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La « conspiration » contre l'Iran insulte son peuple, affirment des analystes

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Des manifestants iraniens mettent le feu à deux motos appartenant aux forces de sécurité. [Photo via Fars News]

Les dirigeants iraniens insultent l'intelligence du peuple iranien en publiant des déclarations dans lesquelles ils prétendent que la vague actuelle de manifestations est une « conspiration ennemie », ont affirmé des analystes à Al-Mashareq.

Tout cela est complètement faux, ont-ils déclaré, et le régime iranien le sait bien.

Des manifestations ont éclaté dans tout le pays le 15 novembre après que le régime iranien a brusquement augmenté le prix du carburant.

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Des officiers du CGRI participent à une contre-manifestation progouvernementale organisée par le régime iranien. [Photo de Fars News]

Dans la répression qui a suivi, les autorités iraniennes auraient tué plus de 1000 personnes, ont indiqué les États-Unis la semaine dernière, Amnesty International ayant pour sa part estimé qu'au moins 208 personnes avaient trouvé la mort dans ces manifestations.

Le président Hassan Rohani a ignoré ces protestations, les qualifiant de « conspiration ennemie ».

La déclaration de Rohani et la réponse d'autres dirigeants iraniens aux manifestations témoignent du mépris du régime iranien pour les droits et les opinions du peuple iranien, a déclaré à Al-Mashareq Fathi al-Sayed, spécialiste des affaires iraniennes.

Cette attitude est « rabaissante », a poursuivi al-Sayed, qui est affilié au Centre al-Sharq d'études régionales et stratégiques, notant que le régime au pouvoir est pleinement responsable de la création des conditions qui ont conduit aux manifestations.

Le régime iranien a donné la priorité à ses politiques expansionnistes au détriment de son peuple, qui souffre à cause de cela, a-t-il rapporté, alors que le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) continue de financer ses affiliés.

Ces groupes servent les intérêts du CGRI aux dépens de la population, a-t-il déploré.

« Des informations effroyables nous parviennent sur l'usage excessif de la force et des tirs à balles réelles pour dissuader les manifestants », a-t-il déclaré.

Les tentatives du régime iranien d'imputer le soulèvement populaire à l'ingérence étrangère sous-estiment l'intelligence du peuple iranien et de la communauté internationale, a déclaré le politologue Ali Narimani à Al-Mashareq.

Le peuple iranien est confronté à des conditions sociales et économiques difficiles, et il sait « très bien » qui est descendu dans la rue et pourquoi, a-t-il indiqué.

« La grande majorité des manifestants sont des jeunes, qui sont les plus durement touchés par la détérioration de la situation », a ajouté Narimani.

Le CGRI promeut la « théorie du complot »

Le soulèvement en Iran se poursuit, bien qu'à une intensité moindre que lorsqu'il a éclaté, en raison de la répression des autorités contre les manifestants, a rapporté à Al-Mashareq Hossein Shayan, un dissident iranien originaire de Téhéran.

« Le nombre de personnes arrêtées dans toutes les provinces se compte par centaines, et les centres de détention et les prisons regorgent de dissidents pacifiques », a-t-il fait savoir.

Pendant ce temps, le nombre de morts continue d'augmenter.

Vendredi, les Nations unies ont indiqué qu'au moins 7000 personnes auraient été arrêtées en Iran et ont appelé à la libération immédiate des personnes détenues arbitrairement.

Les récentes déclarations de Rohani peuvent être perçues comme « une autorisation pour tuer les Iraniens qui rejettent leur réalité actuelle », a indiqué Shayan.

Ces déclarations justifient le recours excessif à la force par les forces de sécurité et les forces paramilitaires de Basij fidèles au CGRI, a-t-il poursuivi, au prétexte que les manifestations menacent la stabilité de la République islamique.

« Cette tactique a été utilisée par le CGRI depuis qu'il s'est emparé du pouvoir pour écraser la dissidence politique et populaire », a-t-il expliqué.

Elle a été utilisée lors des manifestations en Irak, où des groupes liés au CGRI ont réprimé les manifestations, a-t-il ajouté, et au Liban, où la même rhétorique de « conspiration étrangère » est utilisée pour justifier les actions du Hezbollah.

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