Terrorisme

La mort du « grand mufti » de l'EIIS fait chanceler le groupe

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

Turki al-Binali, grand mufti autoproclamé de «l'Etat islamique en Irak et en Syrie», a été tué lors d'une frappe aérienne de la coalition internationale le 31 mai. [Photo circulant sur les réseaux sociaux]

Turki al-Binali, grand mufti autoproclamé de «l'Etat islamique en Irak et en Syrie», a été tué lors d'une frappe aérienne de la coalition internationale le 31 mai. [Photo circulant sur les réseaux sociaux]

La mort du grand mufti autoproclamé de «l'Etat islamique en Irak et en Syrie» (EIIS) accélérera de façon significative la chute du groupe, déclarent des experts à Diyaruna.

Turki al-Binali – le clerc le plus important du groupe, également juge de la charia et responsable chargé du recrutement – avaient d'importante liaisons au sein de l'EIIS, ont-ils expliqué, et sa mort va causer une inquiétude qui pourrait pousser des combattants étrangers à déserter.

La coalition internationale a annoncé la mort d'al-Binali le 20 juin, indiquant qu'il avait trouvé la mort lors d'une frappe aérienne le 31 mai dans la ville syrienne de Mayadeen.

La déclaration de la coalition décrivait al-Binali comme « un proche » d'Abou Bakr al-Baghdadi, leader de l'EIIS, et qu'il « jouait un rôle central dans le recrutement de combattants terroristes étrangers et dans l'exécution d'attaques terroristes dans le monde entier ».

Né au Bahreïn en 1984, al-Binali était connu sous plusieurs pseudonymes, comme Abou Hammam al-Athari, Abou Sufyan al-Sulami et Abou Huthayfa al-Bahraini.

Les autorités bahreïnies ont privé al-Binali de sa citoyenneté en février 2015, et l'année suivante, le département du Trésor des États-Unis l'a désigné comme terroriste.

Al-Binali figure également sur les listes de sanctions de l'ONU, qui a déclaré qu'il avait été choisi comme « conseiller religieux principal » de Daech en 2014.

Selon l'ONU, il était à la tête d'al-hesbah (« police religieuse ») de l'EIIS, a servi comme recruteur de combattants étrangers et faisait partie des conseillers proches d'al-Baghdadi.

Toucher le cercle interne de l'EIIS

« La mort d'al-Binali par les forces de la coalition internationale est l'un des coups les plus durs portés au groupe dernièrement », a affirmé à Al-Mashareq le général de division Yahya Mohammed Ali, analyste militaire et ancien officier de l'armée égyptienne.

« L'opération en elle-même va avoir des ramifications dans les rangs du groupe, car sa mort signifie que le cercle intérieur d'al-Baghdadi est pris pour cible », a-t-il indiqué.

Ce cercle de commandement intime et secret reste discret, a-t-il ajouté, et c'est pourquoi le succès de cette opération signifie que « le groupe a été infiltré au maximum, et que ses personnalités majeures sont devenues inutiles, ou qu'elles ont été tuées ».

« Le groupe est extrêmement vulnérable, car il ne peut plus protéger ses hauts gradés », a fait savoir Ali. « Par conséquent, ses combattants ordinaires se sentiront faibles et vulnérables, parce que s'il est possible de tuer des membres de ce cercle, quelles chances ont-ils de survivre » ?

« La mort d'al-Binali aura un effet non seulement en Syrie, mais aussi dans de nombreux autres lieux », a déclaré le politologue Abdoul Nabi Bakkar, professeur à la faculté de charia et de droit de l'université Al-Azhar.

Originaire du Bahreïn, al-Binali exerçait « incontestablement » une influence sur la jeunesse du royaume, a-t-il expliqué à Al-Mashareq, « et sa mort les prive d'un leader » et diminue la possibilité qu'ils rejoignent les extrémistes.

Chamboulement d'un réseau de relations

Al-Binali était l'un des fondateurs de l'EIIS en Libye et y disposait de relations étroites qui lui permettaient de diriger les groupes qui prêtaient serment au « calife » de l'EIIS, Abou Bakr al-Baghdadi, a indiqué Bakkar.

Avec sa mort, «l'EIIS va perdre le contrôle relatif dont il jouissait sur les groupes libyens, et cela n'est pas à son avantage », a-t-il ajouté, car cela limitera l'expansion du groupe.

La mort d'al-Binali aura aussi un impact sur le recrutement de combattants étrangers, a-t-il indiqué, notant qu'il servait d'agent de recrutement de haut rang et de chef spirituel pour des dizaines de combattants étrangers en Syrie.

« Cela aura un impact négatif sur leur zèle au combat et les poussera à quitter la Syrie et l'Irak pour revenir chez eux », a expliqué Bakkar.

« Les éléments de l'EIIS agissent en fonction des fatwas publiées par le "juge de la charia", c'est-à-dire Turki al-Binali, et beaucoup d'entre eux considèrent ces fatwas comme la motivation principale pour combattre dans les rangs du groupe », a indiqué à Al-Mashareq Mahmoud Abdoul-Saadi, cheikh de l'Al-Azhar.

« Ainsi, sa perte causera la perte de motivation au combat d'un grand nombre d'entre eux, et les conséquences commenceront à se voir tôt ou tard au combat », a-t-il déclaré.

Al-Baghdadi comptait sur lui

L'EIIS se reposait fortement sur des « fatwas perverties » n'ayant aucun fondement dans l'islam et qui étaient conçues exclusivement pour servir ses propres intérêts, a expliqué Abdoul-Saadi.

En tant que « juge de la charia », al-Binali était commandant en second d'al-Baghdadi, a-t-il ajouté, notant que le chef de l'EIIS comptait sur lui « pour obtenir des serments d'allégeance ».

Le livre d'al-Binali, « Tendez vos mains et prêtez serment à al-Baghdadi », était l'un des outils principaux ayant aidé à « promouvoir al-Baghdadi et à obtenir les serments d'allégeance d'un grand nombre de terroristes en Libye, en Syrie et en Irak », a-t-il souligné.

« En perdant al-Binali, le groupe perdra aussi beaucoup de ses outils médiatiques, car il écrivait régulièrement pour le magazine Dabiq et le journal al-Nabaa », a-t-il poursuivi.

« Ses sermons étaient très extrêmes et appelaient toujours au combat, car selon lui tous les pays, même les pays musulmans, se sont égarés et ne peuvent être réformés que par l'épée », a rapporté Abdoul-Saadi.

Al-Binali avait répété ces accusations à plusieurs occasions, a-t-il indiqué, notamment dans un sermon largement diffusé intitulé « Ghourbat al Islam » (L'éloignement de l'islam).

Comme al-Binali se déplaçait entre le Bahreïn, Beyrouth, Sharjah, la Libye et la Syrie, il attirait « de nombreux fidèles et partisans de toutes nationalités », a-t-il déclaré.

Avec sa mort, « le groupe perd donc un outil vital qu'il utilisait pour les influencer et les contrôler, et cela donnera lieu à l'anarchie et des désertions à grande échelle », a-t-il fait savoir.

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