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L'Iran et la Syrie tentent de contourner les sanctions avec une banque commune

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Le gouverneur de la Banque centrale d'Iran, Abdolnasser Hemmati (à droite), et le gouverneur de la Banque centrale de Syrie, Hazem Qarfoul, se sont rencontrés le 2 septembre à Téhéran, où ils ont accepté d'étendre les relations bancaires entre les deux pays. [IRNA]

Le renforcement de la coopération entre les banques centrales de Syrie et d'Iran et la création d'une banque commune est une tactique évidente pour contourner les sanctions imposées aux deux pays par les États-Unis et plusieurs pays européens, préviennent des analystes.

Une telle coopération pourrait permettre des transactions bancaires douteuses et le transfert de fonds générés par des activités commerciales illégales menées par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien, dont les bénéfices financent des milices armées dans toute la région, ont-ils expliqué.

« De nombreux accords bilatéraux qui ont fait l'objet de discussions et de rencontres entre responsables iraniens et syriens au cours de la période écoulée ont été mis au premier plan pour faire avancer leur mise en œuvre, notamment la création d'une banque syro-iranienne commune », a fait savoir le journaliste syrien Mohammed al-Abdoullah à Al-Mashareq.

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Le stand d'une entreprise iranienne à la Foire Internationale de Damas, qui s'est tenue du 28 août au 6 septembre et qui était dominée par des entreprises iraniennes. [Photo fournie par SANA]

Cette banque commune a été annoncée lors d'une réunion entre le gouverneur de la Banque centrale de Syrie, Hazem Qarfoul, et le gouverneur de la Banque centrale d'Iran, Abdolnasser Hemmati, à Téhéran le 2 septembre.

« Outre la banque commune, les discussions ont également porté sur l'activation de la coopération entre les banques iraniennes et syriennes, l'échange d'expertise et le transfert d'expertise technique bancaire iranienne vers la Syrie pour faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays », a-t-il rapporté.

En signant ces accords, l'Iran souhaite ouvrir largement la porte « pour arriver en force sur les marchés syriens et entrer en concurrence avec plusieurs pays qui cherchent à obtenir une part des projets d'investissement et à s'assurer des canaux d'exportation [rapides] vers la Syrie afin d'échapper aux sanctions et acquérir une partie des devises étrangères dont les marchés des deux pays ont grandement besoin », a déclaré al-Abdoullah.

Tentative d'évitement des sanctions

Le projet de création de la banque commune est un « nouveau stratagème du CGRI pour échapper aux effets des sanctions internationales qui lui sont imposées », a déclaré Shaher Abdoullah, économiste et professeur à l'Université Ain Shams du Caire.

« Grâce à cette banque et aux nouvelles lignes de crédit qui seront ouvertes, Téhéran utilisera les ports syriens pour l'importation et l'exportation avec des lignes de crédit de banques non-iraniennes qui ne sont pas surveillées ou du moins pas sous sanctions internationales », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

Plusieurs banques arabes et internationales, dont des banques libanaises, continuent d'exercer leurs activités en Syrie, a-t-il poursuivi.

Ces accords bilatéraux « ouvriront au CGRI une nouvelle porte pour obtenir des fonds grâce aux activités commerciales illégales qu'il mène dans le monde entier », a-t-il déclaré.

Ces fonds permettent au CGRI de « financer des groupes terroristes qui lui sont affiliés dans plusieurs pays du Moyen-Orient par le biais de transferts d'argent indirects, de blanchiment d'argent et de fausses transactions douteuses », a-t-il fait savoir.

L'économie iranienne « au bord de l'effondrement »

« L'économie iranienne, qui est au bord de l'effondrement, pousse l'Iran et le CGRI à trouver tous les débouchés disponibles pour récupérer une partie des pertes résultant des sanctions qui leur ont été imposées », a déclaré Fathi al-Sayed, chercheur spécialisé dans les affaires iraniennes au Centre al-Sharq d'études régionales et stratégiques de Gizeh.

La Syrie « offre le cadre idéal pour ce faire en contrôlant les marchés bancaires », a-t-il affirmé à Al-Mashareq.

« La mise à disposition prévue de facilités bancaires et l'utilisation des monnaies nationales, comme défini lors de la réunion entre les gouverneurs des banques centrales de Syrie et d'Iran, permettront à l'Iran de contourner les difficultés liées aux devises étrangères et d'effectuer des transactions avec le riyal iranien à la place », a déclaré al-Sayed.

« Cela ouvrira la porte à des investissements mutuels pour les hommes d'affaires des deux pays dans des secteurs qui comprennent les infrastructures, l'électricité et le transport de produits pétroliers de contrebande vers la Syrie », a-t-il précisé.

Le projet de création de cette banque commune remonte à 2009, lorsque le plan prévoyait la création d'une banque appelée Al-Aman Bank, a-t-il ajouté.

Toutefois, les mesures nécessaires pour rendre la banque opérationnelle n'ont pas été prises.

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