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Les sanctions vont limiter les capacités de Basij, affirment des experts

Waleed Abou al-Khair au Caire et l'AFP

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Des enfants soldats suivent un entraînement dans un camp du Corps des Gardiens de la révolution islamique à Téhéran. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

L'impact des sanctions américaines contre un groupe paramilitaire et le réseau d'entreprises qui le soutenait se fera bientôt sentir, ont affirmé des experts à Al-Mashareq, notamment du fait que ses efforts de recrutement au niveau international s'en trouveront perturbés.

Cela ralentira le rythme constant du recrutement, y compris celui des enfants soldats en Iran, en Afghanistan, en Syrie et au Liban, ont-ils expliqué, notant que les effets de ces sanctions seront d'abord visibles en Syrie.

Mardi 16 octobre, le département américain du Trésor a imposé des sanctions à la Force de résistance de Basij, qui fait partie du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), et au réseau d'entreprises qui le finançait.

Selon le Trésor, un réseau de plus de 20 entreprises, appelé Bonyad Taavon Basij, finance cette force paramilitaire.

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Des banderoles montrent le visage d'enfants soldats afghans recrutés par le CGRI iranien et morts au combat en Syrie. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Le Trésor a également accusé cette milice extrémiste d'envoyer des enfants combattre en Syrie.

« Le réseau Bonyad Taavon Basij est un exemple de la façon dont le CGRI et les forces militaires iraniennes ont renforcé leur implication financière dans les industries majeures et ont infiltré des entreprises en apparence licites pour financer le terrorisme et d'autres activités néfastes », a déclaré Steven Mnuchin, secrétaire au Trésor.

« La communauté internationale doit comprendre que les implications commerciales avec le réseau Bonyad Taavon Basij et les sociétés écrans du CGRI ont des conséquences humanitaires réelles », a-t-il indiqué. « Elles alimentent les ambitions violentes du régime iranien dans tout le Moyen-Orient. »

Atteintes aux droits de l'homme

La force paramilitaire Basij est l'un des principaux groupes faisant régner la sécurité interne pour le régime, et elle dispose de branches dans chaque ville et province d'Iran.

« En plus de sa participation dans les violentes répressions et les graves atteintes aux droits de l'homme en Iran, Basij recrute et entraîne des combattants [...], notamment des enfants iraniens qui sont ensuite envoyés en Syrie pour aider le régime brutal d'Assad », a expliqué le Trésor.

Il a ajouté qu'en plus des Iraniens, la milice recrutait aussi des immigrants afghans en Iran par la contrainte, ainsi que des ressortissants pakistanais.

Selon des informations, le réseau Bonyad Taavon Basij fournirait à la milice Basij des services de protection sociale, en particulier des logements et une aide financière, et gérerait les activités économiques en finançant de petites entreprises.

« Bonyad Taavon Basij a étendu son champ d'action dans l'économie iranienne en créant plusieurs firmes d'investissement par le biais de sa filiale financière et d'investissement, la banque Mehr Eqtesad », a précisé le communiqué du Trésor.

Parmi les autres entreprises désignées se trouve Iran Tractor Manufacturing Company (ITMC), le plus grand constructeur de tracteurs du Moyen-Orient, qui crée des millions de dollars de profit pour les firmes d'investissement qui représentent Basij.

Zinc Mines Development Company a également été visée, qui est décrite comme « le plus grand holding iranien d'extraction et de traitement de zinc et de plomb d'une valeur de plusieurs milliards ».

« Ce que nous avons désigné ici aujourd'hui représente un réseau de plusieurs milliards de dollars qui a établi des [liens] importants en Europe et au Moyen-Orient », a rapporté un haut responsable de l'administration.

Les sanctions complètes des États-Unis doivent s'appliquer à l'Iran en novembre.

Le programme expansionniste de l'Iran

Le programme expansionniste de l'Iran n'aurait pas pu se poursuivre sans l'immense soutien financier du CGRI et de Basij, a affirmé Fathi al-Sayed, chercheur au Centre al-Sharq d'études régionales et stratégiques spécialisé dans les affaires iraniennes.

Les opérations de recrutement internes et externes confiés à Basij nécessitent toutes « un énorme soutien financier », car elles reposent sur l'exploitation de la pauvreté des familles et des recrues, dont beaucoup sont des enfants, a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

Le flux constant de recrutement en Iran, en Afghanistan, en Syrie et au Liban permet au CGRI de maintenir son emprise en Iran, a-t-il poursuivi, et peut fournir des combattants aux milices formées pour œuvrer pour le projet iranien.

Des fonds sont également nécessaires pour la création de centres de mobilisation et de recrutement et d'institutions à vocation sociale distribuant de l'aide et de l'argent, a-t-il indiqué.

Il était donc nécessaire d'assécher les sources de financement de Basij, qui alimentent ses opérations, a indiqué al-Sayed.

De nombreux scandales de recrutement d'enfants ont fait surface, a-t-il fait savoir, les médias et les services de renseignements signalant un grand nombre d'enfants de plusieurs nationalités, surtout iraniens et afghans, ayant été tués en Syrie.

« Les enfants soldats forment la base des milices affiliées au CGRI », a-t-il ajouté, « et Basij est directement responsable de cela et ne peut pas esquiver sa responsabilité ».

« Basij est légalement responsable du recrutement et du déploiement de milliers d'enfants et de leur entraînement dans les camps qu'il supervise en Syrie », a-t-il ajouté.

Viser les sources de financement

Les sanctions américaines ont pris pour cible l'intégralité du réseau financier de Basij, et elles s'en sont pris à ses sources de financement, a rapporté à Al-Mashareq Sami Gheit, chercheur au Centre al-Sharq d'études régionales et stratégiques.

En plus des entreprises du réseau, qui commercent dans les secteurs de l'acier, des mines, des tracteurs et des voitures, les sanctions visent les moyens utilisés par Basij pour transférer et distribuer les fonds aux milices en Iran et à l'étranger, a-t-il rapporté.

Il reste à traquer les « branches cachées », a-t-il précisé : les dizaines de petites entreprises éparpillées en Iran et ailleurs et dont la tâche est de faire circuler les fonds, de les transporter et de les transférer.

« Mais la concentration sur la source principale affaiblira sans doute ces branches et rendra la plupart d'entre elles insignifiantes », a-t-il poursuivi.

Gheit a indiqué que certaines entreprises ont établi leur présence en Syrie, en Irak et ailleurs, ouvrant des entreprises et des usines sous de nouveaux noms.

« Mais ces entreprises sortiront prochainement au grand jour lorsqu'elles tenteront de renforcer leurs activités pour pallier le manque résultant des pressions exercées sur les sociétés-mères. »

Les sociétés de mines et de métallurgie ne peuvent pas être remplacées, a-t-il déclaré, car elles ne peuvent pas déplacer leurs opérations en dehors d'Iran pour échapper aux sanctions.

« Des milliers de combattants dans les rangs de Basij et du CGRI seront touchés par les sanctions à moyen terme, car les dépenses sont élevées, et les fonds paient les salaires et les institutions qui aident les familles des combattants tués », a indiqué Gheit.

L'argent est le pilier de ces institutions, a-t-il affirmé, et il garantit leur fonctionnement, en particulier dans les zones de conflit.

L'impact sera d'abord visible en Syrie

Gheit a déclaré s'attendre à ce que l'impact des sanctions commence à apparaître sous quelques mois, à commencer par le départ d'un grand nombre de recrues lorsque le soutien sera coupé et que le mécanisme de recrutement sera perturbé.

Le plan de recrutement et de déploiement, au moins en Syrie, sera durement touché, car il dépend principalement de l'attraction financière, a-t-il affirmé.

L'impact des sanctions imposées au groupe paramilitaire Basij sera d'abord visible en Syrie, a déclaré Sheyar Turko, chercheur spécialiste du CGRI et de ses méthodes de financement et de déploiement.

« Leurs équipes de recrutement et de déploiement en sont encore au stade initial du processus consistant à persuader les habitants locaux de rejoindre les milices affiliées à l'Iran, notamment dans le [désert] de l'est de Badiya et à Deir Ezzor », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

Les milices de ces régions ont encore besoin d'énormes sommes d'argent pour les opérations de recrutement et d'attraction, a-t-il précisé, car elles n'ont pas encore développé leurs propres sources de financement, qui sont en général de petites entreprises liées au réseau d'origine.

Même les milices déjà établies, comme le Hezbollah libanais, ont encore besoin d'importantes injections d'argent pour répondre aux dépenses urgentes, a-t-il expliqué, comme celles causées par leur participation à la guerre en Syrie.

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