Médias

La machine médiatique de l'EIIS est à bout, affirment des experts

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Une photo de mauvaise qualité diffusée par « l'État islamique en Irak et en Syrie » montre la mise à mort récente de civils dans la province de Deir Ezzor. [Photo fournie par Mazen Zaki]

Les guerres militaire, idéologique et informatique menées contre « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) ont grandement mis à mal les capacités médiatiques du groupe, car le volume de nouvelles publications a baissé de façon significative, ont expliqué des experts à Al-Mashareq.

« La machine médiatique de l'EIIS connaît un déclin évident et important, ce qui se voit sur toutes les plateformes de presse utilisées par le groupe dans le passé », a déclaré Mazen Zaki, directeur du département des nouveaux médias au Centre égyptien Ibn al-Waleed d'études et de recherche sur le terrain.

Celles-ci comprennent les réseaux sociaux et les forums internet sur lesquels le groupe a disséminé ses documents audiovisuels, et les magazines hebdomadaires et mensuels, a-t-il précisé à Al-Mashareq.

« La plupart de ces plateformes sont absentes depuis plus d'un an, y compris le magazine Dabiq et le journal al-Bayan », a-t-il fait savoir, ajoutant que les publications de la Fondation médiatique al-Furqan de l'EIIS, d'Amaq, et des forums internet al-Okab et Muntadayat al-Malahem wal Fitan se sont aussi faites rares.

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Cette photo d'archive, provenant d'un rassemblement précédent d'éléments de l'EIIS dans la province de Deir Ezzor, montre bien que les documents de propagande du groupe étaient alors de bonne qualité. Après le déclin de l'EIIS, les publications médiatiques sont devenues non seulement rares, mais aussi de mauvaise qualité. [Photo fournie par Mazen Zaki]

Ces organes changent constamment d'adresse IP pour éviter d'être supprimés ou bloqués, a-t-il rapporté, « mais cela n'est plus chose aisée à cause de la répression internationale contre ce genre de sites ».

Zaki a déclaré que les actions de lutte contre le terrorisme informatique visant à surveiller les contenus en ligne ont porté leurs fruits grâce à la coopération des réseaux sociaux, qui ont systématiquement supprimé ou bloqué des centaines de milliers de comptes faux et réels distribuant des documents de propagande de l'EIIS.

« Cela a bien évidemment eu un effet sur le vaste réseau de recrutement dont disposait l'EIIS, ce qui s'est traduit par une baisse notable des opérations de recrutement et du nombre de nouvelles recrues », a-t-il rapporté.

« Déclin total »

En 2015, lorsque l'EIIS régnait sur près de sept millions de personnes en Irak et en Syrie, ses propagandistes produisaient des documents depuis 38 bureaux de presse différents, d'Afrique de l'Ouest en Afghanistan, a déclaré plus tôt cette année Charlie Winter, chercheur au King's College de Londres étudiant les communications de l'EIIS depuis des années.

Mais désormais, ces organes ont été réduits au silence.

De nombreux facteurs ont mené au déclin de la machine médiatique de l'EIIS, le premier étant la contraction du territoire que l'EIIS contrôlait en Syrie et en Irak, a expliqué le professeur Hassan Afifi, de la faculté des médias de l'université du Caire.

Cela a provoqué une baisse du contenu médiatique, comme les nouvelles régulières que le groupe publiait pour se vanter de ses prouesses sur le terrain et recruter de nouveaux combattants, a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

La guerre idéologique contre l'EIIS a également commencé à porter ses fruits, a expliqué Afifi, notant que « les réseaux sociaux et les forums internet abondent en documents instructifs qui réfutent les mensonges du groupe et les [réclamations] avec lesquelles il a tenté de laver le cerveau des jeunes ».

La preuve la plus évidente de la faiblesse de la machine médiatique de l'EIIS « est la mise en page et la qualité de ses rares publications de ces derniers temps », a-t-il affirmé.

« Un examen attentif [des publications] révèle que le groupe a perdu le dynamisme et la précision qu'il possédait, les vidéos étant rares, et celles qui sont publiées sont de mauvaise qualité », a-t-il rapporté.

L'autre point notable est le temps qui s'écoule pour la publication de déclarations dans lesquelles l'EIIS revendique des attentats, et la présence de fautes de grammaires et de frappe, dans ses publications en arabe et en anglais, a-t-il ajouté.

« Cela indique que les équipes de professionnels ne travaillent plus, et que l'EIIS doit utiliser des personnes inexpérimentées pour produire son contenu de presse », a-t-il poursuivi.

L'EIIS perd ses centres de propagande

Le contrôle du groupe sur de vastes zones en Syrie et en Irak lui a permis d'implanter des centres médiatiques équipés des dernières technologies, a rapporté le général de division Abdoul Karim Ahmed, expert en sécurité et analyste militaire à la retraite de l'armée égyptienne.

L'EIIS « inondait l'internet d'énormes quantités de documents de propagande montrant ses victoires et les zones qu'il contrôlait », a-t-il déclaré à Al-Mashareq.

Cela l'aidait à étendre son influence et à renforcer sa capacité à recruter des jeunes dans le monde entier, a-t-il expliqué.

« Mais la situation a changé, maintenant que les zones contrôlées par le groupe ne représentent plus que 2 % de celles sur lesquelles il régnait en 2015 », a indiqué Ahmed.

L'EIIS a été privé de ses centres médiatiques, ce qui a affaibli ses capacités techniques, a-t-il déclaré.

« Les informations concernant les défaites du groupe, la fuite de ses éléments dans les zones qu'il contrôlait, et leur traque dans le monde entier font désormais les gros titres dans la presse internationale », a-t-il rapporté.

C'est devenu une contre-propagande à laquelle l'EIIS est incapable de répondre, a conclu Ahmed.

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Politique Commentaire * INDIQUE CHAMP NÉCESSAIRE 1500 / 1500

Je veux rejoindre l'EIIS à cause de l'injustice saoudienne envers les citoyens.

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