Économie

Des agriculteurs jordaniens cherchent à réguler l'importation de produits syriens

Mohammed Ghazal à Amman

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Des agriculteurs de la vallée du Jourdain ont protesté contre l'importation de fruits syriens en Jordanie, ce qui a selon eux un impact négatif sur la vente de leurs cultures. [Photo tirée de la page Facebook du Syndicat des agriculteurs de la vallée du Jourdain]

La réouverture récente du passage frontalier Nassib-Jaber avec la Syrie a déclenché des appels pour la réglementation de l'entrée de produits agricoles en Jordanie.

Les produits agricoles syriens, surtout les fruits et les agrumes, inondent le marché jordanien depuis que le passage a été rouvert le 15 octobre après trois ans de fermeture.

Mais les agriculteurs jordaniens craignent que l'arrivée non régulée de ces produits ait un impact négatif sur la compétitivité des cultures nationales.

Le passage frontalier rouvre un itinéraire terrestre direct entre la Syrie et la Jordanie, mais aussi un accès, via la Jordanie, vers l'Irak à l'est et le Golfe au sud.

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Des agriculteurs jordaniens lancent leur production d'agrumes dans la rue pour protester contre l'autorisation d'importation de produits agricoles syriens dans le royaume sans réglementation. [Image extraite d'une vidéo de la manifestation publiée sur internet]

« Les agriculteurs de la vallée du Jourdain ont récemment protesté contre l'importation de fruits syriens dans leur pays, et notamment d'agrumes », a déclaré Adnan Khaddam, président du Syndicat des agriculteurs de la vallée du Jourdain.

Beaucoup d'entre eux « ont déversé et détruit leur récolte pour protester contre le manque de régulation sur l'entrée des produits agricoles depuis la Syrie », a-t-il rapporté à Al-Mashareq.

Protéger les intérêts des deux côtés

Le marché syrien est stratégique pour le secteur agricole jordanien, car la Syrie est une voie de transit vers le Liban, la Turquie et de nombreux marchés européens, a-t-il affirmé.

« L'ouverture de marchés entre la Jordanie et la Syrie est très importante pour compenser les pertes du secteur causées par la fermeture de la frontière avec la Syrie et l'Irak pendant les dernières années », a-t-il expliqué.

Le secteur agricole jordanien a souffert de pertes allant jusqu'à 6 milliards de dinars jordaniens (8 milliards de dollars) entre 2012 et 2017, a-t-il fait savoir, « ce qui a causé la ruine de beaucoup d'agriculteurs, certains ayant été contraints d'arrêter leur activité agricole ».

« Les marchés domestiques ont récemment été saturés de produits agricoles syriens, notamment de fruits », a-t-il rapporté.

« Il faut donc plus de coopération entre les pays, afin de mieux réguler le flux de produits et protéger les intérêts des deux côtés », a-t-il ajouté.

La Jordanie produit par exemple de grandes quantités de légumes dans la vallée du Jourdain, qui dispose d'un climat chaud, a-t-il déclaré, et il est donc possible d'y faire pousser certaines cultures et de les exporter vers la Syrie en hiver.

Avant la fermeture de la frontière en 2015, les exportations jordaniennes de fruits et de légumes vers la Syrie se montaient à 200 000 tonnes par an, et les exportations via la Syrie vers l'Europe, la Turquie et la Russie dépassaient les 600 tonnes par an.

Réglementer la concurrence

La réouverture du passage n'a toujours pas eu de résultat positif pour le secteur agricole, a déploré Ayman Sweilem, agriculteur dans le nord de la vallée du Jourdain.

« Avant la fermeture du passage, la situation était excellente et nous exportions de grandes quantités [de nos récoltes] », a-t-il raconté à Al-Mashareq.

« Nous pensions que la réouverture de la frontière aurait un impact positif pour nous, mais au cours des deux dernières semaines, de nombreux agriculteurs ont déversé leurs agrumes dans la rue après que d'énormes quantités furent entrées [dans le pays] depuis la Syrie », a-t-il rapporté.

La concurrence est une bonne chose, et elle bénéficie aux consommateurs grâce à des prix plus bas, a concédé Sweilem, mais elle doit être réglementée, car le chaos « augmente nos pertes, et nous avons déjà beaucoup souffert ces dernières années ».

La Jordanie et la Syrie doivent renforcer leur coopération pour protéger les agriculteurs des deux pays, car le secteur de l'agriculture est un « pilier de l'économie jordanienne », a déclaré l'économiste Hossam Ayesh.

Le secteur agricole représente environ 6 % du PIB de la Jordanie et crée des dizaines de milliers d'emplois, a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

Les agriculteurs jordaniens comptaient sur la réouverture de la frontière avec la Syrie pour compenser leurs pertes, a-t-il déclaré, et une coordination et une réglementation renforcées entre les deux pays sont donc nécessaires pour maximiser les profits de tous.

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