Sécurité

La Jordanie réfléchit aux aspects humanitaires et sécuritaires de la crise en Syrie

Noor al-Saleh à Amman

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Des Syriens déplacés de la province de Daraa se rassemblent pour recevoir une aide alimentaire dans un camp improvisé près de la frontière jordanienne et de la ville de Nassib, dans le sud de la Syrie, le 2 juillet. [Mohamad Abazeed/AFP]

Depuis le déclenchement de la crise syrienne en 2011, la Jordanie a été gravement impactée par la situation de l'autre côté de sa frontière nord, et a joué un rôle humanitaire majeur en aidant ses voisins.

Le royaume, qui déclare abriter près de 1,3 million de réfugiés syriens pour un coût de plus de 10 milliards de dollars, a déclaré le mois dernier qu'il serait dans l'impossibilité d'accueillir une nouvelle vague de réfugiés en raison des contraintes que la situation fait peser sur ses ressources financières et sur ses infrastructures.

La Jordanie a ainsi déclaré que ses frontières resteront fermées et qu'elle ne peut plus absorber de nouveaux réfugiés, appelant les Nations unies à « sécuriser les habitants dans leur propre pays ».

Jumana Ghanimat, ministre d'Etat pour les Affaires des médias, a toutefois précisé que « la Jordanie n'a pas renoncé et ne renoncera pas à son rôle humanitaire ».

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Une vue générale prise depuis le gouvernorat jordanien de Mafraq le 7 juillet montre le poste frontalier de Jaber un jour après que le régime syrien eut repris le côté syrien de ce poste, appelé Nassib. [Khalil Mazraawi/AFP]

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Une photo prise le 30 juin depuis la ville de Ramtha dans le nord de la Jordanie montre des nuages de fumée s'élevant par delà la frontière après le bombardement par le régime syrien dans la campagne de Daraa. [Khalil Mazraawi/AFP]

Malgré la fermeture de la frontière, la Jordanie et son peuple, en particulier les personnes habitant dans le nord du royaume, se sont précipités pour aider les Syriens déplacés les abritant près de la frontière dans la province de Daraa en coopération avec les Nations-unies et les organisations humanitaires.

« Les forces armées jordaniennes ont commencé à distribuer les convois d'aide humanitaire à nos frères syriens affectés par la situation à l'intérieur de la Syrie », a précisé Ghanimat.

Des liens étroits avec le peuple syrien

Les « liens étroits [de la Jordanie] avec la Syrie dans tous les domaines l'obligent souvent à agir et à s'engager dans les efforts humanitaires », a expliqué Saoud al-Sharafat, fondateur et directeur du Centre Al-Shorufat pour la mondialisation et les études sur le terrorisme.

De nombreux Jordaniens ont des liens familiaux et tribaux transfrontaliers, a-t-il poursuivi, « ainsi que des liens de sang et d'amitié en raison de leurs [liens] géopolitiques, géosociaux et géoéconomiques communs, une réalité qui ressort clairement de leur histoire ».

Si le royaume a été clair sur le fait qu'il n'ouvrira plus ses frontières pour accueillir des réfugiés, il a pu alléger les souffrances des civils qui s'entassent dans la région frontalière, a-t-il expliqué.

La décision prise par la Jordanie de ne pas ouvrir le point de franchissement frontalier avec la Syrie pendant l'opération du régime sur Daraa avait pour but d'empêcher de nouvelles vagues de réfugiés d'inonder le royaume, a précisé Omar al-Raddad, chercheur et expert en sécurité.

Le royaume n'est pas en capacité d'accueillir plus de réfugiés syriens que ce qu'il accueille actuellement, a-t-il déclaré à Al-Mashareq, précisant que la communauté internationale a seulement fourni des fonds suffisants pour répondre à 40 % de leurs besoins.

La Jordanie est également inquiète pour sa sécurité nationale, a-t-il poursuivi, en raison de l'infiltration possible d'extrémistes cachés au milieu des réfugiés.

Al-Raddad a salué le rôle de la Jordanie sur le terrain et au niveau officiel, et les efforts que le pays a consentis pour apporter une aide aux personnes déplacées en Syrie, en faisant passer une aide médicale et alimentaire par-dessus la frontière et en envoyant 40 convois de fournitures.

Les multiples rôles de l'armée jordanienne

« Depuis le déclenchement de la crise en Syrie, l'armée jordanienne a joué plusieurs rôles qui vont au-delà des rôles militaires qui lui sont assignés », a poursuivi al-Sharafat.

Outre ses missions traditionnelles, l'armée a dû jouer un rôle qui est généralement dévolu aux organisations humanitaires, a-t-il ajouté.

Mener des activités humanitaires dans des zones proches de la frontière a exposé les soldats aux dangers que posent des groupes comme « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), a-t-il ajouté.

Les institutions militaires jordaniennes ont fait preuve d'une réactivité sans précédent pour répondre à la crise à Daraa ainsi que pour protéger les frontières du royaume, en jouant à la fois des rôles sécuritaires et humanitaires, a indiqué al-Raddad.

Plus de 60 factions militaires, notamment l'alliance Tahrir al-Sham et Jaish Khalid ibn al-Walid, affilié à l'EIIS, sont présentes de l'autre côté de la frontière, a-t-il souligné.

Considérant « la forte possibilité d'infiltration par certains de leurs éléments parmi les réfugiés », les forces jordaniennes doivent gérer la question des réfugiés avec « une extrême prudence », a-t-il ajouté.

Les forces jordaniennes ont été la cible de plusieurs attaques terroristes dans le camp d'al-Rukban, à la Direction générale des renseignements à al-Baqaa et àal-Karak, dans le sud de la Jordanie, a-t-il précisé, dont toutes sont des répercussions de la crise syrienne.

Le rôle de la Jordanie dans la diplomatie en Syrie

La Jordanie, aux côtés des Etats-Unis et de la Russie, a contribué à la création de zones de désescalade dans le sud de la Syrie.

Al-Raddad a déclaré qu'il estime que les récents entretiens que la Jordanie a conduits avec la Russie concernant les combats à Daraa font référence aux négociations actuellement menées entre le régime syrien et les factions de l'opposition modérée.

Ces discussions cherchent à garantir que la réconciliation sera réalisée dans des conditions moins sévères que celles présentées par le régime syrien, qui revenaient pour l'essentiel à une reddition sans condition de ces mêmes factions, a-t-il expliqué.

Les factions de l'opposition modérée font part de leur inquiétude quant à des actes en représailles par le régime syrien lorsque les combats cesseront, a-t-il indiqué.

Ce dialogue examinera également comment contrer la menace que représentent l'EIIS et Tahrir al-Sham, a-t-il poursuivi, et se penchera sur la situation en Syrie après Daraa dans le contexte d'un règlement politique de la crise syrienne.

Cela devrait prévoir une étape de transition avec une nouvelle constitution à discuter par le régime syrien et l'opposition, un dialogue organisé sous les auspices des Nations unies.

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