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Téhéran : l'Iran remet l'ambassade du Yémen aux Houthis, déclenchant un torrent de réactions

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Le président iranien Hassan Rohani lors d'un discours de présentation du nouveau budget pour l'exercice fiscal qui débutera fin mars 2020 à Téhéran, le 8 décembre. L'Iran a récemment floué le droit international en remettant l'ambassade du Yémen à Téhéran à la milice houthie. [Stringer/AFP]

La remise par le régime iranien de l'ambassade du Yémen à Téhéran au représentant des Houthis (Ansarallah) constitue une violation majeure du droit international, ont expliqué des experts à Al-Mashareq.

Elle souligne aussi le rôle subversif de l'Iran au Yémen, où il soutient une milice qu'il utilise pour promouvoir ses visées expansionnistes dans la région aux dépens du peuple yéménite, ont-ils ajouté.

L'Iran a officiellement reconnu le représentant des Houthis à Téhéran au poste d'ambassadeur fin novembre, déclenchant une vague de condamnations de la part du gouvernement yéménite et de la Ligue arabe.

Les Houthis avaient initialement annoncé la nomination d'un « ambassadeur de la République du Yémen » à Téhéran, en la personne d'Ibrahim Mohammed Mohammed al-Dailami, fin août

Le président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi avait rompu les liens avec l'Iran en octobre 2015 et fermé l'ambassade du Yémen à Téhéran, après avoir accusé Téhéran de fournir une aide militaire aux Houthis.

Violation du droit international

« Cette initiative iranienne, bien qu'elle ne soit pas surprenante pour un tel régime, constitue une violation du droit international et de la Charte des Nations unies », a déclaré à Al-Mashareq le vice-ministre yéménite de l'Information Abdoul Basit al-Qaidi.

Elle prouve l'ingérence de l'Iran au Yémen et confirme son engagement dans le soutien aux Houthis, alimentant par là-même le conflit et prolongeant la guerre, a-t-il continué.

« Le gouvernement du Yémen a contacté les Nations unies sur la question, et nous attendons une position ferme qui mettra un terme à cette situation extraordinaire et condamnera l'hostilité de l'Iran envers le Yémen », a-t-il poursuivi.

Le secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit a condamné dans une déclaration la reconnaissance par l'Iran de la milice houthie comme représentant du Yémen en Iran et la remise du siège de sa mission diplomatique à Téhéran.

Cette initiative constitue « une violation flagrante des normes de la diplomatie, de la Charte des Nations unies, de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et de la Résolution 2216 du Conseil de sécurité », a-t-il déclaré le 20 novembre.

La décision iranienne représente « un comportement belligérant et une violation de la souveraineté du Yémen », a déclaré le président du Parlement arabe Mishaal bin Fahm al-Salmi le 21 novembre.

Elle vise à bloquer les efforts pour parvenir à une solution politique au conflit du Yémen et représente une menace pour la paix et la sécurité dans la région, a-t-il ajouté.

Menace pour la stabilité régionale

« La tragédie que vit le Yémen peut être attribuée aux ingérences de l'Iran », a déclaré pour sa part à Al-Mashareq l'ancien ministre yéménite des Affaires étrangères Abdoulmalek al-Mikhlafi.

Le régime iranien « a appuyé un coup d'État qui ne visait pas uniquement le gouvernement légitime, mais aussi la coexistence pacifique, la sécurité et la stabilité au Yémen », a-t-il ajouté.

La remise de l'ambassade à Téhéran aux Houthis a pour but de priver le Yémen de ses ressources et de faire passer ce pays d'un État de droit à un « État de non-droit » de milices, ce qui est le but de l'Iran dans chaque pays dans lequel il intervient, a-t-il poursuivi.

Cette décision « n'a rien d'une surprise en ce que le régime iranien est un acteur majeur de la violence au Yémen », a déclaré Mohammad al-Nusairi, spécialiste des affaires yéménites, à Al-Mashareq.

« Les armes et les missiles de l'Iran parviennent aux Houthis, et il est désormais parfaitement clair que l'Iran prolonge la crise », a-t-il ajouté.

Cette initiative est toutefois « une confirmation importante du rôle infâme et sanguinaire de l'Iran, non seulement au Yémen, mais dans toute la région », a-t-il conclu.

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