http://almashareq.com/fr/articles/cnmi_am/features/2019/07/05/feature-01

Société |

Les milices paient des Irakiens pour qu'ils participent à des manifestations et événements pro-Iran

De jeunes Irakiens participent à un rassemblement organisé par Harakat al-Nujaba, soutenu par l'Iran, à Najaf en 2016. La milice soudoie des pauvres pour qu'ils assistent à ses événements, après la diminution de la participation ces derniers mois. [Photo diffusée sur internet]

Des milices soutenues par l'Iran ont payé des Irakiens pauvres pour qu'ils participent à des manifestations et des événements qui soutiennent la politique étrangère de l'Iran, rapportant à Diyaruna des responsables et des résidents irakiens.

Des milices comme Harakat al-Nujaba, Asaib Ahl al-Haq et la Brigade Sayyed al-Shuhada soudoient également les habitants avec de la nourriture et en forçant certains directeurs d'écoles à envoyer leurs élèves participer à des événements pro-Iran, ont-ils fait savoir.

Alors que la participation aux événements précédents diminuait, ces milices ont eu recours à des pots-de-vin dans les quartiers pauvres de Bagdad, Bassorah et Nadjaf, a expliqué à Diyaruna un responsable du ministère irakien de l'Intérieur.

« Trois événements ont récemment été organisés par les milices à Bagdad, un autre à Nadjaf et deux à Bassorah, où les habitants pauvres ont été payés pour y assister », a indiqué le responsable, qui a demandé à conserver l'anonymat.

Ces événements ont compris des manifestations de la Journée al-Qods, parrainées chaque année par le régime iranien dans les pays où il exerce une influence, et qui ont eu lieu cette année le 31 mai, a-t-il rapporté.

Il y a également eu des manifestations contre les sanctions imposées à l'Iran, une autre manifestation demandant que l'Arabie saoudite ne soit pas autorisée à ouvrir un consulat à Nadjaf, et plus récemment un discours de Qais al-Khazaali, commandant d'Asaib Ahl al-Haq.

« Plus de 70 % des participants [à ces événements] ont reçu de l'argent ou un repas », a expliqué le responsable.

« Les gens ont changé »

Les milices utilisent généralement des écoliers comme public pour leurs événements, « mais comme les écoles sont fermées pour l'été, elles paient plutôt des gens pour participer à leurs événements », a déclaré Ahmed Abbas al-Taie, membre du Mouvement civil irakien.

Le gouvernement devrait s'attaquer à ce problème, car les milices « exploitent les besoins financiers des pauvres, les impliquent dans des activités politiques dangereuses, falsifient les faits et trompent le public », a-t-il affirmé à Diyaruna.

Cette pratique n'est pas nouvelle, a fait savoir le journaliste irakien Baraa al-Shammari, mais elle se limitait à la période des élections, lorsque les partis politiques payaient des gens pour assister à des rassemblements et des événements.

« Cependant, les groupes armés se voient maintenant contraints de recourir à cette tactique pour se vanter du nombre de participants dans leur quartier général et du nombre de personnes qui répondent à leurs appels et aux événements », a-t-il déclaré à Diyaruna.

Les gens ont changé, et ces manifestations et événements n'ont plus le même attrait et n'attirent plus la participation des citoyens, a-t-il indiqué. « Au contraire, les citoyens accusent les milices de banditisme et de perturbation de leurs activités ».

Par conséquent, les milices ont dû verser à chaque manifestant environ 10 000 dinars irakiens (8 dollars), ou distribuer gratuitement des repas pendant les manifestations et les événements, a dit al-Shammari.

« Par le passé, les sentiments sectaires étaient suffisants pour faire participer les gens, mais ces appels ne sont plus convaincants pour ceux qui sont lassés des milices et de leurs slogans, à un moment où le pays a besoin de services, de sécurité et d'égalité », a-t-il expliqué.

« Faible popularité »

Ces groupes ne peuvent plus rassembler la rue, en particulier dans le sud de l'Irak, a déclaré Ali Ghaleb, expert en affaires irakiennes.

Les milices veulent impliquer les Irakiens dans des questions de politique étrangère de l'Iran qui n'ont rien à voir avec eux, a-t-il indiqué à Diyaruna.

Les Irakiens voient les chefs de ces milices et leurs proches vivre dans le luxe « alors qu'on leur demande de sacrifier leur sang », a-t-il fait savoir.

La popularité des milices est faible, « alors elles utilisent l'argent pour persuader les pauvres et les nécessiteux [de les soutenir] », a signalé Ghaleb, ajoutant que l'exploitation des personnes vulnérables est immorale.

Mohammed Jaber, 59 ans, réparateur d'appareils de chauffage au fioul qui vit dans le district de Sadr City, dans l'est de Bagdad, a récemment reçu 10 000 dinars irakiens pour participer à une manifestation à Bagdad.

D'autres membres de son groupe comprenaient « Hajji Reda », qui travaille dans le secteur des eaux usées, et Umm Mohammed, qui subvient aux besoins des enfants de son fils soldat martyr en vendant des cigarettes dans la rue, a raconté Jaber à Diyaruna.

« Je ne savais pas sur quoi portait la manifestation », a-t-il fait savoir. « La plupart des gens présents étaient montés dans un bus, et un homme en uniforme militaire nous distribuait de l'argent un par un».

« Il nous a menacés en disant qu'ils sauraient si l'un d'entre nous partait avant la fin de la manifestation, et qu'il prendrait l'argent de celui qui partait », a rapporté Jaber.

« J'ai découvert après mon arrivée que la manifestation avait pour but de protester contre la guerre contre l'Iran, de faire l'éloge de ce pays et de soutenir sa politique », a-t-il ajouté.

« Franchement, je ne savais même pas qu'il y avait une menace pour l'Iran ou qu'une guerre se préparait jusqu'après ma participation à la manifestation, et il en va de même pour les autres qui sont montés dans le bus avec moi », a-t-il conclu.

Se connecter via Twitter Se connecter via Facebook
Aimez-vous cet article?
8
4

0 COMMENTAIRE (S)

Politique Commentaire Captcha