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Yémen : al-Qaïda contraint de faire profil bas

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des habitants et des membres des forces de sécurité yéménites inspectent les lieux d'un attentat suicide perpétré par al-Qaïda dans la ville portuaire d'Aden, dans le sud du pays, le 5 novembre 2017. [Stringer/AFP]

Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) a subi une série de défaites et de revers au Yémen dans les provinces de l'Hadramaout, d'Abyan et de Shabwa, et des difficultés financières l'ont contraint à faire profil bas, ont fait savoir des experts et des observateurs.

Le groupe extrémiste est désormais confiné au Yémen, où il est sous la pression constante d'attaques militaires contre nombre de ses leaders, selon un rapport d'une équipe d'observateurs onusiens remis au Conseil de sécurité le 15 janvier.

Mais AQPA reste une menace, abritant ses éléments au sein des communautés locales, ciblant les forces yéménites et de la coalition arabe dans les provinces de Shabwa et d'Abyan, et provoquant des affrontements avec les forces tribales d'élite à Shabwa et dans l'Hadramaout, précise ce rapport.

D'après ce rapport des Nations unies, AQPA a été chassé d'une partie de ses bastions de longue date dans le district de Markhah à Shabwa, et s'est redéployé dans la province d'al-Bayda.

Mais le groupe « reste agressif, poursuivant une campagne de guérilla et de retraites stratégiques, et menant des opérations d'attaques à la bombe et d'assassinats, notamment contre des responsables gouvernementaux », indique le rapport.

Des difficultés financières ont contraint AQPA à faire profil bas, poursuit-il, ajoutant que le groupe se limite pour l'essentiel à des affrontements indirects avec la coalition arabe, surtout dans les provinces du sud.

Défaites et revers

AQPA a été affaibli, mais pas complètement, car l'État yéménite est encore faible, ont déclaré des experts yéménites à Al-Mashareq.

Cela a un effet négatif sur les actions destinées à freiner l'activité d'AQPA, ont-ils expliqué, même si le groupe a subi des défaites et des revers dans les provinces de l'Hadramaout, d'Abyan et de Shabwa.

Après que les forces de la coalition arabe eurent pris le contrôle de ces zones, « AQPA a disparu et s'est retiré, fidèle en cela à sa stratégie habituelle consistant à mener des attaques occasionnelles et à se retirer », a indiqué le politologue Adnan al-Humairi à Al-Mashareq.

Abyan, Shabwa et l'Hadramaout souffrent encore de la présence d'al-Qaïda, a-t-il déclaré, ajoutant que lorsque les forces de sécurité se montrent, les combattants du groupe se cachent.

Les éléments d'AQPA disposent d'une présence dans la région d'al-Qayfa de la province d'al-Bayda, « car ils bénéficient toujours d'un soutien tribal dans ces zones », a-t-il précisé.

En plus des pressions exercées par les forces yéménites et la coalition arabe, a-t-il noté, le groupe est « dans un état de confrontation perpétuel » avec « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) dans la région de Yakla à al-Qayfa.

« AQPA est affaibli, mais pas complètement », a-t-il déclaré, précisant que la guerre avait créé un environnement fertile pour le recrutement de combattants et contribué à la survie du groupe.

Le groupe conserve une présence dans plusieurs villes, « mais c'est une présence discrète, surtout à Taez et dans plusieurs régions du sud », a déclaré al-Humairi.

À Shabwa, les habitants soutiennent les forces de la Ceinture de sécurité contre AQPA, parce qu'ils se sentent en sécurité en présence des forces de sécurité, a déclaré al-Humairi.

De plus, a-t-il ajouté, de nombreux leaders de tribus ont rejoint la campagne dirigée par les forces d'élite soutenues par les Émirats arabes unis destinée à chasser al-Qaïda.

Ces habitants apportent leur soutien notamment parce que les forces d'élite « sont composées de personnes natives de Shabwa et de membres de tribus qui bénéficient d'un soutien généreux des Émirats », a-t-il rapporté.

Perte de territoire

« La chute d'activité d'AQPA dans les régions où s'exerce traditionnellement son influence vient des conditions difficiles que connaissent ces éléments », a expliqué à Al-Mashareq le politologue Yassin al-Tamimi.

« Des éléments affiliés à AQPA essaient activement de remplir les objectifs du groupe, mais ils sont confrontés à des situations très difficiles qui limitent leur capacité de se déployer publiquement comme ils ont pu le faire par le passé », a-t-il déclaré.

« AQPA a perdu des zones qu'il contrôlait depuis longtemps à al-Moukalla, dans la province de l'Hadramaout, et dans les provinces d'Abyan et de Shabwa », a rapporté Nawal Abdel Rahman, chercheuse au Centre d'études démographiques de l'université de Sanaa.

Cela a été rendu possible « grâce à l'intervention militaire menée par les pays de la coalition arabe et le soutien qu'ils ont apporté aux forces locales », a-t-elle indiqué à Al-Mashareq.

Les attaques d'AQPA contre les forces de sécurité et les dirigeants militaires sont une réaction à la traque continue de ses éléments et leaders dans ces provinces, où le groupe a perdu la majeure partie de ses soutiens financiers et sociaux, a-t-elle expliqué.

« La stabilité du Yémen, le retour d'un État fort et l'élimination des facteurs politiques, économiques et sociaux qui favorisent la propagation d'AQPA précipiteront la fin du groupe au Yémen », a conclu Abdel Rahman.

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