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Société |

Manifestations en Iran contre la mauvaise gestion des inondations par le régime

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Une manifestation a été organisée sur le marché principal de la ville d'Ahwaz pour protester contre la négligence du régime iranien. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

La mauvaise gestion par le gouvernement des conséquences des inondations qui ont touché la plupart de l'Iran depuis le 19 mars a déclenché des manifestations dans les provinces du sud-ouest, qui ont été les plus affectées.

Ces inondations ont révélé l'étendue de la négligence du régime et le manque d'infrastructures du pays, ont expliqué des experts à Al-Mashareq, et nombreux Iraniens sont descendus dans la rue pour protester contre le manque d'aide aux zones sinistrées, alors que le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) est, lui, toujours bien financé.

La vague de manifestations devrait se poursuivre et être renforcée par des milliers de manifestants, ont-ils ajouté.

Une Iranienne traverse les eaux de crue pour aider à déblayer des gravats. L'aide gouvernementale après les inondations qui ont frappé de nombreuses provinces d'Iran depuis le 19 mars est insuffisante. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Les inondations causent d'énormes dégâts

Ces dernières semaines, les inondations ont tué 78 personnes et causé plus de 2,2 milliards de dollars de dégâts, ont indiqué des responsables dimanche 14 avril, et de vastes régions du pays sont toujours en état d'alerte, a rapporté l'AFP.

« Avec la mort de cinq personnes dans l'inondation de la province du Khuzestan, et d'une autre dans la province d'Ilam, le bilan a atteint 76 morts » depuis le 19 mars, selon une déclaration publiée sur internet par le bureau de l'expert médico-légal.

Ces deux provinces du sud-ouest sont les dernières en date à avoir été frappées par des inondations qui ont d'abord touché le nord-est de ce pays d'habitude aride, contraignant des milliers de personnes à évacuer villages et villes.

Les autorités ont à nouveau lancé des bulletins d'alertes aux inondations pour l'est de l'Iran, alors que les fortes pluies qui ont commencé samedi devraient se poursuivre.

Les inondations ont causé beaucoup de dégâts aux maisons, aux routes, aux infrastructures et à l'agriculture.

« Vingt-cinq provinces (sur 31) et plus de 4400 villages dans tout le pays ont été touchés par les inondations », a déclaré le ministre de l'Intérieur Abdolreza Rahmani-Fazli au parlement, a rapporté l'agence de presse officielle IRNA.

Il a précisé que les dégâts se chiffrent entre 300 et 350 billions de riyals (entre 2,2 et 2,6 milliards de dollars).

Le ministre des Transports Mohammad Eslami a quant à lui déclaré aux législateurs que « 725 ponts ont été complètement détruits ».

« Plus de 14 000 km de routes ont été endommagés », a-t-il fait savoir, selon l'IRNA.

La colère grandit contre le CGRI

« La vague de colère contre le CGRI en Iran grandit, surtout maintenant que l'étendue de la négligence dont souffrent les Iraniens a été révélée », a déclaré Ali Narimani, auteur et politologue iranien.

La situation commence « à échapper au contrôle du CGRI et de ses milices affiliées et autres agences de sécurité, notamment dans les régions qui comptent de grandes communautés d'ethnies non iraniennes », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

« Le régime iranien et le CGRI essaient d'imposer un black-out médiatique des vagues de protestations et de manifestations, d'autant plus que les affrontements entre les forces de sécurité et les civils ont pris un tour violent, avec l'utilisation de gaz lacrymogène », a-t-il précisé.

Des manifestants ont également été durement frappés, et des dizaines d'entre eux ont été blessés dans plusieurs régions, a-t-il poursuivi.

« Les inondations, qui ont révélé l'étendue de la marginalisation et de la négligence dont pâtissent les gens, ont poussé des milliers d'Iraniens à demander le respect de leurs droits », a rapporté Narimani.

Ils exigent que des fonds soient alloués à l'amélioration de leurs régions « plutôt que dépensés pour des groupes affiliés au CGRI », a indiqué Narimani.

Les Iraniens se sont également exprimés sur les réseaux sociaux pour protester contre le déploiement de milices irakiennes dans les provinces occidentales touchées par les inondations, ont rapporté les médiaux locaux.

Un convoi de 50 véhicules a ainsi transporté la milice irakienne al-Nujaba et d'autres soutenues par l'Iran jusqu'aux provinces d'Ilam et du Khuzestan, a fait savoir dimanche 14 avril Tasnim, une agence de presse liée au CGRI.

Jamal Shakarami, commandant du CGRI à Ilam, a indiqué qu'un grand convoi de milices irakiennes était arrivé dans la province.

Un convoi de force d'al-Nujaba est également arrivé à Dehloran, dans la province du Khuzestan, a-t-il ajouté.

Les manifestants dénoncent la négligence du gouvernement

Les récentes inondations ont révélé la négligence que le peuple iranien subit depuis des décennies avec l'arrivée au pouvoir du CGRI, a déclaré Fathi al-Sayed, chercheur au Centre Al-Sharq d'études régionales et stratégiques et spécialiste des affaires iraniennes.

Malgré l'existence d'un gouvernement en Iran, « le véritable pouvoir est entre les mains du CGRI et de ses officiers », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

C'est grâce à cela que le CGRI peut « recevoir un financement pour ses activités extérieures et soutenir ses projets militaires internes liés aux armes nucléaires et aux missiles balistiques », a-t-il ajouté.

Et de poursuivre : « L'économie iranienne est censée être l'une des plus fortes de la région, mais la politique étrangère du CGRI l'a affaiblie et a dilapidé les fonds publics. »

Les manifestations dénonçant les résultats du CGRI et du gouvernement « gagnent de l'ampleur et ont lieu dans des dizaines de villes iraniennes », a fait savoir Hussein Shayan, un jeune de Téhéran titulaire d'une licence en économie.

Les plus grandes manifestations ont lieu à Ahwaz, dans la province du Khuzestan, a-t-il rapporté à Al-Mashareq, et en particulier dans les villes d'Ahwaz, Kot-Abdullah et Abadan.

Ces zones, fortes d'une majorité ethnique arabe, ont été les plus durement touchées par les inondations, a-t-il indiqué.

« Les manifestations sont souvent spontanées, surtout lorsque des responsables du gouvernement tentent de faire une apparition dans les zones sinistrées », a précisé Shayan.

Ces visites entraînent souvent des confrontations, où les habitants lancent des accusations aux autorités pour avoir « dépensé des fonds publics pour les projets extérieurs du CGRI et de ses milices affiliées en Syrie, au Liban en Irak et au Yémen », a-t-il fait savoir.

Les inondations ont conduit à la création de nouveaux mouvements populaires importants « qui n'existaient pas jusqu'ici », a-t-il indiqué, ajoutant que ces groupes coordonnent leurs efforts pour faire face aux inondations et pour organiser des manifestations.

« Le sentiment d'injustice est répandu et suscitera d'autres manifestations jusqu'à ce que la situation soit rectifiée et que le CGRI arrête de dépenser des fonds publics à l'étranger », a conclu Shayan.

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