le même sort que Soleimani.

Malgré cela, l'analyste politique Wadih Atta a déclaré à Al-Mashareq que les Houthis feront « tout ce qu'ils peuvent pour prouver leur loyauté » au régime iranien.

« Confusion à tous les niveaux »

Soleimani était « le cerveau derrière le mouvement houthi, planifiant toutes ses guerres et supervisant également les assassinats à Sanaa, y compris les actions du coup d'État en septembre 2014 », a indiqué l'analyste politique Faisal Ahmed à Al-Mashareq.

Son importance pour les Houthis est visible dans les réactions de ses dirigeants, dont Abdoul-Malik al-Houthi, qui ont souligné l'importance d'une réponse à l'assassinat de Soleimani, a indiqué Ahmed.

L'assassinat de Soleimani aura marqué « le début de l'effondrement des Houthis, car il supervisait leurs plans militaires pour les attaques contre les sites saoudiens et la bataille pour Sanaa », a-t-il déclaré.

Il avait supervisé la formation des chefs de cette milice, « que ce soit en Iran ou en leur envoyant des experts et en leur fournissant des technologies modernes, comme des drones et des missiles, ce qui a facilité le succès de leurs attaques contre des sites saoudiens », a-t-il fait savoir.

Ces attaques comprenaient des cibles économiques et militaires, et ont également causé la mort de civils innocents, a noté Ahmed.

« Quand un mouvement perd soudainement la personne qui le soutient, il perd la moitié de son pouvoir, parce qu'il va connaître la confusion à tous les niveaux », a-t-il déclaré.

Après la mort de Soleimani, « nous allons assister à un déclin progressif des capacités militaires des Houthis, même s'ils essaient de montrer le contraire en menant des opérations militaires avec des missiles », a conclu Ahmed.

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