Manifestations

L'actrice exilée Farahani dénonce un « massacre » en Iran

AFP

image

L'actrice et chanteuse iranienne Golshifteh Farahani lors de la 18e édition du Festival international du film de Marrakech le 2 décembre à Marrakech. [Fadel Senna/AFP]

L'actrice iranienne en exil Golshifteh Farahani a condamné ce qu'elle a qualifié de « massacre » dans son pays natal, lequel a été ébranlé par une vague de manifestations meurtrières.

Farahani est la première actrice iranienne à jouer dans un film hollywoodien depuis la révolution de 1979.

Les États-Unis ont fait savoir jeudi 5 décembre que les autorités iraniennes pourraient avoir tué plus de 1000 personnes dans la répression des manifestations qui ont commencé le 15 novembre, après l'augmentation brutale du prix du carburant par le gouvernement.

Selon Amnesty International, au moins 208 personnes ont trouvé la mort dans ces manifestations.

« C'est un massacre, et des centaines de personnes ont été tuées », a déclaré Farahani en marge du Festival international du film de Marrakech.

« J'ai appris à ne pas rêver quand il s'agit de l'Iran. Nous ne pouvons pas savoir ce qui se passera demain », a-t-elle indiqué.

« Je ne m'attendais pas à ce que le prix de l'essence triple du jour au lendemain. Je sais aussi que la population souffre économiquement, politiquement et démocratiquement. Et quand les gens souffrent, la situation peut rapidement exploser », a-t-elle déclaré.

Farahani, fille du célèbre réalisateur Behzad Farahani, a froissé les autorités iraniennes lorsqu'elle est apparue dans le thriller d'espionnage « Body of Lies » de Ridley Scott en 2008 aux côtés de Leonardo DiCaprio.

Elle s'est exilée, d'abord aux États-Unis, puis en France, où elle vit actuellement.

« Être en exil, c'est comme être dans un océan. Votre seule option est de nager, sinon vous mourez », a-t-elle déclaré, ajoutant qu'elle ne pouvait pas revenir en Iran.

« À cause de mes films, parce que je suis une femme, parce que je ne porte pas le voile », a-t-elle expliqué. « Tout ce que j'ai fait quand j'ai quitté l'Iran est devenu un acte politique, alors que ce n'était pas le cas. »

« Je n'étais pas politicienne ou militante. J'étais juste une actrice. Une femme actrice. Si j'étais un homme, j'aurais pris un chemin différent », a-t-elle ajouté.

« Graves violences » contre les manifestants

Les Nations unies ont indiqué vendredi qu'au moins 7000 personnes auraient été arrêtées en Iran depuis le début des grandes manifestations le mois dernier, et ont appelé à la libération immédiate des personnes détenues arbitrairement.

Le bureau des droits de l'homme de l'ONU a également fait savoir dans un communiqué qu'il avait pu obtenir des « vidéos vérifiées » montrant les forces de sécurité tirant sur des manifestants, apparemment avec l'intention de tuer.

Le bureau des droits de l'homme a ajouté qu'il disposait « d'informations suggérant qu'au moins 208 personnes ont été tuées » pendant les troubles, ce qui confirme le précédent bilan d'Amnesty International.

« D'autres informations, que le bureau des droits de l'homme de l'ONU n'a pas encore été en mesure de vérifier, suggèrent que le nombre de morts est de plus du double », a indiqué le communiqué.

La Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a déclaré que la vidéo obtenue par son bureau montre que « de graves violences ont été utilisées contre les manifestants ».

« Nous avons également reçu des images qui semblent montrer les forces de sécurité en train de tirer sur des manifestants non armés par derrière alors qu'ils s'enfuient, et de tirer sur d'autres personnes directement dans le visage et les organes vitaux ; en d'autres termes, de tirer pour tuer », a déclaré Bachelet.

Des vidéos supplémentaires montrent des « membres armés des forces de sécurité tirant depuis le toit d'un bâtiment du ministère de la Justice » à Javanrud, dans la province de Kermanshah, ainsi que des tirs depuis des hélicoptères à Sadra, dans la province de Fars.

L'Iran n'a toujours pas communiqué de chiffres globaux sur le nombre de personnes tuées ou arrêtées lorsque les forces de sécurité sont intervenues pour réprimer les troubles.

Bachelet a déclaré que « beaucoup des manifestants arrêtés n'ont pas eu accès à un avocat », s'inquiétant des « informations faisant état d'une grave surpopulation et de conditions difficiles dans les centres de détention ».

« J'appelle les autorités à libérer immédiatement tous les manifestants qui ont été arbitrairement privés de liberté », a-t-elle déclaré.

Aimez-vous cet article?
1
0 COMMENTAIRE (S)
Politique Commentaire